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Une nuit

In a nutshell: A cop (Roschdy Zem), who might be corrupted, and his rookie partner/driver (Sara Forestier) spend the night going around Paris’ after-hour joints and nightclubs. A low key and modest yet engaging film noir.

C’est plutôt solitaire et triste une ville la nuit, en tout cas pour le taciturne commandant Weiss, un policier de la brigade mondaine (charismatique Roschdy Zem) faisant le tour de son territoire, Paris et ses bars, ses boîtes, ses lieux de perdition. D’autant plus que l’homme est sous la surveillance de l’IGS (l’inspection générale des services), et les boeufs carottes veulent le faire tomber pour corruption. L’est-il ou non, corrompu, le spectateur le découvre doucement en même temps que son chauffeur/partenaire d’une nuit, la brigadier débutante Laurence Deray (L. Deray pour nos amis gastronomes), interprétée par une Sara Forestier – Dieu merci – presque muette.

Le seul choix discutable de film sombre et félin, épais comme de la crème.

Pour jouer un instant au sémioticien, l’affiche ci-dessus vous décrit bien le film, les lumières festives du Paris nocturne sont extérieures à la concentration renfrognée de Weiss (dont le nom est également parlant, blancheur allemande à la lecture, devenant vice anglais une fois prononcé), statique malgré l’arrondi du pare-brise qui indique la voiture et donc le déplacement, ainsi que, peut-être, un rappel discret au scaphandre des astronautes et à leur solitude tandis qu’ils flottent dans l’espace glacé. Et cette balade séduit car le travail de Philippe Lefebvre refuse tout spectaculaire pour se concentrer sur la réalité d’un travail de police indispensable et peu évident.

Tandis que s’esquisse une guerre de territoire feutrée entre deux propriétaires de boîtes de nuit, l’ambigu n°1, Tony Garcia (Samuel Le Bihan), et son gourmand et peu honnête dauphin, Jo Linder (Jean-Pierre Martins), Weiss, chargé par sa fonction de décider qui ouvre et ferme tout établissement à Paris, se voit instrumentalisé par les deux clans. Un piège se referme tandis que l’on comprend que le dangereux métier de la Mondaine est de sans cesse flotter entre deux eaux, participant à un ballet d’échanges de services et renseignements qui construisent une réputation, préparent un coup ou défont une vie. Pas de coups de feu dans ce film, mais une chasse aux informations utiles, ce qui crée une tension discrète mais bien réelle, rappelant les plus belles heures du cinéma policier des années 1970.

Flic de la vieille école, voyou "new school", va y avoir distribution de mandales francophiles

Même si les qualités de ce long métrage, hésitant entre téléfilm, documentaire et esthétique assumée de film de genre, sont moindres que leurs augustes modèles, on ne peut s’empêcher de penser à Melville et de manière plus contemporaine à Michael Mann et John Gray. Roschdy Zem est un admirable héros melvillien, (presque) aussi magnétique que Delon dans le Samouraï, le scénario évoque les tensions d’appartenance et la fatalité chères à Gray, et, sans sa maestria visuelle, ni sa force dramatique, Une nuit s’inscrit pleinement dans la lignée de Collateral. Néanmoins, cette modestie ne nuit pas au projet, et l’excitation et l’inquiétude sourdent de ce joli film d’atmosphère, rehaussé par la bande originale très lynchéenne d’Olivier Florio. Lefebvre propose un très intéressant portrait-métaphore d’un service de police dans un état transitoire, à la limite de l’anxiogène, au travers de son héros, témoin privilégié d’un milieu vénéneux, aux frontières poreuses.

Il y a donc de quoi se réjouir, car, s’ajoutant à d’autres succès, nombre d’entre eux chroniqués ces derniers mois sur ce site, Une Nuit participe à la renaissance d’un cinéma français de qualité, populaire et varié. 2012 s’annonce bien.

En résumé :  Un polar de qualité sur les difficultés d’éviter la corruption au sein de la brigade mondaine.

I don’t know if I was just having a bad day, but I had a really terrible time with the French in this film – in fact, the worst time I can remember having with it since about 2001! Truly baffling. Short, clipped dialogue kept machine-gunning out of the characters’ mouths, and I was left perplexed, replaying the gargled series of noises I’d just heard over and over in my mind,  getting no closer to understanding what on earth was happening. If it had not been for Monsieur D. kindly whispering a synopsis update into my ear every few minutes or so, I would have been completely, utterly lost throughout the entire sorry affair.

Luckily, though, I was lucky enough to have a decent summary and after about half an hour, I was finally on my way to working things out for myself – or at least, enough to have half a chance at enjoying myself. Une nuit is a very decent thriller starring Roschdy Zem as Weiss, a member of the Parisian vice squad who is himself under scrutiny for corruption. We get to follow Weiss  as he does his rounds through the night, driven by a wide-eyed Laurence Deray (Sara Forestier), who is new to the assignment.

Insert edgy and utterly incomprehensible dialogue here

For an ‘alternative’ tour of Paris by night, you could do a lot worse than this film, which zips around just about every area of Paris as Weiss tries to extract information, call in favours, and has the odd shot or three. Although we find out that his close friendship with Paris’ number one nightclub owner has brought about more than a few conflicts of interest,  the overall impression is that he has little choice but to operate as he does – the job simply isn’t doable without concocting a web of favours and obligations with the main players in the Parisian nightlife scene. Overall it makes for an edgy, rewarding watch, although I must admit I would have killed for some subtitles.

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Top 10 – 2011

In a nutshell: For a third consecutive year, this blog lives! How cool is that?  As it’s tradition now we shall look back on 2011 and celebrate the movies we enjoyed the most. Since it wouldn’t be fair to forget our dear friends and contributors who helped us so much in maintaining this blog and providing new reviews when schedules are tight and movie theatres are packed so we can’t get in, they shall start with their Top (hum) 5 – most of them cheated -, the  film(s) they wished they’d found the time to see, and the one(s) they really rather wish they hadn’t.

Let the party begin – and happy New Year to you, dear reader!

Avant toute chose : Belle et Heureuse Année à Vous, Lectrice Aimée, et mes meilleurs voeux aussi pour toi sympathique lecteur, que 2012 vous apportent bien du bonheur.

Tout comme l’année dernière nous avons rassemblés nos forces, c’est à dire celles amicales et bénévoles de nos critiques invitées et leur avons demandé de nous fournir leur top 5 de leurs films préférés de cette année 2011. Chacun de nos bienveillants contributeurs nous a envoyé ses choix selon ses goûts et ses dégoûts. Certains sont commentés, d’autres nettement moins, ainsi s’expriment les différentes voix de franglaisreview. Les nôtres concluront l’exercice.

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A tout seigneur, tout honneur, Mlle L. présente sur tous les fronts et sur trois continents nous donne, en plus des ses découvertes à 3€, son top 3, parce que 5, cette année c’est un peu trop.

Top Five des films vus au cinéma et qui sont sortis en cours d’année 2011 et que j’ai vraiment aimé et que c’est mission impossible d’en trouver cinq parce que sans blague cette année j’étais beaucoup aux Etats Unis et comment voulez vous que je fasse, alors du coup j’en ai que trois mais c’est vraiment en faisant tout mon possible, je vais quand même pas mettre Captain America dans mon classement, tu parles d’une daube ! :

1. Drive de Nicolas Winding Refn

2. The Killing Jar de Mark Young

3. The King’s speech de Tom Hooper

Mon top 6 de regrets terribles que j’ai pas pu les voir et que ça me rend très malheureuse et qu’en plus y en a beaucoup d’autres que j’ai ratés mais il faut bien faire un tri déjà que je respecte pas les consignes, mais que si ces films étaient passés dans le pays de blaireaux où j’étais cloitrée ben mon top five aurait eu plus de gueule, sauf que là j’ai pas pu les voir alors évidemment :

Le cochon de Gaza de Sylvain Estibal ; Hara Kiri de Takashi Miike ; The Artist de Michel Hazanavicius ; Harry Brown de Daniel Barber ; La Fée de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy ; Habemus Papam de Nanni Moretti.

Ma plus grosse déception que je suis pas contente et que ça aurait dû être génial et qu’en fait c’était tout mou et mal foutu et décevant et c’est pas du boulot: True Grit des frères Coen.

Bien sûr, il y a aussi les films dont on m’a rebattu les oreilles sans répit alors que c’était crâmé dès le départ puisqu’il s’agissait d’énormes daubes (en tête de liste, Black Swan de Darren Aronovsky, parce que RIEN A SECOUER des aventures en tutus de deux casse-couilles qui devraient se contenter de faire égéries Chanel et pas venir m’emm…rder à faire actrices, bon).

Et puis, enfin, un top five des films bizarres en DVD chroniques cette année :

1. Django, prepare a coffin de Stelvio Massi.

2. Danger Diabolik de Mario Bava.

3. Messiah of Evil de Willard Huyck.

4. La Banda del Trucido de Ferdinando Baldi.

5. The Abominable Doctor Phibes de Robert Fuest.

Our fan of entertainment with a bang, martial arts and cool witty one liners, Mr. J.A. followed the instructions to the letter. I love when a plan comes together.

1. Super 8 by J.J. Abrams

2. Suckerpunch by Zack Snyder

3. Crazy Stupid Love by John Requa and Glenn Ficarra

4. X-Men First Class by Matthew Vaughn

5. Midnight in Paris by Woody Allen

The worst movie of 2011 : The Three Musketeers by Paul W.S. Anderson (was there any doubt, after this biting review?)

The movie he most wanted to see but couldn’t: Red State by Kevin Smith

M. J.M., en plus d’avoir presque les mêmes initiales qu’un grand studio hollywoodien a des goûts aussi ambitieux et éclectiques … et des valeurs ! Voici ses choix :

Année étrange, difficile de donner un top 5, car les films marchent par ensembles

En 1, nettement au-dessus du lot : La piel que habito de Pedro Almodovar,

En 2, une errance : Essential Killing de Jerzy Skolimowski,

En 3, trois films, chacun imparfait, mais parfois d’une émotion très intense :

Le discours d’un roi de Tom Hopper ; Habemus papam de Nanni Moretti ; A dangerous method de David Cronenberg

En 4, trois films de genre, vitesse, accélération, vitesse :
X-Men First Class de Matthew Vaughn ; Scream 4 de Wes Craven ; Mission Impossible: Ghost Protocol de Brad Bird

Et pour (ne pas) conclure, ou pour faire une transition, un film de transition (reflet très esthète du film d’Almodovar) : L’Apollonide de Bertrand Bonello.

Je n’ai pas oublié les catégories regret ou déception de l’année, mais mon tempérament ne me fait absolument rien regretter du tout et je ne suis jamais déçu par le cinéma ; en effet, je suis un mec positif, en analyse, serein, qui vit et jouit et lit et écrit et pense et rêve et voit au présent ; de telles catégories sont des réflexes de loser, certainement socialistes, soit dit en passant ; en outre, ce n’est pas une catégorie plus ou moins anonyme et en tous points conformiste qui me donnera le moindre ordre

Je n’ai pas vu Intouchables de Eric Toledano et Olivier Nakache, mais je crois que ce sera facile de rattraper cet oubli.

Déception : je ne sais pas, disons Hugo Cabret de Martin Scorsese, mais je n’en attendais rien

Surprise (voilà un terme positif et vivant, un peu fou, qui nous place dans le bonheur de l’instant présent) : L’ordre et la morale de Matthieu Kassovitz, que j’aime vraiment bien. En plus je n’ai détesté aucun des films français que j’ai vus cette année – voilà, au moins, les véritables valeurs peuvent se transmettre.


And then comes our international woman of mystery, the discreet but ever present Mlle CTP who sees more movies a day than there are hours. Her favorite 5 (well 6) are the following :

1. L’Apollonide de Bertand Bonello

2. Drive de Nicolas Winding Refn

3. La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli

4. La Piel que habito de Pedro Almodovar

5 (et 6). Tomboy de Céline Sciamma et Meek’s Cutoff de Kelly Reichardt

Estimant que les documentaires méritent une place à part, elle ajoute en sélection parallèle : The Ballad of Genesis and Lady Jaye  de Marie Losier et La nuit elles dansent de Isabelle Lavigne et Stéphane Thibault.

Elle a raté Dernière Séance de Laurent Achard, Essential Killing de Jerzy Skolimowski (mention spéciale pour la ressortie de Deep End cette année !!) et Hors Satan de Bruno Dumont.

Sa plus grande déception ?  … eeeeuh, The Tree of Life de Terrence Mallick (ils avaient fumé des gros bouts de moquettes à Cannes ou ils avaient tous des regrets new-age ?) et Poulet aux prunes de Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi.

Mlle Clara clôt avec sa prolixité souriante habituelle les classements de nos reviewers amis. Voici les films qui ont retenu son attention :

1. Le Gamin au vélo des frères Dardenne

Je pensais être fatiguée de leurs films, de leur univers qui me paraissait un brin répétitif, et puis, paf ! un gros coup de poing dans la figure ! Quelle force, quelle intensité, quelle maestria dans la mise en scène, dans la direction d’acteur. On en sort avec l’impression que seul le cinéma peut produire cet effet-là. Chapeau bas !

2. La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli

Grand moment de cinéma à la Semaine de la critique, avec l’intensité de la première projection cannoise. Un sujet délicat, traité avec la force de l’urgence, la témérité d’une réalisatrice qui ose des choses risquées en s’en sortant brillamment – miracle de la grâce. Un film sur une maladie mortelle, dont on sort bouleversé et plein d’envie de vivre.

3. La Piel que habito de Pedro Almodovar

Quel étrange cerveau que celui de Pedro Almodovar… Comme avec les Dardenne, on croit qu’on est saturé de ce cinéaste à l’univers si cohérent, et puis, non ! On reste surpris par l’intelligence de sa mise en scène (la scénographie de la maison, l’esthétique de la chambre de la recluse), la folie de ces histoires d’identités sexuées chamboulées… Surpris enfin par son audace dans le mélange des tonalités, le grotesque et le sublime mêlés – très hugolien Almodovar, tiens ! Oui, cette façon qu’a Almodovar de mélanger la tonalité mélodramatique qui fait monter les larmes aux yeux, et le grand guignol qui fait éclater de rire : unique ! La référence aux Yeux sans visage en arrière-plan, si glaçante, si prégnante, est aussi une belle chose…

4. Une séparation de Asghar Farhadi

Révélation pour moi d’un cinéaste dont je suis allée après coup découvrir les films précédents, tous beaux, même si je préfère encore Une séparation. Bon, beaucoup a été déjà dit sur ce film haletant, à la direction d’acteur géniale, qui nous fait pénétrer dans cette société iranienne tellement intrigante vue d’ici…

5. Melancholia de Lars von Trier

Si j’avais envie d’aimer The Tree of life (raté !), je n’avais pas du tout envie d’aller honorer ce personnage idiot de Lars von Trier après ces débiles frasques cannoises. Mais bon, la curiosité fut trop grande. Et voilà, dès le prologue, j’ai été prise ! Ici, l’ambition métaphysique, les liens établis entre l’infini grand de l’univers et l’infiniment petit de nos affaires humaines dérisoires vus de Sirius, tout cela fonctionne et émeut, jusqu’à l’acmé final qui m’a cloué dans mon siège, knocked out. Les images et les questions soulevées par le film ont continué au-delà du visionnage de me hanter…

M. D et Miss J ont demandé un top five, mais c’est un peu juste, alors voilà pour le reste des révélations 2011 de votre serviteur.

The Artist de Michel Hazanavicius et L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller.

Et puis encore : Shame de Steve McQueen, Drive de Nicolas Winding Refn, Tomboy de Céline Sciamma, Impardonnables de André Téchiné, La grotte des rêves perdus de Werner Herzog, My little princess de Eva Ionesco, Habemus papam de Nanni Moretti et L’Apollonide de Bertrand Bonello.

Là en revanche ce ne sera pas le pied

Mes trois plus grandes déceptions furent

1.The Tree of life de Terrence Mallick, parce que j’en attendais beaucoup et que j’avais envie d’aimer ce film ambitieux ; or impossible pour moi supporter le côté pompier des images, la dimension prêchi prêcha du message (« God, you took my son, he’s dead, it’s fine, take him, he’s yours ! » : Beurk !).

2. Carnage de Roman Polanski: autre déception d’un réalisateur dont j’attends forcément beaucoup. Pas seulement parce que Carnage est un petit film, mais aussi parce que sa misanthropie et sa misogynie m’ont semblé vaines. Et plus encore, son côté règlement de compte avec la gauche-américaine-politiquement correct-droitdelhommiste m’a paru mesquine.

3. Tintin de Steven Spielberg: encore un cinéaste dont on peut attendre beaucoup (enfin, à l’exception des fins). Impossible pour moi de supporter cette agitation de jeux vidéos, cette débauche d’effets, de caméra mouvante pour le mouvement, ce rythme frénétique sans le moindre répit. Résultat : la gerbe. Désolée !

Enfin voici le temps des regrets, dans ma bonne ville de Nice n’ont pas encore été programmé : L’Etrange affaire Angelica de Manoel de Oliveira, Dernière séance de Laurent Achard, le dernier film de Bela Tarr, le cycle Welcome in Vienne d’Axel Corti, Donoma, Honk … J’ai aussi raté : Incendies de Denis Villeneuve et Hors satan de Bruno Dumont.

A tout ceci s’ajoute un message personnel, une épiphanie :

Cette année 2011 m’aura donné la joie de découvrir (tardivement, puisque j’aurai pu, dû, les débusquer avant) deux acteurs qui ont plus que titiller la midinette qui est moi. Rien de bien original, puisque la toile bruisse des noms de ces deux phénomènes, de ces deux créatures au sex appeal maximal mais aussi acteurs émérites dont on a envie de suivre la trajectoire future. J’ai nommé, évidemment, Michael Fassbender (mon prem’s) et Ryan Gosling. Merci d’exister les gars, et si vous lisez ce blog génial, vous pouvez écrire aux rédac chefs pour récupérer my phone number.

And now here’s…

Miss J’s top 10 for 2011:

…. I shall try to be reasonably concise.

1. Habemus Papam (Nanni Moretti) – sparklingly absurdist, compelling viewing as the Pope has a meltdown.

2. Pina (Wim Wenders) – a fine tribute to one of the twentieth century’s great choreographers.

3. Tyranosaur (Paddy Considine) – a powerful and moving drama that transcends clichés of victims and persecutors.

4. Le Havre (Aki Kaurismäki) – a touching, uplifting film about generosity and solidarity.

5. La Fée (Dominique Abel) – original and offbeat in a great way, who wouldn’t want three wishes from the fairy of Le Havre?

6. The King’s Speech (Tom Hooper) – an impeccably polished exploration of performance anxiety.

7. Moneyball (Bennett Miller) – another of those sports movies that digs down to lots of interesting universals.

8. Intouchables (Eric Toledano) – two ‘untouchables’ help each other back to life in the French comedy of the year.

9. Le Cochon de Gaza (Sylvain Estibal) – bittersweet comedy with dark satirical undertones and a storming performance by a pig.

10. The Sound of Noise (Johannes Stjärne Nilsson and Ola Simonsson) – audacious musical mayhem.

Miss J’s top three popcorn movies of the year:

 1. Rio (Carlos Saldanha) -  Feel-good music, bright sunshine, great animation, strong storyline – the perfect mood-lifter!

2. Friends With Benefits (Will Gluck) – sit back, unplug brain, smile and crunch popcorn.

3. Mission Impossible 4: The Ghost Protocol (Brad Bird) – far, far funnier than expected and as high energy as it comes.

Miss J’s top three ‘kill me now’ movies of the year:

1. The Cave of Forgotten Dreams (Werner Herzog) – very much wanted to care, but it was SO DULL.

2. The Lady (Luc Besson) – ugh, the soundtrack. Just thinking about it makes me want to retreat to a darkened room and whimper.

3. Hereafter (Clint Eastwood) – excruciatingly bad. As invigorating and engaging as drying paint.

Finally, three films I regret missing so far: The Artist, La Guerre est déclarée, We Need to Talk about Kevin.

Et si vous avez eu le courage d’atteindre le bout de cette page, voici le classement de mes films préférés vus en 2011, et si j’en crois ces résultats, ce fut une année durant laquelle j’ai eu besoin de rire.

1. Pina de Wim Wenders – parce que le travail d’une chorégraphe extraordinaire filmé par un réalisateur de talent crée des étincelles jusque dans l’âme

2. Habemus Papam de Nanni Moretti. Michel Piccoli est grand, beau, touchant, Moretti est caustique et tendre et la comédie vaticane subtile, j’en reveux.

3. Une séparation de Asghar Farhadi. Les acteurs sont à tomber tant ils ont la grâce, le réalisateur impressionne, l’histoire de ce divorce n’est jamais manichéenne et est universelle.

4. Tyrannosaure de Paddy Considine. Parce que Dinard recèle des pépites de cinéma britannique avec des morceaux de bravoure dedans, parce que ce drame social est puissant, percutant, émouvant et les acteurs dignes des plus beaux éloges

5. The Sound of Noise de Ola Simonsson et Johannes Stjarne Nilsson. Haletant, drôle, original et musical, que dire de plus !

6. The Trotsky de Jacob Tierney – parce que ce film hégélien a été fait pour moi, que l’histoire se répète toujours deux fois, que la seconde est une farce et quelle farce ! Et j’ai parfois la nostalgie de Montréal.

7. La Fée de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy. Poétique et clownesque au sens le plus noble.

8. Le Discours d’un roi de Tom Hooper – parce que ce film tout classique et conservateur qu’il est a du souffle, que Colin Firth y est magnifique, et que ce conte de fée royal m’a séduit.

9. L’Irlandais de John Michael McDonagh. Des acteurs superbes, des répliques qui font mouche, une caméra nerveuse enthousiasmante, LA comédie policière de l’année !

10. Intouchables de Eric Toledano & Olivier Nakache. Ce classement est clairement un hommage aux comédies (vues en 2011), et Intouchables réussit si bien dans l’art ô combien difficile que de faire rire, que l’on est tenté d’aller le revoir pour savourer pleinement les plaisanteries alors masquées par l’hilarité des salles. En plus, un film qui offre un podium à un handicapé moteur, un oeuf Fabergé et Omar Sy méritent qu’on le remarque.

Les trois films qui m’ont déçu ne seront pas en tant que tel les pires films de 2011, enfin pas forcément. Trop facile de dégommer un film de Christophe Honoré, Hollywoo ou Les Immortels. Toute personne qui avait un espoir en entrant dans la salle se mettait d’avance le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Et pas évident avec un coude dans l’orbite de se concentrer sur l’écran.

Ainsi, là où mes espoirs furent déçus, piétinés, coupés en morceaux, noyés puis pendus :

1. Incendies de Denis Villeneuve. Une histoire absurde, ca veut faire renouveau de la tragédie grecque et ça n’est que fantasmes adolescents lourdauds et exotiques (parce que si le Liban, ou même le Moyen Orient c’est ça …) je reste encore incrédule que tant de gens que j’apprécie aient aimé ce film.

Behold the lamb de John McIlduff. Raté, tout simplement raté.

3. The Tree of Life de Terrence Mallick, qui n’est pas un mauvais film, mais tant de beautés pour tant d’ennui, je n’ai rien contre les dinosaures ni les métaphores filées, mais tout cela m’est apparu assez vain.

Enfin trois films manqués, “flûte”, mais nos chroniqueurs en disent tant de bien que s’éveille une certaine curiosité, alors espérons qu’un jour, si les Mayas nous en laissent le temps …

  1. La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli
  2. Essential Killing de Jerzy Skolimowski
  3. La piel que habito de Pedro Almodovar.

Bonne année à toutes et tous ! Happy New Year et vivent les milles visages du cinéma.

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La Défense Lincoln (The Lincoln Lawyer)

In a nutshell: Matthew McConaughey shines in this very classical and pleasant thriller where as a sleazy lawyer, he has to  defend a client whose case pushes to the limit his own ethical boundaries, however flexible.

Sur une très bonne bande originale hip hop, Brad Furman nous propose une adaptation solide et pleine de pep’s du roman éponyme de Michael Connelly. Mickey Haller (Matthew McConaughey) est un requin des prétoires et défend sans broncher et avec efficacité toutes les crapules de Los Angeles qui font appel à lui. Ainsi, il est presque officiellement l’avocat des Hell’s Angels locaux et ses relations avec les forces de l’ordre ne sont pas au beau fixe. En dehors de son mordant et de son efficacité, Haller est connu pour avoir transféré son bureau à l’intérieur de sa voiture, une Lincoln Continental, d’où il traite la plupart de ses affaires. Il va pourtant lui falloir abandonner ce cocon pour aller défendre un jeune homme riche (Ryan Philippe) accusé du meurtre d’une prostituée.

La recette du succès : l'avocat à l'amende

Sorte d’affaire Strauss-Kahn presque aussi sordide, cette accusation permet à chacun mille fantasmes, d’autant plus percutants que les rebondissements et les coups de Jarnac sont légions et l’avocat est peut-être en train de tomber dans un traquenard. Rondement menée sur un scénario vif et enlevé, la réalisation est à l’image de son héros, malicieuse, efficiente et intelligente. McConaughey incarne peut-être son meilleur rôle et démontre que derrière un torse nu et musculeux, il y a un très bel acteur, capable du meilleur. Il rappelle même Paul Newman chez Lumet.

Série B nerveuse et attrayante, La défense Lincoln réjouit et son classicisme attendu fait ressortir l’excellence de la distribution, transforme les quelques invraisemblances du scénario en moments attendus et, par le choix de son esthétique 70′s, rend l’ensemble subtilement ironique et vraiment très cool. Les amateurs de film noir et de manipulations expertes en auront donc pour leur argent et les autres passeront un moment certes modeste et oubliable mais séduisant et agréable.

En résumé : un avocat habitué à prendre des clients un poil louche se trouve dépassé par un accusé manipulateur à l’air plus qu’innocent. Un polar engageant qui tient la route. 

I must admit I’m filled with admiration for Monsieur D. who is able to remember this film rather well even though we saw it ions ago. But to add my two cents, this is a very decent thriller, starring Matthew McConaughey as Mickey Haller, a lawyer who’s used to defending dodgy characters for the pay cheque, but who finds himself up against a wholly unpalatable character in the superficially suave Louis Roulet (Ryan Philippe), who proceeds to mess with his personal and professional boundaries in very threatening ways.

The result is polished, engaging and well acted. And according to Monsieur D. I also really enjoyed the soundtrack. Voilà! Grab it on DVD or an airline entertainment channel if you get the chance – it’s worth the watch.

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The Guard (L’Irlandais)

In a nutshell: And Dinard’s Prix du public goes to … a very fresh and funny comedy thriller, brilliantly written about a wonderfully unPC, old school wayward Irish country cop, suddenly faced with a series of challenges – from the arrival of a new colleague from Dublin, to an international FBI run operation to dismantle a drug cartel. Dirty Harry meets Father Ted, it’s awesome!

Je voulais vraiment voir ce film. La bande annonce m’avait intrigué et les festivaliers que nous avons rencontré étaient pour la plupart très enthousiastes. Nous avons donc tenté et échoué d’aller le voir, trop de queue, mais, bonheur, le film ayant gagné un prix une séance supplémentaire fut organisée l’ultime journée de ce 22e festival. Juste avant d’attraper notre train et quitter Dinard, nous eûmes le plaisir d’assister à la présentation du lauréat du prix du public, L’Irlandais (The Guard en v.o.) qui laissa Miss J. dubitative mais qui me plut beaucoup. Une question de style, je crois. Miss J. n’est pas très sensible à la comédie policière et moi bien plus.

Doyle (Gleeson), jamais politiquement correct, s'essayant à l'humour noir. Everett (Cheadle) n'est pas convaincu.

Tout comme Tyrannosaur, The Guard est un premier film, et il y a bien du talent dans cette nouvelle génération de réalisateurs britanniques. Le scénariste John Michael McDonagh s’est mis derrière la caméra pour, raconte-t-il, qu’on arrête de défigurer ses scripts. Il a eu raison. Ayant eu la chance de convaincre Brendan Gleeson qui sortait du tournage de In Bruges, premier (bon) film de son frère Martin McDonagh, John Michael a trouvé l’interprète idéal de son policier de campagne (garda en gaélique) en fin de carrière. Rebelle, raciste, pugnace, irritant, taquin et même tendre, Gleeson prête sa masse rousse et son oeil pétillant à l’un des plus beaux héros réticents des dix dernières années.

Le sergent Doyle, personnage à la Lino Ventura, voit débarquer dans son village un trop professionnel agent spécial du F.B.I. (le toujours magnifique Don Cheadle, effaré par les horreurs que ce garda local profère à tout bout de champ), une jeune recrue de Dublin, et des trafiquants de drogue adepte de philosophie, et rien de tout cela lui plait. Il va donc lui falloir remettre de l’ordre dans tout cela, à la Clint Eastwood, sans négliger ses devoirs de police de proximité, les visites à sa mère ou ses escapades coquines avec ses prostituées favorites: du boulot en perspective … Habile mélange entre Lautner, Audiard, Tarantino et Landis, le résultat divertit avec intelligence et amuse même beaucoup.

Vive la police de proximité!

On pardonne alors facilement quelques petites inconséquences et quelques cabotinages dans les dialogues devant la qualité de l’histoire narrée et l’imprévisibilité de son personnage principal et sa rafraichissante candeur : – The only time a baby doesn’t look like every other baby is when it’s a really fucking ugly baby. So unless you’re about to show me a picture of a really fucking ugly baby, I don’t want to see it … (traduction sur demande). McDonagh démontre avec ce film qu’en plus de talents d’écriture il n’est pas dénué de dons pour la mise en scène, l’humour de son Irlandais étant également partagé entre répliques étincelantes ou acerbes et situations cocasses. L’arrivée en coccinelle orange du représentant replet de l’IRA, tout de jeans vêtu et en stetson, restera dans vos mémoires. Et si, comme Miss J. le déplore, il y a parfois violence(s), elle est, à l’exception de la scène finale, toujours en dehors du cadre, car à la différence de Tarantino, nettement l’une de ses influences, McDonagh préfère tabler sur l’intelligence du spectateur et l’implicite que sur la violence gratuite spectaculaire.

Rien de plus difficile que d’amuser avec talent, avec ambition pour son spectateur mais sans condescendance ou références absconses, rien de plus ardu que d’être populaire, au sens noble du terme. Il est peu élégant de comparer deux frères, quoique ici presque inévitable, et il est plaisant de voir que tous deux ont des talents rares, deux au moins, celui de conteur et celui de faire de Gleeson un incontournable des films indépendants cultes. Ne reste plus qu’à espérer d’autres films de Messieurs McDonagh, John Michael en tête, et vous encourager, lecteurs européens, à vous précipiter voir son film qui sortira (en France) fin décembre.

En résumé:  Un film comique très bien écrit, plein d’absurdités et d’originalité. Mais le genre « je te pète la gueule, je te torture c’est rigolo » n’est toujours pas mon truc, qu’y puis-je?

John Michael McDonagh’s The Guard was our last screening of Dinard 2011 – and we’d really queued for it! Having failed to get in the first time round, we waited outside the Festival Hall to watch it on the Sunday morning and were glad of the second chance to see it thanks to it having won–won the audience’s prize. This came as no surprise given the positive comments circulating about the film throughout the festival.

The crime comedy is in rural Ireland, it stars Brendan Gleeson as Sergeant Gerry Boyle, maverick Garda (policeman) with a penchant for the odd tab of acid and a full-on obsession for the call girls.  He finds himself paired up with FBI agent Wendell Everett (Ocean Eleven’s Don Cheadle) on a large-scale drug smuggling crackdown operation. Everett is every bit the sleek FBI I-Mean-Business caricature, while Irish Boyle just cuts the bottom out of his routine at every turn – setting the tone by bringing their first group briefing session to a grinding halt with the line “but I thought all drug smugglers were black?” He retorts to the stunned response that he’s Irish, what can he do.

Friendly neighbourhood policing

One of the best things about the film is the quality of the scriptwriting – its dialogues are acerbic, at times disconcerting and subversive, and it’s interesting to know that scriptwriter McDonagh directed the film himself so that he could protect his script from meddling. The rawness of the writing really comes through and it really stands out from the crowd in this respect, parodying the Tarentino genre, delving into absurdity and allowing Boyle’s at times unnerving honesty to steal the show – as Everett comments at one point, “I just can’t decide if you’re really intelligent or really stupid”.

The dynamics between the cast work really well and it’s good to see some comedy that’s free from formulaic straitjackets but still respectful of an audience’s desire to actually, er, laugh rather than have the scriptwriter’s pretentiousness rammed down their throat every five minutes, or worse still, for a film to mooch slackly through the script with a brief moment of comic relief on the hour, every hour (in a 90-minute feature). That said, films where people torture others for laughs/plot development purposes like they’re so much disposable lumps of meat will never truly be my thing. I wasn’t fully drawn into the film, but rather came and went, enjoying a series of excellent moments rather than the full ensemble. If I’d been more a fan of the genre, I think I would have been a seriously happy camper (see Monsieur D. for details).

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Cop Out – Top Cops

In a nutshell: Mlle L. comes out as not only a Tarantino fan, but also as a Willis one. Bruce Almighty will gun down any one between him and his precious baseball card, stolen by a memorabilia-obsessed ruffian. If you don’t want to finish like that dude and enjoy Kevin Smith and Tracy Morgan’s humour, go here.

En résumé : Mlle L. piaffe d’impatience tant Monsieur D et Miss J se font attendre et relance sa liste de DVD discutables et peu chers en nous offrant les aventures comico-policières de Bruce Willis, à la recherche de sa vignette de baseball la plus précieuse, subtilisé par un nuisible inconscient, fan de ce sport. Cliquez ici, ça va défourailler.

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Road to nowhere

In a nutshell: And finally comes the last (for now) review of our friend Monsieur JM. « Yesterday is dead and gone and tomorrow’s out of sight » in this Road to nowhere, in which a director meets an actress. Sparkles and romance ensue, the lyrical Lynchian way. Intoxicating.

Pour présenter son film, Monte Hellman donne deux balises : Hitchcock et Robbe-Grillet. Hitchcock : il s’agit exclusivement de Vertigo, l’histoire d’une femme qu’un homme inconsolable force à ressembler à une autre, qu’il croit morte, sans savoir qu’il s’agit de la même femme. Avec le nom de Robbe-Grillet, c’est une certaine idée du cinéma européen des années Soixante qu’il vise : méfiance envers les codes des films de genre et les schémas narratifs trop simples, cinéma hypnotique et mental qui ne veut surtout pas expliquer ni tout déchiffrer, cinéma cérébral qui se fonde sur les hallucinations ou les mensonges d’une conscience, bref des labyrinthes en images. Dans L’Immortelle, un homme voit la même femme partout, puis nulle part et enfin elle réapparaît mystérieusement sous une forme de statue froide, presque désincarnée, avant que le spectateur ne comprenne qu’il s’agit d’images mentales : le personnage masculin s’accuse de la mort accidentelle de celle qu’il ne peut pas cesser d’aimer. Histoires d’amour et d’obsession, donc.

Le cinéphile d’aujourd’hui va additionner Hitchcock et Robbe-Grillet, et il obtient David Lynch. De fait, on pense souvent à Lost Highway et à Mulholland Drive en regardant Road to Nowhere, avec une insistance beaucoup plus nette et concrète sur le fonctionnement d’un tournage et les mécanismes de production. On retrouve également de loin en loin le phare Hitchcock et le phare Robbe-Grillet, mais les personnages de Hellman, bien qu’on ait l’impression d’avoir déjà vu ces histoires de couple entre un cinéaste et son actrice, sont plus originaux.

Quand l'amour vous tend la main

Quel est le couple central ? Mitchell Haven, un cinéaste qui doit filmer la vie de Velma Duran, une histoire plus ou moins de manipulation politique et d’argent volé, et son actrice Laurel Graham, mais le spectateur comprendra vite qu’il s’agit en fait de la véritable Velma Duran, qui n’est pas morte. Ce sont de tendres amoureux. La supercherie et son démontage prennent très peu d’importance dans le film de Hellman. Il insiste davantage sur les rapports de tournage, les scènes à tourner et à refaire, les préparations et les répétitions. Le cinéaste n’est pas du tout un obsessionnel, ni même un grand tourmenté, juste un artisan qui veut réussir son film, se l’approprier et bien filmer la femme qu’il aime.

Le soir, il leur arrive de revoir à la télévision quelques films préférés, et à chaque fois l’extrait choisi signale un jalon du film. The Lady Eve, une comédie de Preston Sturges, très connue aux Etats-Unis : une femme se fait passer pour une autre femme pour reconquérir l’homme qu’elle aime. L’Esprit de la ruche, un film espagnol onirique (pour le dire vite), que Hellman a toujours admiré : la magie du cinéma permet aux monstres de passer de l’autre côté de l’écran et d’accompagner toute une vie les enfants qui ont aimé être terrifiés. Il s’agit d’une fable sur la nécessité d’accepter la mort et la séparation, une fable qui relie l’angoisse du refus de la mort à l’enfance et à la beauté des images cinématographiques. Enfin, Le septième sceau, qui annonce la fin du film, et anticipe la conclusion tragique : les personnages de cinéma regardent la mort en face, jouent avec elle mais seulement pour retarder sa venue, pas pour la nier, ni la tuer.

Shannon Sossamon après avoir entendu le fin et si original calembour : as-tu vu Monte Hellman? Non je n'ai vu monter personne

En dépit de toutes ces images, de toutes ces différences de support et de forme, extraits de films, film dans le film, promotions télévisées de films hollywoodiens, le film raconte une histoire simple, celle d’une rencontre amoureuse. Les plus beaux moments du film correspondent alors à la fin du bavardage continuel auquel soumettent la description des relations sociales et le développement du récit. On ne parle plus de rien, on ne s’efforce plus de tromper, de faire ni de révéler quoi que ce soit. Tout se tait, comme dans le premier et le dernier plan. Qu’y voit-on ? Un très long travelling avant qui peu à peu, insensiblement, se transforme en zoom avant sur deux images différentes de la même femme : image animée du film et image fixe de la photographie. Au début, elle ne fait rien, juste diriger le sèche-cheveux sur sa chevelure puis sur sa chemise, elle est seule et écoute une reprise d’une chanson de Kris Kristofferson, Help me make it through the night. « Yesterday is dead and gone and tomorrow’s out of sight. »

A la fin, il reste une photographie d’elle, expression extatique, entre angoisse et lâcher prise, et le zoom progressivement isole sa bouche légèrement entrouverte, en très gros plan. Il n’y a plus de récit, seul un présent éperdu. Ce sont deux images sensuelles et pudiques, par où le film tente discrètement de s’abolir, de se dissiper. Le récit à la fois s’arrête et se précipite vers son gouffre. Derrière ces plans, on reconnaît la quête d’Orphée, qui traverserait l’image immatérielle pour retrouver Eurydice qui a disparu. Hellman garde ce vœu romantique, mais il sait très bien qu’on ne peut pas traverser une image ; on peut en inventer, en construire, s’approcher d’un visage à travers l’invention d’un personnage et le don d’une actrice.

Lorsque cessent les dialogues, qui maintiennent à distance la sensibilité ou la douleur, le plan s’approfondit, et dévoile un lyrisme désenchanté et tenace.

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Detective Dee : le mystère de la flamme fantôme

In a nutshell:  Tsui Hark comes back with an impressive sword movie in which Andy Lau is the dashing and wise Detective Dee, ready to save China and Emperess Wu. The movie is like Tsui Hark’s career, uneven with some great moments and, unfortunately, some really dull ones.

Comment ne pas se sentir schizophrène après la vision de ce film à très grand spectacle (et budget modeste) ? S’élèvent en moi diverses voix dissonantes pour parler de cette réinterprétation du légendaire Juge Ti, que tout amateur occidental de romans policiers connait par l’intermédiaire du talentueux sinologue et diplomate Robert Van Gulik et de ces moins convaincants successeurs. Di Renjie (ou Ti Jen-Tsié) est le plus célèbre magistrat chinois, dont les dons de déduction et la rigueur morale faisaient passer Sherlock Holmes pour un cocaïnomane distrait. Il fut grâce à ses talents, appelé en fin de carrière à devenir ministre de l’impératrice Wu, unique femme ayant pu diriger la Chine, et dont le règne fut postérieurement noirci par des générations d’historiens confucianistes, choqués de son audace iconoclaste et de son ambition.

Tsui Hark fait commencer son film en 690 alors que Wu Zetian (Carina Lau) attend la fin de la construction d’une statue colossale de Bouddha pour son couronnement. Mais dans l’ombre des conspirateurs vont tout faire pour empêcher cette intrigante d’arriver au pouvoir suprême, et des meurtres étranges  puisque des proches de la future impératrice se mettent à flamber sans raison.  Wu fait alors sortir de prison l’un des ses opposants, Dee (Andy Lau superbe), pour que celui-ci, grâce à ses talents de détective, puisse arrêter les coupables et faciliter son accession au trône.  S’ensuivent alors réflexions politiques, romance (ah, la belle Bingbing Li), combats variés (merci Sammo Hung Kam-Bo), poursuites et combustions spontanées, faisant de ce film un mélange de genres entre l’étourdissant, le surnaturel et l’indigeste.

Dee faisant face au surnaturel, c'est le pied!

Le film très inégal pâtit de son budget (13 millions de dollars soit le tiers d’un film indépendant américain) et propose quelques images de synthèse d’une laideur aussi grandiose que certaines scènes de combat sont réussies. Ainsi les transformations de certains des personnages, les plans aériens de la capitale ou la catastrophique rencontre de Dee avec des cerfs font franchement mal aux yeux. Si, dans son ensemble, les costumes, les décors et la mise en scène sont (heureusement) magnifiques, l’hybridation des genres empêche le spectateur de suivre et s’attacher aux personnages, tout paraissant soit trop simple, soit beaucoup trop complexe, soit trop langoureux, soit trop fantastique, soit trop ambigu, soit trop propagandiste. Au fond ce film est « trop ».

Flamboyant jusque dans les détails Tsui Hark se noie dans la grandiloquence et oublie dans sa frénésie de rebondissements parfois absurdes le sous-texte politique et historique qui devrait nourrir et motiver les très belles cascades et pirouettes de ses personnages. Intéressant pourtant de se souvenir de l’impératrice Wu, dont l’ambition ne s’arrêtait pas aux limites traditionnelles de son sexe et qu’en Chine seul Mao souhaita depuis réhabiliter.

Proto-féministes en campagne?

Rusée, cruelle, despotique et sanguinaire selon les historiens, elle fit pourtant beaucoup pour le statut des femmes et, apparemment, dirigea son pays avec une sagesse qui n’aurait pas déplu au Juge Ti, préconisant de notables baisses d’impôts pour développer l’esprit d’entreprise de son peuple, aider l’agriculture afin que les hommes trouvent un emploi et la sériciculture pour que les femmes aient des revenus. C’est elle qui, aussi, transforma le système d’examens administratifs chinois en réelle méritocratie impartiale dans lequel seules les connaissances et non la famille du candidat primaient. Elle souhaitait diminuer l’importance de l’armée qu’elle voulait plus comme « exemple moral » que force omniprésente et elle promut également le bouddhisme face au taoïsme, alors religion dominante.

C’est donc un personnage révolutionnaire qui doit s’appuyer sur ses ennemis les plus dignes (comme Dee) pour faire avancer ses réformes et atteindre ses buts personnels ou d’Etat. Et si Tsui Hark fait bien ressortir l’ambigüité de chacun – aucun de ses personnages n’est franc, ou même particulièrement sympathique – et l’alliage fragile entre destin personnel et vision nationale, je crains que son manque de pédagogie ne laisse un grand nombre de spectateurs sur le carreau, Miss J. en tête.

En résumé : le nouveau film de Tsui Hark est riche en effets spéciaux, et fait froid dans le dos avec ses petits insectes mortels, mais il est dénué de sens au niveau de l’intrigue.

I must admit, I wouldn’t have raced to the cinema to see Tsui Hark’s Detective Dee and the Mystery of the Phantom Flame without Monsieur D at my side. But given that he was, I willingly tagged along in anticipation of the most spectacular supernatural martial arts adventure action movie since Crouching Tiger, Hidden Dragon (the DVD of which was one of the few things I’ve ever won in a contest, by submitting my top three movie fight scenes to a film website. I can only assume my selection won because it was a random draw, or because my suggestions were so lame they decided I could do with some help in understanding what a real fight scene should look like).

Anyway, on to the action: it’s 690 AD, and the steely Wu Zetian (Carina Lau) is all set to be crowned as the first ever female empress in the history of China. She’s modestly having a sixty thousand foot-tall statue of the Buddha constructed next to her palace in honour of the occasion. All of a sudden, key members of her construction staff start spontaneously combusting. The solution to this predicament, apparently, is to drag the bedraggled Detective Dee (Andy Lau) out of the strange murky depths of a gruesome ‘hard labour’ exile in which he’s been wallowing. He is charged with solving the mystery and saving the empress from the wrath of multiple conspirators, none of whom are keen on her political rise from random courtesan status.

A new take on the spirit of Buddhism

This turns out to be the perfect set up for a number of things: swords, horseback acrobatics, people going up in flames, breathtaking martial arts moves, and Sherlock Holmes-style displays of intuitive flair from Dee. The technical elements of the film are therefore high on the spectacularity scale, and there’s even the vague whiff of a political parable – something along the lines of ‘he who lives by the sword dies by the sword’ (and brandishes the sword menacingly at all times, to add to the tension of the proceedings).

I was mostly bemused and not a little bored. I would have preferred to watch a straight-out parody than something so at the apex of its genre that it slumped into polished formulaic cliché. I found it impossible to get caught up in the characters’ tribulations and quickly grew tired of watching people spontaneously combust. It would have been more interesting if their demise had been the result of a feasible murder method – the impressive and engrossing thing with Agatha Christie, for instance, is how her elaborate murder plots could – at quite the push –  take place in real life. Here, it’s all down to magic, and pretty absurd (if creepy) magic it is too.

I cannot even begin to imagine how much this whole thing must have cost (edit: apparently not a lot). While I can only salute the incredible martial arts displays and the technical brilliance of it all, it left me cold plot-wise and vaguely creeped out by how gruesome it all was. Certainly not one to recommend if you have a fear of insects.

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La banda del trucido / L’Exécuteur vous salue bien

In a nutshell: Milian has an afro and a hideous baby. Merenda has a gun and, well that’s enough, wouldn’t you say. Massi has the pride to have his movie, La banda del trucido, reviewed by Mlle L.. Bloody hell or bloody L. ? Go and see!

En résumé : Quand le sosie italien de Bernard Tapie se met en chasse, Mlle L. est sur le coup et ça saigne presque autant dans la chronique que dans le film. L’exécuteur vous salue bien, lui rendrez-vous son salut en lui faisant l’hommage de vos trois euros?

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Petits Meurtres à l’Anglaise – Wild Target

In a nutshell: Bull’s eye for Cible émouvante‘s remake. It’s lighthearted fun with Jean Rochefort’s moustache on an elegant Bill Nighy as the perfect hitman all shook up by his encounter with the eccentric Rose, a far too attractive and wild target.

L’ultime critique de l’année 2010 ne pouvait être qu’un film “franglais” et de préférence une comédie policière pour que tant Miss J. que moi-même y trouvions notre compte. Petits meurtres à l’anglaise est ainsi le candidat parfait. Remake de Cible émouvante de Pierre Salvadori, on y trouve les rires et les tueurs professionnels qui nous plaisent à tous deux. Le solitaire Victor Maynard (Bill Nighy), la moustache conquérante, à la Rochefort, tombe amoureux de sa cible, Rose, une pimpante arnaqueuse (Emily Blunt) et se voit, pour la première fois de son illustre carrière, incapable de remplir son contrat. Le commanditaire, un homme d’affaire hargneux (Rupert Everett dans un contre-emploi attrayant), envoie aux trousses du tueur inconséquent et de l’attirante voleuse un autre tueur professionnel, l’infâme Dixon (Martin Freeman) avec la charge de régler au mieux cette lamentable affaire. Maynard doit alors échapper à l’assassin, protéger malgré lui Rose, tout en faisant le point sur ses sentiments, les espoirs de son abusive mère (Eileen Atkins, mégère à souhait) et la préservation de la réputation de sa famille dans le monde policé mais violent des tueurs professionnels. Sa rencontre inopinée avec Tony (Rupert Grint, loin de Harry Potter), jeune candide éberlué qu’il prend en affection, lui fait penser qu’en ces temps difficiles, il a peut-être eu la chance de trouver un apprenti.

Mr. and Mrs. Smith à la rencontre d'Harry Potter?

Jonathan Lynn ne s’éloigne pas du modèle de Cible émouvante, et reprend, souvent au plan près, les idées de Salvadori et son univers. Plus policé que l’original, Petits Meurtres à l’anglaise se montre moins audacieux, moins coquin, ouvert à un très grand public. La malice, la folie, l’érotisme de Marie Trintignant ne se retrouve pas chez Emily Blunt, certes piquante et excentrique, mais en rien équivalente à la Française. Cette timidité déçoit un peu le spectateur qui a pu voir l’original (comme moi), mais elle n’est pas non plus rebutante. On trouve dans ce film le grain de folie nécessaire, l’anticonformisme rafraîchissant qui déjà séduisait dans le Salvadori. Le charme est dû en grande partie à la distribution parfaite de flegme anglais, et de drôlerie bon enfant, truffée de touches légères d’humour noir. Tous les acteurs sont délicieux, mais Bill Nighy est irrésistible. Son interprétation de l’assassin vieux garçon réservé et tâtillon, pince sans rire, francophile (de la gastronomie à la langue) de surcroît, est touchante et hilarante et fait oublier les quelques baisses de régimes burlesques de l’ensemble. On ressort du cinéma souriant et convaincu: le métissage franco-anglais, il  n’y a que ça de vrai!

En résumé: Un assassin ultra-professionnel perd ses moyens quand il tombe amoureux de sa cible – ça vous dit quelque chose? C’est normal, il s’agit d’un remake d’une comédie française de 1993, et c’est très bien à l’anglaise aussi.

What do you do if you need to get someone killed in a discreet and gentlemanly fashion? Victor Maynard’s your man if you’re in the British Isles. Wild Target is a remake of the 1993 French comedy Cible Emouvante by Pierre Saldavori. Discreet, polished hitman Victor, in the new version played by Bill Nighy, finds himself distracted on the job by the charms of a new target, beautiful kleptomaniac Rose (Emily Blunt). For the first time in his life he can’t bring himself to do the job, and instead becomes her bodyguard, helped out by a bloke out of Harry Potter (Rupert Grint as Tony), who turns out to be a natural protégé for Victor, giving a taste of something along the lines of assassin’s fatherhood. They all flee off to Victor’s weapons-laden country home, where they have to contend with Victor’s doughty mother (Eileen Atkins) and her various sharp instruments. Having taught Victor everything he knows, she’s less than impressed at his flagrant desecration of the Killers Code in becoming entangled with his target.

First date etiquette can't be improvised

Rose is in trouble because she’d managed to fob off a forged Rembrandt on the rabid art dealer crook Ferguson (Rupert Everett). Just when it seemed impossible for him to become any more incensed, he clocks on to the fact that Victor’s off the rails. He hires the hitman’s far more sadistic archrival Dixon (Martin Freeman) to kill not just Rose, but Victor for good measure. He can’t believe his luck in becoming new top dog assassin after years of second place, and sets to. Luckily, between the rabid mother, impervious Rose, dopey but somehow born killer Tony and Victor himself, they mount a decent resistance and even overcome some of the traumas of the past, assassin style. Bit by bit, things become positively aglow with warm feelings for Victor, which is pretty impressive for a cold-blooded assassin. The transition into a sentient being isn’t an easy ride, however. Nor is his tentative bid for a modicum of freedom from his mother’s steely regime.

The actors all put in a great performance and strike a vibrant comic balance somewhere between charismatic and outright mad. Bill Nighy is particularly impressive, conveying poised discreet professionalism with a twitch of gregariousness that’s bursting to get out. Emily Blunt breezes all over the screen and is great as a harbinger of chaos. There’s a good mix of madcap absurdity, tender moments and straightforward gangster mayhem, although apparently the mix has been a little toned down in comparison to the original French version, which I haven’t seen – although as it is, it’s hardly understated. There are some discreet homages to the film’s French lineage flying around, as with Nighy’s moustache that mirrors Jean Rochefort’s, and his valiant attempts to learn seductive sweet nothings in French with the help of a tape. By the end it’s all become quite Adams Family – heart-warmingly macabre stuff.

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The Other Guys (Very Bad Cops)

In a nutshell: A very funny movie. Do I need to say more?

Finir une thèse est une joie sans pareille. Tandis que Miss J., Dr. J.!,  arrosait son succès dans un des lointains territoires sauvages anglophones que sont les universités britanniques (pourquoi pensez-vous qu’il y a une si fervente tradition anti-intellectuelle au pays de Cameron et Clegg?), il me fallait trouver une comédie pour essayer d’ajouter à mon soulagement et ma joie, la félicité qui devait certainement l’habiter alors. Le choix de comédies sur les écrans parisiens n’étant pas très riches en ce moment c’est avec de bien trop grands espoirs, et accompagné d’une amie courageuse, que je me décidais à affronter Very Bad Cops, dont le titre seul, surfant sur le succès de Very Bad Trip, est une publicité pour la lecture, la natation ou la philatélie, mais pas pour le rire au cinéma.

Rentrant incrédule je ressortis hilare, ce film est une petite merveille.

Dans ce film, même le vin est bon ...

Réunis pour la  quatrième fois après trois films honnêtes mais moyens (Anchorman, Talladega Nights et Step Brothers), le réalisateur Adam McKay et le comédien Will Ferrell ont réussi à trouver l’équilibre entre leur volonté commune parodique, la folie douce de Ferrell et les tentations de satire sociale de McKay, qui, ne l’oublions pas a commencé sa carrière au côté de Michael Moore. Very Bad Cops s’attaque au film d’action policier, du genre L’Arme Fatale, avec la philosophie d’un Mel Brooks: l’humour mitrailleuse – si les trois premiers gags ne vous font pas rire, les suivants finiront par le faire. Le rythme est soutenu et les plaisanteries des plus fines aux plus graveleuses se bousculent. Il m’est difficile de choisir un épisode ou une réplique marquante car immédiatement une dizaine d’autres se présentent à ma mémoire. Les acteurs s’amusent de manière évidente, Ferrell étincelle, Samuel L. Jackson et Dwayne Johnson font un couple d’anthologie, Michael Keaton est (comme souvent) parfait, Coogan et Mendès sont d’une rare justesse, et il est agréable de découvrir Mark Wahlberg dans un rôle volontairement comique.

Un p'tit café, un solitaire, tout sera fait pour votre confort

Sans volonté pédagogique particulière, le scénario de The Other Guys dénonce pourtant avec violence le système économique actuel et les abus qu’entraînent la spéculation et la déréglementations des marchés financiers. L’air de ne pas y toucher, la comédie fait tout d’abord ressortir l’absurdité des buddy movies policiers, la bêtise de ses héros, ses tentations machistes, homophobes, sa violence gratuite faussement réaliste, pour s’attacher à décortiquer les hypocrisies d’un système qui tolère, voire accepte, la délinquance ou les crimes en col blanc. Le “méchant” n’est pas un sanguinaire, un affreux, un psychopathe cannibale, mais un affable homme d’affaire (Coogan suave), aimablement escroc, sympathique spéculateur, dont les décisions mettent à la rue des milliers de personnes. Tandis que le Capitaine de la Police de New York (Keaton) est réduit à avoir deux emplois pour payer les études de son fils, les salaires des grands patrons, plus gestionnaires et parieurs que véritables entrepreneurs, augmentent. Je conseille d’ailleurs à chacun de rester jusqu’à la fin du générique final car le ludique exposé qui y est fait peut ouvrir des perspectives nouvelles (et ajouter quelques rires supplémentaires).

Ainsi le film préfère aux héros habituels, “the other guys“, les autres, les citoyens, les gens normaux qui construisent la société et participent à leur communauté. Et rappeler cela, en se moquant des puissants, n’est pas si commun même si quelques auteurs, Molière et La Fontaine en tête, l’avaient déjà remarqué. Oubliez cet aspect-ci, si la satire sociale et politique vous fait fuir, car le film en lui-même est d’abord et avant tout fait pour vous faire rire. Dans mon cas il y parvint formidablement.

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