In a nutshell: Mlle L. is now in New Zealand and she found the close to perfect movie theatre. In it, she had the immense joy of watching an entertaining popcorn movie, which has not so much to do with Sherlock Holmes, but a lot with a fun time. To enjoy with a slice of your favorite quiche.
Depuis la Nouvelle Zélande, où poussent conjointement le rigolo kiwi poilu, les arbres bizarres et les insupportables films, pleins d’effets numériques qui me collent la migraine, du fatiguant Peter Jackson, voici la critique de Sherlock Holmes, a game of shadows – laudative je vous le dis d’avance, car les conditions de visionnage ayant été absolument délicieuses, les qualités intrinsèques du film me sont apparues décuplées.
Et pourtant je suis en règle générale hostile d’avance aux suites – pièges à nigauds et réchauffage fadasse d’un succès passé; je suis également, et par nature, irrémédiablement hostile à Jude Law, qui m’agace, m’agace, m’agace, sans raisons car il est plutôt bon, cet acteur, c’est du délit de faciès, je l’admets mais ça ne change rien, Jude Law, il m’agace, voilà.
Bien. Et puis il y eut ma découverte récente et accablante que Robert Downey Junior, à qui, du fait de la qualité de son jeu d’acteur, je prêtais a priori un intellect supérieur et une culture exquise, la découverte, donc, que Robert Downey Junior s’avère en fait être un gros simplet, comme malheureusement tant d’excellents acteurs. Et puis sans blague, je ne suis pas non plus fan de Guy Ritchie, faut pas me prendre pour une quiche plus que de raison.
Alors autant vous dire que les Nouvelles aventures de Sherlock Holmes, je n’y allais pas en me disant que ce serait le film de l’année 2012.
Et en fait… La chose est séduisante par bien des aspects, tant il devient rare de tomber de nos jours sur des grandes productions vraiment réussies.
Certes, le cinéma lui-même était absolument délicieux, rococo rétro et hallucinamment confortable, avec un café luxueux et une sélection de nourritures que je n’hésiterai pas à qualifier de célestes. Des fauteuils énormes, un écran neuf, pas de pubs (relisez: PAS DE PUBS), le prix des billets très abordable et le son à un volume raisonnable, c’est à dire pas hurlant de toutes ses baffles pour couvrir le raffut ahurissant de post-ados accros à leurs iphones à la con en fond de salle. Un délice total. Ce cinéma s’appelle l’Empire Island Bay, et si un jour vous passez par Wellington, Nouvelle Zélande, allez-y, et prenez une tarte salée à leur café.

Un cinéma qui ne vous prend pas pour une quiche et vous offre de délicieuses tartes salées (ainsi qu'à Robert).
Donc l’expérience fut grandement améliorée. Reste que cette resucée Sherlockienne est en elle-même porteuse d’indéniables qualités, telles qu’un scénario qui, s’il ressemble à celui du premier volet dans les libertés prises vis-à-vis des personnages originaux, se révèle distrayant, surprenant de crédibilité (surtout comparé aux errements de Jonah Hex, rappelez vous, Malkovitch manufacturant de la destruction massive et me donnant envie de faire de même…) et efficace dans son habile dosage “surprises totalement inattendues / confortable routine prévisible”. Un équilibre difficile à achever, et pourtant atteint ici, je ne vous dirai rien de plus pour ne pas vendre la mèche, mais les personnages s’en prennent plein le nez, et certains se font même rayer de la carte sans ménagement. Hehehe.
Les images sont fort plaisantes, l’usage du numérique devient de plus en plus raisonnable, et mieux incorporé au reste du film que dans le volet précédent: ici les décors “tournés sur fond vert” se font habilement oublier, les plus extravagants, au lieu de vous jeter leur insupportable milliard de pixels à la face, ne rappelant au pire que les “matte paintings” des grandes décennies du cinema. Effort que j’apprécie au delà de toute expression. Ici, la débauche financière paie, et même se justifie, tant il est visible à l’écran que presque chaque dollar a été investi dans le concret au lieu de partir dans le vortex magique de Hollywood, où pour 30 millions de dollars vous obtenez en général une daube qui peinerait à justifier un budget total de 6000 euros.
En un mot comme en 25 000 – ma résolution de nouvel an était d’être moins verbeuse, c’est un cinglant échec – Sherlock Holmes s’avère être un très agréable film, de belle et bonne facture, au dosage juste, pas dépourvu d’intelligence, certes commercial, mais parvenant à vous le faire agréablement oublier.
Alors rien que pour savourer un film sans placement de produit (“Wow, Captain America, you must be thirsty after winning the war! Would you care for a glass of Diet Pepsi?”), un film où le héros ne grimpe pas constamment le long de buildings de synthèse à 6 milliards de pixels / pouce, un film où vous aurez la joie immense d’entendre la musique de Two Mules for Sister Sara (Sierra Torride, Clint Eastwood et Shirley McLaine; réalisation Don Siegel) lors d’une séquence clin d’oeil éminemment jouissive, bref un film qui a su faire bon usage de son budget démesuré et qui parvient à vous offrir une grande production, au lieu d’une grosse daube, allez voir les aventures grandiloquentes de cet étrange Sherlock Holmes. Les défauts en sont minimes, et les qualités particulièrement nombreuses et précieuses, à notre époque; à condition de faire abstraction de ce que nos lectures de Sir Arthur Conan Doyle nous ont appris de Sherlock Holmes, le vrai – une licence cinématographique sur laquelle je ne trouve personnellement rien à redire, Peter Cushing à son époque incarnant déjà, dans un autre genre, un Sherlock qui n’avait que peu de rapport avec l’original.


