Heureusement surprise par Damned United, alléchée par la bande annonce, les critiques positives de la BBC et par les miennes, Miss J. réussit à trouver le temps d’aller voir dès le lendemain le très caustique In the Loop, que j’avais vu il y a quelques mois lors d’un passage londonien. Je ne crois pas qu’elle le regretta, et je fus heureux de le revoir en sa compagnie, hilare.
Le film, violente satire politique, montre les difficultés de Simon Foster (Tom Hollander), secrétaire d’Etat britannique au développement international (sic) volontaire mais gaffeur, dans sa communication, alors que la décision ou non d’entrer en guerre et d’assister les Etats-Unis dans leur invasion de l’Irak est en train d’être durement négociée au plus haut niveau. Ses bourdes répétées dues à son ambition et son enthousiasme vont amener Malcolm Tucker, l’intimidant et ordurier directeur de la communication du Premier Ministre (Peter Capaldi, exceptionnel), à s’occuper personnellement de lui afin de limiter au mieux les dégâts et tourner la situation dans la direction désirée par son patron, et, on le découvre très vite, les faucons états-uniens.
Et c’est là que le jeu de massacre commence : la description des luttes de pouvoir à tous les niveaux, des stagiaires aux ambassadeurs, est sans pitié et scandée par les insultes les plus imagées et les plus puissamment vulgaires que l’on puisse imaginer, d’ailleurs on ne le peut pas, ce qui amène le rire. Alors que le sort d’un pays et d’un peuple, et la vie de centaines de milliers de personnes est en jeu, tous les protagonistes font preuve des défauts les plus affligeants et les plus réalistes pour garantir une catastrophe. Velléitaire, lâche, opportuniste, hypocrite, d’un égoïsme sans faille ou d’une bêtise sans fond, chacun tend à prouver qu’il est plus médiocre et méprisable que le précédent, que celui-ci ou celle-ci soit du côté de la paix ou de la guerre. La morale de l’histoire ressemble à la plaisanterie connue sur les hauts-fonctionnaires : les êtres humains peuvent être intelligents, honnêtes et hauts-fonctionnaires mais jamais les trois à la fois. On peut être intelligent et haut-fonctionnaire, mais malhonnête ; honnête et haut-fonctionnaire, mais stupide ; honnête et intelligent, mais dans la salle de cinéma, pas dans In the Loop.
Difficile d’ailleurs de traduire le titre. Tentons deux interprétations « en cercle » et « par la bande » qui bien que très approximatives donnent le ton. “En cercle” car les personnages butent les uns sur les autres et tournent dans les mêmes corridors et les mêmes cercles, sans réussir à en sortir, désirant même être au centre de ceux-ci. “Par la bande” puisque c’est une histoire de où les décisions se prennent non pas pour le bien commun mais pour la bande et par celle-ci, c’est à dire indirectement. Le vitriol, la crudité des dialogues et des situations, la mesquinerie et la vanité des « héros » auraient pu aisément amener le traducteur à choisir Intolérable cruauté ou encore La métamorphose des cloportes comme titres, si ceux-ci n’avaient pas déjà été utilisés.
Revoir ce film fut à la fois un plaisir et une torture. Un plaisir car la vivacité des dialogues, l’âpreté des insultes échangées, l’énergie des acteurs transportent et émerveillent. Une torture car la cruauté dont font preuve tous les personnages les uns envers les autres et paradoxalement le réalisme de cette parodie de la scène diplomatique internationale serrent le cœur. On peut regretter que le réalisateur, Armando Ianucci, ait choisi une cinématographie proche de celle du reportage, de la caméra à l’épaule, car si le côté documentaire sert d’une certaine manière son propos et rapproche le film de la série télévisée (The thick of it) dont il est issu, ce biais ajouté aux pétaradants dialogues finit par amener une forme d’essoufflement à la fois à l’écran et chez le spectateur. On reste néanmoins impressionné par la grossièreté insane des personnages, en particulier les Ecossais, tous dans la communication, le talent de la distribution , des rôles principaux, tel James Gandolfini impérial en général pacifique et dépassé, ou secondaires, comme Steve Coogan, en horripilant électeur moustachu névrosé, et l’audace du scénario, la violence de la charge. On rit plutôt que d’en pleurer. Fort.
And here is what our expert in satire (and Cheddar cheese) had to say :
This is a dark, sizzling film in the purest lineage of the wonderful 1980s British satirical television programme ‘Yes Minister’. The series was a total joy but also an exquisite torture, owing to its portrayal of troublingly plausible UK parliamentary skullduggery with a large dollop of sharp wit and cynicism, and a sparkling script. In ‘Yes Minister’, it is the oily-tongued, erudite and inscrutable civil servant Sir Humphrey Appleby, flawlessly played by Nigel Hawthorne, who seamlessly runs the political show whilst his minister, Jim Hacker, is haplessly swept along by the ebbs and flows of political power manoeuvring, outwitted at every turn by his impeccably ‘civil’ servant. Here they are in action, for your (nostalgic) viewing pleasure:
‘In the Loop’ takes up the cynical, blackly hilarious trail blazed by ‘Yes Minister’. It too, was originally a television series. We find the same kind of hapless minister desperate not to bungle his career, this time in the run-up to a controversial US-UK joint Middle East invasion (hm – no need to think too long or hard about what that could be about). The silver-tongued Sir Humphrey is replaced by the spectacularly foul-mouthed spin doctor Malcolm Tucker (Peter Capaldi), who proceeds to sweep aside everyone blocking his (war)path using spitfire insults, bombastic threats and cutting put-downs. In other words, the spirit of ‘Yes Minister’ has been transported to the Noughties, and, fittingly for the times, it’s dropped all pretences of a good upbringing. The primary target of Tucker’s ire is Simon Foster MP (Tom Hollander), who has the misfortune to find himself, under pressure to the media, blurting out the unfortunate statement that to in order to preserve peace, “we sometimes must climb the mountain of conflict”.
I found myself doubled over with laughter throughout much of this film. It is exceptionally well played, and its caustic lines are delivered with just the right level of throw-away casualness that demands you sit up and listen carefully. Steve Coogan incidentally puts in a brilliant appearance as an enraged constituent determined to bring Simon Foster to account for a government-owned garden wall that is crumbling into his mother’s garden, this most minor of incidents snowballing into a perfect career storm, fuelled by the gaffes of Foster’s bendy-spined communications assistant Toby. The script is excellent and the characters suitably odious, incompetent or even grotesque, as befits such a woeful tale of manipulation, short-sighted acts of self-preservation and generalised backstabbing. It reduces political folly to the smallest, most petty of human dimensions, transposing seemingly enormous and ungraspable events into an absurd but logical frame of events. This does not make them any less tragic or infuriating, but perhaps, potentially, somehow easier to tackle on equal terms with the perpetrators. It is a film that says: “it’s not you, it’s them” – it urges the spectator to be politically vigilant, not to leave things in the hands of people who are just as flawed, if not far more so, than the most mediocre of us.






Alain Resnais est un grand réalisateur, un cinéaste expérimenté, éclairé, imaginatif, audacieux. Il a la chance, à un âge avancé, de ne plus avoir à se préoccuper de ce que penseront les critiques déjà conquis. C’est ici bien dommage. Les Herbes folles, en dépit d’une distribution de haut niveau (Azéma, Dussollier, Devos, Amalric et Consigny pour les personnages principaux) et d’un narrateur de choc et de charme, le souvent merveilleux Edouard Baer, ne réussit rien d’autre qu’à ennuyer.
Let’s go back in time. A week before Away we go, we went with family and friend (Hello Miss C.) to an independent movie theatre, Le Majestic, well known for its unfriendly personnel and its two rooms : one grand and beautiful, and the other quite uncomfortable. I almost believe that it was created to make you feel you could earn the title “cinéphile” just by sitting down, and staying. The last Jeunet movie was on the menu, everybody was fairly curious if not excited. His previous one, Un long dimanche de fiançailles, was, well, a bit long, but Amelie remained in everyone’s heart.
What better titled first movie to review on this blog than than Sam Mendes’ Away we go? Seen late one Monday evening at Les Halles in VO with French subtitles in a beautifully quiet, huge movie theatre.