La Fée

In a nutshell: Can you gracefully mix Keaton’s burlesque, Pierre Etaix’s poetry and Tati’s gentle humor? Dominique Abel, Fiona Gordon and Bruno Romy give it a try in Le Havre, and they happen to make a fairy good movie.

Si Le Havre ne vous apparaissait pas comme une ville attrayante, c’est sans doute parce que vous n’aviez pas eu l’occasion d’aller au cinéma dernièrement. Los Angeles n’a qu’à bien se tenir, après Amalric, Belvaux et Kaurismaki, le dernier film de la triplette de réalisateurs-acteurs Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy s’y passe et on ne pourrait imaginer la Fée dans un plus parfait environnement.

Après Iceberg et Rumba, les cinéastes-clowns reprennent les personnages de Dom et Fiona qu’ils emmènent cette fois dans la ville portuaire normande où Dom est veilleur de nuit dans un hôtel minable et Fiona … et bien Fiona est une fée qui un soir débarque pieds nus, demande une chambre en échange de trois voeux. Dom accepte et lui révèle ses deux premiers voeux. Quand, après une nuit agitée, Dom découvre que ceux-ci ont été exaucés, il s’empresse de rechercher sa bienfaitrice, pour laquelle il nourrit d’ailleurs des sentiments toujours plus tendres. Inutile de vous révéler quelles péripéties ce couple traversera car les découvrir fait partie du plaisir, sachez que vous rencontrerez un Anglais kleptomane et cynophile (Philippe Martz superbe), un bébé souriant, quelques migrants africains débrouillards, un patron de bar très myope, une cantatrice demie de mêlée et bien d’autres attachants personnages.

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Burlesques et poétiques, Dom et Fiona explorent physiquement leur environnement avec inventivité et la gracieuse maladresse d’un Pierre Etaix. Rappelant tour à tour les films de Tati ou de Keaton, ils réussissent à enchanter chacun de leurs mouvements et chaque élément de leur décors, même s’ils s’essoufflent légèrement sur la fin. Utilisant les tons pastels du Havre, ils font ressortir la douceur impressionniste de la ville qui devient le proscénium rêvé aux ballets des deux héros. Proposant moments déjantés, décalés et instants désuets tendres, ils créent une ambiance délicate fertile en sourires, derrière lesquels ils glissent, l’air de rien, quelques discrètes critiques sur nos institutions et la brutalité de notre monde contemporain.

Film aimable et délicieux, refusant tout réalisme, la Fée apparait comme une incongruité charmante dans la production cinématographique habituelle. Savoir que des clowns rêveurs et des magiciens peuvent encore faire des films réjouit, comme j’ai pu l’entendre à la sortie de salle, ce film, ça le fée. Courrez-y!

En résumé: Croyez-vous aux fées? Après ce film drôle, déjanté et touchant, ma réponse est un oui, sans aucune hésitation!

The Franco-Belgian production La Fée is set in Le Havre, city of docks and concrete blocks. A pale, lanky, rain-sodden man on a bicycle, Dom (Dominique Abel) fights his way to the hotel where he works as a night receptionist. He sinks into his chair, grabs a ham sandwich containing the ketchup bottle lid he’s accidentally also slopped into it, and is constantly interrupted. Firstly by a smiling but awkward English man (Philippe Martz) who is looking for a room with the help of his guidebook, and is turned away because of his pet dog. He returns without the dog, but his bag walks up the stairs unaided. Next comes the slightly wild-eyed Fiona (Fiona Gordon), and it’s lucky she does, as she saves Dom from choking on the ketchup bottle and delivers the news that she’s a fairy with three wishes to grant him.

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And so begins their love story, which takes them from mental institutions to clifftops, from bars heaving with women rugby players to nighttime raids on petrol depots. While Dom is easily able to pick his first two wishes (and to have them granted in oddball fashion), he struggles with picking the third, and his fate is joined with Fiona’s. Dominique Abel expertly conveys the panic of a man overtaken by events, who becomes heroic through expediency and only because events have run away from him. The film is underpinned with brilliantly absurdist physical humour – and manages to push the envelope taboo-wise while remaining graceful and elegant to the end. It’s funny, poignant and often disorientating in its blend of fantasy, the burlesque, the downright improbable, and yet the somehow believable.

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