In a nutshell: Two film schools, on my right the Parisian Femis, on my left the Londonian National Film and Television School, each of them are sending three short feature movies from their best students. Conclusion? Girls do it better! Five out of six of the young directors were girls and my least favorite film was the boy’s. My candidate for best short won … so Vive Vicky Mather, Vive NFTS and of course Vive le cinéma!
La vérité m’oblige à dire que cette aimable compétition de courts-métrages ne fut pas notre choix initial. Mais refusé à la séance d’un des films en compétition – trop de monde – nous nous précipitâmes vers la nouvelle génération, celle qui nous fera rêver demain. Quatre des six réalisateurs nous ont accueillis, et, intimidées, nous ont expliqué leur projet, puis la silhouette hiératique du grand Hitchcock est apparu et le film de Paul Wright (NFTS), l’unique cinéaste mâle, débuta. Ce fut assez désagréable.
Until the River Runs Red nous impose la vie errante de Chloé, qui se pense la fille unique de Dieu. Ses parents, Jack et Kate, ont construit ce mensonge, mais dans quel but … ? Paul Wright ne semble pas tant se préoccuper de son histoire, un peu tirée par les cheveux, que par la mise en image de son projet. Il tente ainsi un montage original, mêlant essais de caméras, de mouvements, de lumière, de couleurs, etc. Malheureusement l’ensemble fait moins penser à Godard, même dans un mauvais jour, qu’à un exercice d’étudiant. Notons néanmoins que ses acteurs sont excellents.
Le second film, Stanley Pickle, fut en revanche un enchantement. Choisissant le conte et l’animation en volume (ou animation image par image ou stop motion), la réalisatrice Vicky Mather (NFTS) réussit à charmer, émouvoir et déclencher les rires en narrant l’histoire étrange du trop casanier et bricoleur Stanley. L’imagination et la qualité des acteurs est mise en exergue par l’étrangeté heurtée que crée l’animation en volume. L’ensemble, délicieux, persuada la majorité des spectateurs qui anticipèrent par leurs applaudissements le succès de ce film, couronné en fin de festival par le prix du meilleur court-métrage.
Le travail de Lottie Gamon (NFTS) suivit les aventures du jeune Pickle. Mlle Gamon proposait dans Behind the sea non pas une fiction mais l’âpre réalité des immigrants africains, transitant de Lybie pour atteindre l’Europe, et leur arrivée souvent dramatique sur les côtes de la minuscule île de Lampedusa, avant-poste italien en mer Méditerranée. Le film débute par les images belles, tragiques et fortes des iliens nettoyant leurs plages après une tempête et le spectateur prend conscience en même temps que la réalisatrice que derrière chaque gilet de sauvetage échoué, il y a un noyé, un être perdu en mer. Le film suit alors certains Africains qui ont pu survivre et rejoindre les côtes et qui attendent que l’Italie et l’Europe statuent sur leurs sorts. La caméra est nettement en leur faveur et ce court reportage manque alors d’un oeil critique, du recul nécessaire qui permettrait de mieux compatir ou de mieux comprendre la complexité et les drames humains, économiques, structurels liés à ce genre d’immigration. Le film devient un témoignage parmi tant d’autres de la misère humaine et passe à côté des tensions immenses et des histoires infinies que recèle ce genre de sujet. Je conseille plutôt pour ceux que cela intéresse la bande dessinée maltaise de Joe Sacco, Not in my country, bien plus complète et plus impartiale, ou même Welcome de Philippe Lioret.
Le programme se poursuivit par Like Love, un autre reportage, émouvant, de la britannique Sarah Cunningham (Femis). Avec une délicate attention, Mlle Cunningham dessine le destin brisé au fond d’une piscine de Jacob, jeune professeur de philosophie désormais en chaise roulante. La sensibilité de la réalisatrice fait ressortir la tendresse immense des proches de Jacob et l’amour de Ramona, jeune femme qui l’entoure d’une amitié affectueuse, douce et persistante. En dépit du drame, de la colère devant ce corps gâché, de la peine à vivre diminué, chacun ressort grandit. Ce fut une autre perle de ce programme, car ces trente minutes en compagnie de Jacob ne tirent pas une larme mais réconfortent et rendent peut-être même meilleur.
Bojina Payanotova (Femis) préféra, elle, choisir la fiction et développa dans A domicile, les difficiles retrouvailles d’un père et de son fils, tous deux adultes et rugbymen amateurs. Le fils, idolâtré par son père, n’a pas de bonnes nouvelles à lui annoncer et tente de trouver courage et opportunité lors d’un entraînement. Le tout est plaisant, sans accrocs, mais si lisse que rien ne marque non plus. On aurait voulu mieux connaître les protagonistes.
Pauline Gay (Femis) réussit bien mieux que sa camarade à définir et à incarner ses personnages dans La Ballade de Jean-Paul. Son film court, dernier à être présenté, hésite entre documentaire et fiction mais décrit avec finesse et humour en plus d’une remarquable économie de moyens la vie sentimentale de Jean-Paul et de ses amis agriculteurs. Le résultat fait penser que Mlle Gay a compris les leçons de Pialat, Rohmer et Depardon, en joue et insuffle dans celles-ci la gaité et l’enthousiasme des premiers projets. Il s’agissait donc d’une bien agréable conclusion pour une programmation intéressante, même si je fus un peu déçu du manque d’ambition, de folie ou d’ampleur sur la forme ou le fond des films de ces jeunes cinéastes, à l’exception de celui de Mlle Mather (et la bande annonce qui suit ne lui rend pas justice).
