Blackthorn

In a nutshell: A strange thing happened to Mlle L. She went to the movies and saw a film that was shown everywhere else about 9 months ago. Regardless, Blackthorn entertains. Were you wondering what happened to Robert LeRoy, a.k.a. Butch Cassidy, after 1908? To find out, you’d better follow Sam Shepard in Mateo Gil’s dusky western, set in beautiful but harsh Bolivia. 

Blackthorn ne se verra gratifier que d’une critique assez concise – je sais, je dis toujours ça au démarrage … Mais en l’occurrence il n’y a pas réellement matière à digresser infiniment sur ce western de Mateo Gil (scénariste pour le cinéma hollywoodien et sinon assistant-réalisateur d’Amenabar tournant ici son premier long métrage).

L’histoire est celle d’un Butch Cassidy vieillissant, vraiment très bien interprété par Sam Shepard, qui, après avoir survécu discrètement pendant des années en Bolivie à la suite de la mort du Sundance Kid, décide sur ses vieux jours de prendre enfin le chemin du retour vers les USA. Il rencontrera au passage l’Espagnol Eduardo (très convenable Eduardo Noriega) avec qui, un peu contre son gré, il sera amené à revivre ses années de jeunesse traquée et hors la loi.

Ce film est, dans son ensemble, très convenable, accumulant de belles à époustouflantes images, des scènes intéressantes, des acteurs talentueux, et un scénario qui, s’il ne casse pas toujours des briques, reste très honnête. Le montage, sans être empreint de génie, reste juste, et insuffle un rythme de western lent qui n’est pas désagréable.

Sale eau propice pour Cassidy

Blackthorn cependant, alors qu’il traite avec sensibilité de nombreux sujets propices (la vieillesse, la loyauté, les valeurs morales, la nostalgie, les regrets, l’affection, l’attachement, la survie, etc.) ne semble jamais réellement parvenir à décoller vers le grandiose, se confinant au (parfois très) acceptable. Il n’y a pas dans Blackthorn le souffle de Wyatt Earp (Kevin Costner filmé par Lawrence Kasdan), encore moins de Open Range (Kevin Costner cette fois réalisateur, une merveille de film), ni la mélancolie élégante du fantastique Appaloosa (Ed Harris devant et derrière la caméra, Vigo Mortensen admirable, Renée Zellweger enfin brillante et Jeremy Irons toujours grandiose).

Peut être aurait il été plus judicieux de confier toutes les manettes du film à Sam Shepard ? Ce n’est pas sûr, car Mateo Gil n’est manifestement pas le mauvais cheval (ahaha! pardon, les calembours  de Monsieur D. semblent m’être montés au cerveau). Mateo Gil, donc, a un talent certain, qui transparaît tout au long du film. Alors ?…

Mateo Gil sait quoi faire (à cheval), mais pour Sam Shepard.

 

Alors, l’explication, elle est à trouver du côté des producteurs, qui ont eu l’idée absolument catastrophique, destructrice, suicidaire, d’une part d’introduire de (beaucoup trop) nombreux flashbacks ; or, la jeunesse de Butch Cassidy et Sundance Kid, figurez vous que ça a déjà été filmé, par George Roy Hill, avec Paul Newman et Robert Redford (1969), et du coup, ça va être assez difficile de faire mieux, les aminches. Si bien que chacun de ces flashbacks devient un boulet supplémentaire, entrainant le pauvre Blackthorn vers des comparaisons dont il ne peut sortir qu’atrocement perdant.

En outre (car quand les producteurs sabotent un film, ils peaufinent le boulot), alors que Sam Shepard campe, encore une fois, un excellent Cassidy en fin de parcours, les acteurs incarnant les mythiques personnages de Butch et Sundance dans leur jeunesse ont été manifestement choisis pour leur totale absence de talent et de personnalité: je n’ai jamais vu deux acteurs au jeu aussi plat et inintéressant que Nikolaj Coster-Waldau (une gueule à jouer dans des reconstitutions historiques sur France 24) et Padraic Delaney (lui, ce serait plutôt les téléfilms policiers de France3 Limousin) !

Malgré tout, cela reste un western qui claque!

Clou du spectacle (les producteurs n’avaient pas tout à fait fini de refermer le cercueil) : le personnage féminin de Etta, incarné avec tant de grâce par la sublime, rieuse et fragile Katharine Ross en 1969, s’est vu confier ici aux soins peu délicats de Dominique McElligott, dont la fatuité abrutie et l’absolue nullité professionnelle égalent, et c’est peu dire, la lamentable-insupportable-odieusement irritante contre-performance de Megan Fox dans Jonah Hex (rappelez vous, j’avais alors envisagé d’aller l’assassiner dans son sommeil …).

Pour conclure, je dirai que si les producteurs pouvaient se contenter d’aligner les chèques, sans chercher à placer de force la gourde décérébrée avec laquelle ils ont une liaison et qui ne serait même pas capable de tenir un rôle dans Oui Oui rencontre les Sept Nains, s’ils pouvaient également s’abstenir d’imposer leurs idées “créatives” d’une lourdeur accablante, s’ils pouvaient juste arrêter de ruiner les films et tout simplement laisser les acteurs et les réalisateurs travailler tranquilles, le cinema s’en porterait tellement, tellement mieux … Gâcheurs épuisants, va !

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