In a nutshell : Where does the truth lie ? Is it alright to be paranoid ? The new ghost writer of a former British Prime Minister under a whirlwind of media frenzy is trying to find out … in this subtle and masterful thriller.
Après une attaque de travaillite printanière, Miss J. et moi-même durent garder nos distances avec nos grands écrans favoris, retinrent nos respirations et laissèrent passer la vague … mais nous voici de retour, espérant que le temps et les bons films ne nous ferons plus défaut avant longtemps.
Quelle joie de reprendre la plume pour défendre le dernier Polanski. Vu séparément, Miss J. et moi en sommes revenus tous deux également émerveillés par tant de talent, de maîtrise et d’intelligence. The Ghostwriter est un magnifique thriller, sobre et rigoureux, et j’espère avoir l’occasion d’aller le revoir bientôt, tout dans ce film m’a ravi et impressionné. La beauté de chaque plan et la fluidité du montage m’ont rappelé à quel point avoir un regard au cinéma était fondamental et plus rare que ce qu’on pourrait penser, tant les images de Polanski suggéraient un univers, des références, des histoires supplémentaires, et ajoutaient au synopsis : l’art de présenter les personnages, chaque plan révélant un supplément d’âme, le choix du lieu, une île désolée et pourtant coquette, une villa à la fois bunker bétonnée et maison de verre, un hôtel entre rusticité désuète et hommage à The Shining … et un cocktail final, hitchcockien en diable, s’achevant sur une image marquante et singulière.
L’histoire est fascinante. Un nègre, mercenaire de la plume, l’écrivain fantôme du titre, est engagé en catastrophe pour reconstruire et parachever l’autobiographie d’Adam Lang (Pierce Brosnan), un ancien Premier Ministre britannique, dont le charisme de vedette de soap-opéra ou de sportif de seconde zone, rappelle un certain Anthony Blair. Le livre a besoin d’une réécriture car le l’écrivain fantôme précédent a été retrouvé noyé et les rotatives chauffent déjà, la sortie étant programmée trente jours plus tard. A son désespoir notre suppléant (Ewan McGregor), fantôme remplaçant petit à petit en tout un autre fantôme, découvrira que si « tous les mots sont là, ils ne sont pas dans le bon ordre », et qu’en plus ils recouvrent sans doute un complot. Et notre héros d’être brinquebalé dans des péripéties de hautes et basses politiques, des affaires de cœur et des affaires d’Etat, tandis que Lang est menacé d’être déféré devant la Cour internationale de justice à La Haye pour avoir couvert l’enlèvement par la CIA et des actes de torture contre des civils, musulmans et citoyens britanniques, dans une guerre peu probante contre le terrorisme.
La distribution d’une qualité particulière, sert la tension grandissante qui envahit cette petite île froide, située près de New York. Brosnan semble être né pour tenir le rôle ingrat d’un politicien dépassé par sa fonction, Ewan McGregor est parfait en nègre fade, s’éveillant doucement tant physiquement (il passe la moitié du film entre sommeil et inconscience), que politiquement, amoureusement et littérairement. Olivia Williams est simplement sublime en épouse blessée, traquée, assiégée par les médias, tout comme son mari. Et les seconds rôles font ressortir l’affection que Polanski peut porter au théâtre de l’absurde au travers des gardes du corps inutiles, de la secrétaire et maîtresse parfaite, Kim Cattrall, toute de blondeur et de contrôle, et pourtant sans maîtrise, ou du jardinier, énigmatique et réjouissant, condamné tel un Sisyphe moderne, à rassembler des feuilles mortes par grand vent.
Et c’est de là que le film tire sa puissance et son charme, l’alliance de talents remarquables sous la direction fine et ironique d’un maître élégant, choisissant dans ce cadre mineur de faire coexister profondeur et trivialité, mythologie et anecdotique, maestria glacée et passion sous-jacente. Tous les thèmes de Polanski sont présents : la paranoïa, l’enfermement, l’absurde et la folie derrière une apparente maîtrise, l’ambiguïté morale. Ses symboles aussi : l’eau menaçante et mortelle, les femmes fortes, entre mystère et fausse soumission, le héros naïf et brillant. Ainsi le film propose différentes lectures parallèles et simultanées entre joli divertissement et intenses réflexions autour du destin ironique de ce héros, fantôme sans nom, s’incarnant peu à peu. Le résultat est un des meilleurs films de l’auteur et sans doute un des plus beaux de cette année. Courrez voir ce thriller politique !
En résumé: un grand bravo à Polanski pour le meilleur film de l’année jusqu’ici, et de sa carrière depuis bien longtemps.
Forget all the extracurricular tight corners and elephantine-scale spots of bother Roman Polanski’s currently been in, or, should I perhaps say, have seemingly caught up with him. His latest film, The Ghost Writer, is irresistibly masterful and any attempts on my part to do anything but swoon deliriously about it are probably somewhat doomed. From its first storm-drenched, quietly raging, broodingly blue-grey shots, it was all about sinking into the deepest, most velvety wallows of cinematic bliss. The Ghost Writer combines accomplished narratorial dexterity, cock-sure characterisation, audacious jabs of insinuation and powerful camerawork, reminding me of just what cinema can achieve when it puts its mind to it, and killing stone cold the next three films I saw after it by comparison. It also makes the special 3D effects impact of a film like Avatar (for instance) look like cinematic junk food.
The action centres around Ewan McGregor, a quick-witted, vaguely haggard ghost writer (only ever known as The Writer), with a knack for turning swathes of other people’s rambling autobiographical nostalgia into commercial hot cakes, making it all look deceptively simple, and resignedly knocking back the condescension of ‘real’ writers as to his ghost status. He suddenly ends up handsomely employed to complete the memoirs of a former British prime minister, Adam Lang (Pierce Brosnan), in just the space of a month, jetted off to work with him on a daily basis under the strictest of security. The size of the promised paycheque is enough for him to stifle his misgivings over how the previous ghost writer had washed ashore, lifeless, on the cold and windswept US island where Lang is bunkering down with his wife Ruth (the superb Olivia Williams) and his governmental support staff, including his marble-eyed mistress, Amelia Bly (Kim Cattrall).
Things quickly get exceptionally creepy once The Writer arrives on the island. Lang’s house is a grimly luxurious, tightly guarded concrete bunker of a building under siege by anti-war protesters. The former prime minister turns out to be on the verge of impeachment by the International Law Court for authorising torture in the interrogation of terrorist suspects, this all ringing very loud Blair-esque bells. Lang’s indeed a half sports-fanatic posturing airhead, half wounded ideologue, with some peculiar chronological holes in his supposed biography. It’s all kind of evocative of that certain non-fictional recent British Prime Minister with a penchant for soundbites and flashy but ill-advised foreign policies. The Writer soon finds himself further over his head than he ever imagined, blundering around in other people’s secrets and is quickly in danger of himself, too, bobbing up dead on some unknown shore. It’s all a powerful meditation on the limits of paranoia, the limits of (other people’s) fiction and its role in shaping politics, laced with black humour and impressive performances all round. The suspense is perfect: never overblown, but packing a punch from start to finish.




