Guest critique n°8 – RED

To very kindly tell us to get on with the programme, because, this festival of Dinard looks nice and everything, but could we just get more critiques please … Mlle L. is sending us a raving review of a movie I would love to go and see, and hence I do feel a twinge of envy reading the following lines:

Helen Mirren dans un film d’action “starring Bruce Willis”, avouez que ça intrigue. Je suis allée voir : non seulement je n’ai pas regretté, mais je vais m’empresser d’y retourner. RED, pour faire concis, c’est les Tontons Flingueurs qui barouderaient à travers les USA.

Bruce Willis y tient le rôle d’un super espion de choc de la CIA, mélange de James Bond sous amphétamines et de Rambo sans poils, fraîchement rangé du service et qui s’ennuie ferme dans sa banlieue résidentielle coquette et enneigée (bienvenue à Cleveland, Ohio).

Depuis Mon Voisin le Tueur, on sait que le rôle du flingueur retraité légèrement psychorigide, Willis maîtrise, et pas qu’un peu. Dans sa belle robe de chambre écossaise en pilou (on vous le répète, les hivers à Cleveland sont rigoureux), pépé Willis se languit des latages de maxillaires sous climats exotiques et n’a, pour égayer ses (très longues) journées, que de sporadiques conversations téléphoniques avec sa lointaine “conseillère en ligne – pensions retraites gouvernementales”, la totalement irrésistible et fêlée Marie-Louise Parker, dont les conseils littéraires décomplexés vous acquerront immédiatement à sa cause sans contestation possible.

Ce qui devait arriver arrive (c’est un film Américain), et notre brave retraité se voit dans l’obligation de reprendre ses vieilles habitudes brutales, tout malmené qu’il est par les vilains perfides (et ex-collègues sans scrupules) de la CIA, qui s’avèrent en vouloir non seulement à sa peau mais à celle de sa conseillère téléphonique chouchoutée et à ses vieux copains favoris : ça ne se passera pas comme ça, le voici lancé dans un road-movie déjanté où vont l’accompagner Morgan Freeman, tout ravi de faire l’andouille avec ses copains dans un beau costume bleu ciel à épaulettes, Helen Mirren donc, qui conserve son admirable classe flegmatique d’Elizabeth d’Angleterre passée 12ème dan dans le maniement de l’AK 47 et autres gros calibres, et surtout, surtout, John Malkovich.

What do you mean, "no time to go to the movies"?

Comme les bande annonces le laissaient entendre, Malkovich incarne un survivant miraculé d’un programme expérimental de la CIA consistant à le soumettre pendant de longues années (ou au mieux de longs mois) à une dose létale et néanmoins quotidienne de LSD. L’animal, on s’en doute, a gardé quelques séquelles de ce rude traitement : méfiance aiguë confinant assez régulièrement à la paranoïa la plus débridée, à laquelle se mêle une exaltation enfantine pour tout ce qui touche à faire péter des trucs et des machins et, en conclusion, un léger chaos morphologique au niveau des expressions faciales, surtout dans la partie inférieure du visage.

Malkovich est brillant. Il est fou furieux. Indéniablement réaliste. Parfaitement adorable. L’intégralité du film pourrait être minablement nulle (et c’est loin d’être le cas), voir Malkovich resterait une raison suffisante d’acheter un ticket.

Je ne m’emballe pas vainement en comparant RED aux Tontons Flingueurs : les dialogues sont brillants (Marie-Louise Parker expliquant à Bruce Willis qu’elle l’avait imaginé… différent, physiquement parlant…), les situations proprement hilarantes ne sont pas sur-exploitées; juste au moment où peut être risquerait de s’installer un rythme potentiellement routinier, on passe à quelque chose d’encore plus dingue qu’au préalable.

Certes, les rebondissements scénaristiques sont prévisibles : Bruce Willis gagne à la fin, les plus méchants ne sont pas ceux que l’on croit, etc, etc.  Broutille, détail, on s’en fiche et on est même reconnaissant! Sans ça, ce serait la crise cardiaque assurée (je n’ai pas ri autant à un film depuis la sortie du premier OSS 117) mais en outre il en advient déjà trop à la fois pour que l’on ait le temps de profiter de toutes les perles de dinguerie de ces tontons furieux.

RED, comme c’était le cas chez Lautner, est un film d’acteurs, un gros cadeau réjouissant qu’on a commandé au père Noël et qui s’avère être encore mieux que ce qu’on s’attendait à déballer. Le réalisateur, Robert Schwentke, manifestement très amoureux de la bande dessinée de Warren Ellis et tout heureux des beaux dialogues des frères Hoeber, a mis toute son énergie pour qu’on sorte de son film aussi ravi que l’est son quatuor de personnages cinglés : il a vraiment, vraiment fait du très très très bon boulot.

Rendez plusieurs visites à vos Tontons Flingueurs venus d’Amérique : il fait sûrement gris à Paris et leurs personnalités aberrantes valent toutes les cures de Magné B6 / vitamine C du monde!


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