Category Archives: Thriller

Argo

In a nutshell: “Argo f*** yourself” is what Ben Affleck could have said to the Academy receiving his Oscar for best movie. The film is a bit like the formula: efficient, punchy, humourous, not as original as it wished to bit and a bit rough around the edges, but overall a very decent watch.

Ne parler qu’aujourd’hui d’un film vu il y a bien deux ou trois mois tend à prouver la difficulté à tenir un blog, avoir un métier, des amis, une vie familiale … alors que Franglaisreview s’approche tranquillement des 100’000 visites, mon respect pour les blogs constants et nourris ne cesse d’augmenter. Respect qui a dû grandir parallèlement à Hollywood ou l’une des activités favorites des journalistes étaient de se moquer de Ben Affleck et lui préférer son compère Matt Damon. Le réalisateur a supplanté l’acteur sympathique mais aux capacités mesurées et le “socialite”, dix ans de mariages et trois films l’ont imposé comme un talent sur lequel l’industrie cinématographique peut compter.

Même si niveau lecture, ce n'est pas encore ça, niveau caméra, il se débrouille ...

Même si niveau lecture, ce n’est pas encore ça, niveau caméra, il se débrouille …

Argo raconte l’étonnante histoire de ce groupe d’Etats-Uniens, diplomates à Téhéran, qui s’enfuirent de l’ambassade lors de sa prise en 1979 et allèrent se réfugier chez un très courageux ambassadeur canadien. Mythe national oblige, c’est un agent de la CIA, Tony Mendez, qui alla les chercher utilisant comme couverture la production d’un film de sciences-fiction. Pour ne pas se faire repérer, il construit avec l’aide d’amis hollywoodiens patriotes une coquille présentant une façade officielle à ce projet factice. Mark Twain le disait déjà: “La seule différence entre la réalité et la fiction, c’est que la fiction doit être crédible”. Mendez pourra donc ensuite aller sauver les 6 diplomates en les faisant passer pour l’équipe du film. Le président Carter, encore récemment, soulignait à quel point il avait apprécié Argo, mais que l’interprétation de Ben Affleck ne rendait pas justice au travail et à l’action du Canada, pour lui acteur bien plus important que les Etats-Unis en l’occasion. Peu importe, l’histoire au cinéma est belle et l’absurdité de la situation face à l’ampleur des enjeux interpelle et passionne.

Construit sur un rythme sec, Affleck réussit à trouver l’équilibre approprié entre sourire et tension et fait preuve d’une grande maîtrise dans le montage. La narration est haletante et la distribution solide et distrayante. Goodman ou Arkin (presque) sans cabotiner offrent des moments d’anthologie à une caméra classique mais attentive et aimante. C’est cette énergie qui sauve le film d’un académisme parfois pesant et d’un didactisme manquant parfois de nuances, car ces quelques aspérités sont gommées par l’habileté du réalisateur à nous faire revivre un événement de l’intérieur. Très influencé par Michael Mann, Spielberg et probablement Pollack, Affleck fait preuve d’aplomb, peut-être trop, mais démontre qu’il maîtrise solidement les règles et les standards hollywoodiens. Rien de plus normal qu’il soit alors reconnu et récompensé. Le film est consensuel, mais il est de très belle facture, on comprend le choix de l’académie.

En résumé : Un polar diplomatique qui rappelle que la réalité est souvent bien plus bizarre que la fiction. Ben Affleck se montre un réalisateur doué, et les Oscars le récompensent à raison. 

Ben Affleck’s Argo is based on a real life rescue mission from the 1979 Iranian revolution, when the American embassy in Teheran found itself besieged by furious protesters. Desperate attempts were made to shred the embassy’s documents before it was breached,  but time ran out, and the vast majority of the embassy workers was taken hostage. A lucky few, however, managed to flee the chaos engulfing the premises.

These quivering escapees were given refuge in the Residence of the Canadian ambassador, steadily brewing up a severe case of cabin fever while the CIA wracked its brains as to how to get them out of the country, and the Canadians proved the most stalwart of allies under severely pressing circumstances. The Americans eventually hit on a remarkably left-field approach: to try and smuggle the embassy workers out by passing them off as a science fiction film crew scouting out Iran, of all places, for some decent desert footage.

"Please don't take me to your leader".

“Please don’t take me to your leader”.

The science fiction project is named Argo, and it acquires its own script and press releases with all the professional shizazzle you’d expect from a kosher Hollywood movie project. Once the props are in place, it’s time to get into Teheran and to get the Americans out. Ben Affleck plays operation leader Tony Mendez, the CIA ‘film director’ behind this surreally intricate ruse. Strong performances all round help to keep you on bemused tenterhooks throughout this well crafted portrayal of one of the more astonishing sides of a Middle Eastern diplomatic crisis.

It all makes for an exhilarating watch and its 2013 Oscar success is well deserved - Franglaisreview is indeed grateful to the Oscars for finally giving us the kick up the backside we needed to write our review – for shame, it was on our Top Ten of 2012 and we hadn’t even managed to sit down and explain why we put it on the list. But now, with big props to Monsieur D for leading the fight against this inertia, everything is put to rights. Argo: a film that confirms Ben Affleck’s directorial talents and versatility, and which leaves you hungry for further tales of the unexpected.

2 Comments

Filed under Espionnage, Historique, Thriller

Top 10 – 2012

In a nutshell: For a fourth consecutive year, this blog lives! I can hardly believe it as I am writing these words. So, if you follow us, you know the drill, we shall look back on 2012 and celebrate the movies we enjoyed the most with our contributors, dear friends that they are. They shall start with their Top 5, the  film(s) they wished they’d found the time to see, and the one(s) they really rather wish they hadn’t, we will then follow.

Clap – Action – and once more happy New Year to you, dear reader!

Vous connaissez la presque routine, puisque depuis déjà quatre ans nous avons la chance de nous essayer à l’exercice … Nos contributeurs amis nous ont fourni le palmarès de leurs films préférés pour 2012, ainsi que le film qui, sans être forcément le plus mauvais, les a le plus déçus, et le(s) film(s) qu’ils ont raté en salle mais ne rateront pas en DVD. Nos voix concluront l’exercice.

Moonrise-Kingdom-de-Wes-AndersonMlle Clara’s Top 5 : Rather discreet this past year, Mlle Clara didn’t forget the path towards Franglaisreview.

1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
Pas toujours convaincue par les films d’Anderson (trop décoratifs), ce Moonrise Kingdom m’a enchantée: profondeur du scénario, beauté sans niaiserie du regard sur l’enfance et sur les adultes désarmés. Admirable maîtrise de son “système” de mise en scène, avec ce traitement si particulier de l’espace…

2. Le Policier de Nadav Lapid
Sorti en France en mars 2012, il semble oublié des palmarès des meilleurs films de l’année. Pourtant, ce film israélien est un gros coup de poing, par sa forme (un diptyque étonnant) et par son propos. Une autopsie sans concession de la société israélienne et du dysfonctionnement plus général de nos sociétés capitalistes aux inégalités toujours moins tolérables.

3. Au-delà des collines de Cristian Mungiu et Amour de Michael Haneke
Ex-aequo à mon sens, peut-être parce que ce sont deux films de Cannes. Deux films durs pour leurs sujets (la mort au bout, implacable) et d’une âpreté formelle qui éblouit.

5. Télégaucho de Michel Leclerc
J’avais adoré Le Nom des gens, le film précédent de Michel Leclerc. Je croyais que Télégaucho serait une resucée moins enlevée, eh bien, non! quelle pêche! quel amour de la vie et des gens, quel humour! Comme un goût d’une époque plus légère, celle de mon enfance…

Et pour le plaisir 6. Tabou de Miguel Gomes
Ce film, j’y suis allée en me disant: “Attention, chef d’oeuvre!”. Résultat, la première partie m’a ennuyée au point de me faire douter des critiques et de moi-même… Puis miracle, la seconde partie m’a emportée dans ses rets, par son charme durassien si singulier; si bien que la première partie a pris rétrospectivement une autre épaisseur, densité, beauté. La surprise de 2012.

Quelle fut votre plus grosse déception (ou le film le plus mauvais de l’année): Cosmopolis (de David Cronenberg) ! Que des critiques aient pu se pâmer devant ce machin logorrhéique bouffi de prétention reste un mystère.

Votre regret: Camille redouble de Noémie Lvovsky, Take shelter de Jeff Nichols, Lawrence anyways de Xavier Dolan …

moonrise-kingdom-balabanMme BP’s Top 5: A brand new contributor in 2012, Mme BP liked the experience and already signed on for 2013 with a review of Anna Karenina.

1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
2. Margin Call de J.C. Chandor
3. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson
4. Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab
5. Le magasin des suicides de Patrice Leconte
.
Quelle fut votre plus grosse déception :  Le Capital de Costa-Gavras, voyez plutôt !
.
Votre regret : Amour de Michael Haneke
.
Argo-afficheLe Top 5 de Mr. J.A. : De nombreux lecteurs apprécient l’ironie et l’humour de Mr. J.A., nous aussi, il nous fait l’amitié de partager ses choix pour 2012.
1. Argo by Ben Affleck
2. The Hobbit by Peter Jackson
3. Skyfall by Sam Mendès
4. Looper by Rian Johnson
5. Avengers by Joss Whedon

Biggest disappointment
is a tie between Prometheus by Ridley Scott and The Dark Knight Rises by Christopher Nolan. I had such high hopes for both of them …

Separately, the worst film of the year has to be Underworld: Evolution by Len Wiseman, for which I did not have high hopes. I’m a bit embarrassed to admit I even began watching it (my excuse is that I was on a plane). It was as if Kate Beckinsale was channeling Milla Jovovich, that’s how bad the first half was. Can’t speak for the second half.

moonrise-kingdom-poster1M. JM’s Top 5 : This year M. JM was kind enough to write a few review for us, but also to, very kindly, convince both his wife and one of his lovely children, to participate to Franglaisreview. Thanks!
.
1. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
2. 4:44 Last Day on Earth de Abel Ferrara
3. War Horse de Steven Spielberg
4. La vie sans principe de Johnnie To
5. Twixt de Francis Ford Coppola.
.
Un classement apparent, mais pas forcément si fixé : une année avec peu de bons films, quelques replis auteuristes européens forts (Léos Carax ou Miguel Gomes) mais qui ne m’ont pas tant ému que cela – et malheureusement trop de films estampillés auteurs dans ma liste.
.

Le cinéma américain reste encore très fort, et j’aime la façon dont il investit la télévision ou plutôt dont la télévision est devenue un îlot d’expérimentations qui me fait pas mal penser à ce qu’était le cinéma américain dans les années 70, comme dans ces séries si célèbres et si célébrées que sont Homeland ou Breaking Bad ;  je n’ai pas vu Amour de Michael Haneke, et je ne le regrette pas du tout ; je crois qu’il y avait pas mal de films italiens intéressants et cachés, j’aimerais en découvrir quelques uns.

.

killerjoe1Mlle L.’s Top 5: Last but not least Mlle L.! She is our most faithful reviewer and the proud author of the 3 Buck DVD corner, go check it! Never afraid of a good polemics, here she is in her unmistakable style:

J’allais dire comme d’habitude qu’il n’y a eu cette année que des daubes au cinéma, et vanter une fois encore les mérites du lecteur DVD. En fait, je suis pour une fois vraiment enthousiasmée par toutes les entrées de mon top 5, et j’ai même eu bien du mal à ne pas en faire un top 10. Comme quoi, l’année 2012 n’a pas été cinématographiquement si vaine, en fin de compte.

1. Killer Joe de William Friedkin
2. Moonrise Kingdom de Wes Anderson
3. Argo de Ben Affleck
4. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson
5. The Best Exotic Marygold Hotel de John Madden

Et puis, dans le genre “pas recommandable mais quand même qu’est ce que j’ai pu rigoler”, j’ajouterai

The Expendables 2 de Simon West (si, si)

En revanche, 2012 fut aussi l’année de sortie d’un film pour lequel je conserverai ad vitam aeternam une haine aussi tenace que sanguinaire, l’atroce Ruby Sparks de Valerie Faris et Jonathan Dayton

Pour finir, je regrette (un peu) de n’avoir vu ni Margin Call de J.C. Chandor, ni The Dictator de Larry Charles.

Amour posterMiss J.’s top ten

Ah, what an amazing year it’s been! Er, although slightly less so on the big screen – I had to scratch my head a little to put together this top ten, although it was worth the effort:

1. Amour by Michael Haneke –  almost punishing to watch – but Amour shimmers from start to finish.

2. Moonrise Kingdom by Wes Anderson - brilliantly engaging comic tale, bursting with wistfulness and whimsy.
3. Margin Call by J. C. Chandor - an enthralling dramatic close-up on economic and moral meltdown on Wall Street.
4. Skyfall
by Sam Mendes- one of the greatest James Bond films ever made (and we’ve checked).
5. A Dangerous Method 
by David Cronenberg - Russian hysteria and erotic transfer in psychotherapy doesn’t get any better than this.
6. Argo
 by Ben Affleck - real life is one of the best sources going for black comedy with US diplomats in the Middle East.
7. Camille Redouble
 by Noémie Lvovsky- phew – a French film at last! A  very decent smash hit comedy.
8. Killer Joe by William Friedkintroubling (to put it mildly) but darkly brilliant – chicken drumstick trauma scene and all.
9. Cosmopolis
 by David Cronenberg - a hypnotic, languid, classy watch.
10. Best Exotic Marygold Hotel
by John Madden - heartwarming and humorous, with a fantastic cast.
.
Three films I wished I hadn’t bothered seeing:
1. The We and the I  by Michel Gondry - truly abject viewing from a self-satisfied Gondry and a busload of obnoxious teenagers.
2. The Campaign by Jay RoachWill Farrell disgraces himself by partaking in this drivel-ridden satirical flop.
3. Dépression et des potes by Arnaud Lemort a dead dreary buddy movie which should have gone straight to bad cable TV.
.
I am sad to have missed Kenn Scott’s Starbuck and Léos Carax’s Holy Motors, and hope to track them down on DVD.

Le top ten de M. D.

tinker-tailer-poster1. Tinker, Taylor, Soldier, Spy de Tomas Alfredson. Tout me plait dans ce film, du scénario très intelligemment adapté du livre de Le Carré, aux acteurs britanniques démontrant une qualité et une constance presque éprouvantes pour la concurrence, en passant par une cinématographie léchée, réfléchie et un montage au cordeau. J’ai tant aimé que j’ai même revu, puis revu encore.
2. Moonrise Kingdom de Wes Anderson – Un film enchanteur, merveilleusement doux-amer et léger, Mlle Clara en a déjà bien parlé. Ce fut une déception de ne pas le voir récompensé d’une manière ou d’une autre à Cannes. Toujours difficile pour une comédie de recevoir les hommages qu’elle mérite.
3. Compliance de Craig Zobel – Un film presque documentaire, ce qui fait toute sa force. Glaçant, gênant et très stimulant.
4. Killer Joe de William Friedkin – Une leçon de cinéma, des acteurs en état de grâce (Matthew McConaughey!), la scène du pilon, la plus choquante de mon année dans les salles obscures.
5. Margin Call de J.C. Chandor – Pour un premier film, un coup de maître, et un vrai beau film sur la crise financière sans diabolisation ni recours au spectaculaire … et pourtant ce huis-clos est exceptionnellement spectaculaire.

Skyfall16. Skyfall de Sam Mendès – Un James Bond magnifique ; l’un des plus impressionnants, j’ai vérifié.
7. Starbuck de Ken Scott – Une très belle comédie, ce serait dommage de bouder son plaisir.
8. La Vie sans principe de Johnnie To – L’élégance de Johnnie To et des acteurs percutants.
9. Holy Motors de Leos Carax – Des images me restent, me reviennent et me plaisent.
10. Argo de Ben Affleck – Tendu et amusant, un film intéressant, solide quoiqu’un peu scolaire.

Notons que les deux films de Cronenberg, celui de Lvovsky et Une Nuit de Philippe Lefebvre ne sont pas loin derrière.

The-Dark-Knight-RisesLes trois déceptions : Dark Knight Rises de Christopher Nolan, je l’attendais avec impatience et fus déçu par cette enclume de film au scénario absurde, un gachis ; Looper de Rian Johnson que j’aurais tendance à renommer Loupé ; Associés contre le crime de Pascal Thomas, si mauvais qu’on en vient à voir sa colère se transformer en abattement (38 témoins, c’est plutôt le contraire) .

Les trois films (bon, j’admets il y en a plus) qui me tentent mais, ma foi, tant pis … Bullhead de Michaël R. Roskam, Tabou de Miguel Gomes, Like Someone in Love de Abbas Kiarostami.

Leave a Comment

Filed under Action, Animation, Aventure, Biopic, Cinema, Comedy, Drama, Espionnage, Fantasy, Guerre, Historique, Policier, Road movie, Romance, Sci-fi, Superhero, Thriller

Dans la maison

In a nutshell: A treat for you guys as we try new things on Franglaisreview. Monsieur J.M. and his wife, Madame Mimi, discuss François Ozon’s latest movie. The famous French director adapted the screenplay from the Spanish writer Juan Mayorga’s play The Boy in the Last Row. As the production states “a sixteen-year-old boy insinuates himself into the house of a fellow student from his literature class and writes about it in essays for his French teacher. Faced with this gifted and unusual pupil, the teacher rediscovers his enthusiasm for his work, but the boy’s intrusion will unleash a series of uncontrollable events.”

Monsieur J.M. et Madame Mimi – Fabrice Luchini et Kristin Scott-Thomas … un débat spéculaire sur l’oreiller.

Monsieur J.M. : Madame Mimi et moi-même avons donc vu le dernier film de François Ozon.

Madame Mimi : – Enfin, il fallait te forcer un peu. Toi qui dis adorer Luchini, ça te gênait de le voir jouer un prof.

Monsieur J.M. : – Pas exactement. Très vite, je me suis aperçu dans mon immense sagacité qu’on quitterait peu l’univers du lycée et de l’éducation nationale ; et bizarrement, j’ai vu assez peu des films réussis sur ce sujet.

- Verdict ?

- Luchini est peut-être très bon en prof, mais c’est une couverture, Ozon filmé Luchini au plus près et se moque avec son consentement de sa posture de vulgarisation littéraire. Luchini moraliste, désabusé, excessif, hyper théâtral, cabotin, fabuliste, pour finir assommé par un volume du Voyage au bout de la nuit.

Madame Mimi et Monsieur J.M. – Scott-Thomas et Luchini … une discussion en miroir avec ou sans lunettes.

- Mais tu lui reproché d’être Luchini ?

- Pas du tout. Mais Ozon intègre à son scénario le personnage de Luchini, et avec malice il décadre un peu de ce qu’on attend de Kristin Scott-Thomas, toujours bourgeoise, pas drôle, pas du tout froide, piquante. Quand Luchini est hyper français, il cherche un ressort de comédie américaine.

- Oui, mais tu noies le poisson. Tu ne dis pas que le ressort dramatique t’a gêné. La fascination du prof pour l’élève jouvenceau.

- Bof. Pour faire passer la pilule du récit, Ozon est surtout obligé d’inventer une classe de nuls avec un surdoué, et cela me gêne. La classe et la diversité des élèves n’existent pas. Tous nuls sauf un.

- Mais ce n’est pas un manifeste républicain ?!!

- Certes. Le récit de l’enfant pervers qui manipule tout le monde pour coucher avec les adultes plus ou moins frustrées, bof.

Monsieur J.M. et Madame Mimi – Luchini et Scott-Thomas … la controverse : critique de cinéma, une position assise ?

- Le film ne raconte pas ça.

- ???

- C’est le prof qui fantasme cette perversité. L’élève veut juste déployer ce qu’il a. Il joue un jeu, mais c’est le prof qui mène cette supercherie et se ment à lui-même. C’est le meilleur aspect du film. Tous ces personnages d’élite qui donnent des leçons et dissertent, cela ne leur sert à rien. Ils ne baisent pas et se font avoir.

- C’est pas démagogique ? Vive le sens du peuple

- Ozon en tout cas essaie de rendre les clichés très triviaux, et la culture contemporaine, si c’est la politique avec des poupées gonflables, cela reste peu subversif.

- C’est son projet ? Où est le subversif ? Dans ce scénario à la Henry James ?

- Presque. Il y a chez James la décadence de la culture et l’ambiguïté, mais il y a une grande complexité du sacrifice et des relations. Ce serait plutôt mettre à l’épreuve la grande corruption de XIXème siècle et les codes de la laideur d’aujourd’hui.

- La laideur des murs des salles de classe ?

- Qui rappelle les couleurs des décors des émissions de télévision. Comme les Z’Amours.

- Et ?

M. J.M. et Mme Mimi – F. Luchini et K. Scott-Thomas … Vivent les causeries au cinéma (Mais chut! Enfin!).

- C’est super moche. Le découpage délibéré de Julie Lescaut et clandestinement le désir comme une maladie secrète. Ou inversement. C’est la limite du film. Ce qui lui manque. Bêtise ou intelligence, culture ou ignorance, force ou subtilité. Tout est binaire. Bien construit, mais binaire. Il n’y a rien qui dépasse et emporté. On reste dans un univers de prof, de bon élevés et de cancres. Cela reste normé. Sauf la fin, mais l’ouverture hitchcockienne est bidon. Appliquée, encore, et superficielle. C’est cela l’amitié, le prof et l’élève dans la jouissance du spectacle de la vie, l’un bienveillant, l’autre cynique (l’élève est forcément cynique).

- Chabrol était très bon pour ça, car il montrait comment tout se déchirait sans peur du grotesque. Subversif mais allant au bout de sa pensée. Ici, les choses sont déchirées depuis longtemps, mais l’aveuglement est maintenu et rien ne se brise vraiment.

- J’ai un très mauvais calembour, Chabrol juste avant la nuit, Ozon juste avant la coupure pub.

- Passons …

Leave a Comment

Filed under Thriller

Wasteland

In a nutshell: Aaaah, Dinard, its festival, its British movies, its lovely rain, helping immensely going from one movie to the next. A favourite of ours: Wasteland, a rather brisk, sleek and clearly on a tight budget heist movie. Not tremendous, but very entertaining.

Difficile cette année de couvrir l’admirable festival du film britannique de Dinard, nos agendas chargés ont permis à Miss J. et moi de nous y rendre pour la troisième année consécutive dans cette ravissante petite ville pour découvrir les meilleurs productions de nos voisins d’outre-Manche. La sélection était en demi-teinte mais Wasteland a su nous divertir.

Le film s’ouvre sur un Harvey (Luke Treadaway) amoché, faisant face à un inspecteur sceptique (Timothy Spall), curieux de savoir comment il pourra expliquer ce qu’il faisait pied-de-biche à la main devant un bar cambriolé, au dessus de Roper, un parrain local comateux, car sa tête avait très nettement rencontré brutalement un objet contondant.

Harvey sait donner de sa personne

Celui-ci raconte alors qu’il est récemment sorti de prison après avoir purgé une peine qu’il ne méritait pas pour possession et trafic de drogue, lui qui n’a jamais approché ce genre de produits. Mais ayant découvert le responsable de cette perfidie, l’infâme Roper bien sûr, il a préparé ses représailles épaulé par trois de ses amis. Ce sera un casse… chacun aura un rôle à jouer.

La mécanique, dynamique et suffisamment élaborée, liée à une excellente distribution où chacun à son moment de gloire, permet de s’attacher aux protagonistes et vibrer pour eux, car leur succès n’est pas forcément garanti. A l’instar de The Usual Suspects, la construction et, donc, le jeu entre le réalisateur et son public séduisent et même si la surprise finale n’est pas à la hauteur du film de Bryan Singer, Rowan Athale sait mener sa barque avec modestie, efficacité et humour, sans pasticher ou reprendre les figures désormais imposées par Guy Ritchie ou Tarantino. On passe donc un moment agréable et on espère que ce genre donnera quelques idées aux jeunes réalisateurs français, qui jusqu’à présent hésitent souvent à chasser sur ce genre de terres.

En résumé : un jeune homme sort de prison après avoir été condamné pour un crime qu’il n’a pas commis. Il cherche la vengeance, et un casse audacieux à souhait s’ensuit. 

Wasteland was definitely one of the stronger films on offer this year at the Dinard British Film Festival. It’s a classically structured heist flick starring Luke Treadaway as Harvey, a young man freshly released from prison who’s dead set on getting his own back on, and a sizable wad off cash off, the northern gangland bully who had set him up for drug possession. He has his work cut out trying to convince three friends on the outside to join him.

These clubs are made for hittin’ and that’s just what they’ll do…

The stakes are suitably daunting and the plot parameters dynamic enough to make you care, while the characterisation and dialogues are burnished with flair and evident relish. Misfit’s Iwan Rheon as Dempsey is a strong, off-beat intellectual counterpart to Harvey, who frequently fades into the background despite being the instigator. Great care is taken over all the characters, and it pays off.

There’s a chipper confidence about the production and a decent pace is set, which ratchets up the tension, while throwing in humour and credible levels of violence, and a thoroughly British underdog-to-cheer-on dynamic. Extremely seasoned heist-viewers may  find the plot trajectory overly well worn, but I was perfectly happy and had a great time.

1 Comment

Filed under Thriller

Taken 2

En résumé : Si, comme Mr. J.A., vous avez aimé l’original, vous aimerez Taken 2. Car Liam Neeson sait admirablement incarner ce que Bryan Mills, héros récurrent bourru, fait de mieux : péter la gueule du plus grand nombre, avec style.

I admit to having felt a bit perplexed initially at the notion of Taken 2, given my memory of its 2008 predecessor, in which ex-CIA agent Bryan Mills single-handedly rescues his kidnapped daughter from human traffickers intent on selling her into sex-slavery, leaving a trail of shot, stabbed, drowned, bludgeoned and electrocuted bodies in his wake. The most pertinent question for me then was, “Why, oh why, do people keep taking things from this man? You know, I think he made it pretty clear last time that he does not like it when you take things from him. Stop that, bad guys!”

Then I watched the trailer.

Ohhhhhhhh. I see. The bad guys are taking him hostage. Well then. With that out of the way, it’s time to watch more old guy who’s really good at relentlessly kicking ass.

To summarize the plot, the bad guys in Taken 2 are a group of Albanians out to avenge the deaths of the people Mills killed in the first film. They determine that he will be in Istanbul soon, so hatch a plan to kidnap him there so they can take him back to their tiny mountain-top village in Albania and kill him (apparently, these kinds of bad guys can cross international borders with little more than a stern look at the border guard, so it totally makes sense). As luck would have it, Mills’ ex-wife and daughter have decided to join him in Istanbul for a holiday, so bonus–the bad guys decide to kidnap all of them. Without giving too many details away, that’s not quite the way things work out, and Mills spends the rest of the movie shooting, stabbing, and bludgeoning (but not electrocuting) these guys too. It’s awesome. Liam Neeson is convincing as both the over-protective father as well as the semi-retired freelance tough-guy.

Liam Neeson with a reviewer who didn’t enjoy “Taken 2″. Good for us, Mr. J.A. liked the movie.

There were some moments that strained credulity more than usual though. For example, I learned that:

  1. It always helps to have a mental map of the entire city of Istanbul so that you can relay directions to your ex-wife or daughter. Who knew?
  2. When kidnapped, blindfolded and dumped in the back of a van, make sure you have a really loud watch to help you count the seconds along with right and left turns out loud in order to estimate the distance travelled.
  3. People strung upside-down after having their throats slashed take exactly 30 minutes to bleed to death, so you’d better hurry—tick tick.
  4. Be sure to have an adequate supply of grenades on hand so that your daughter can throw one into a carpark (but only if no one seems to be there) so that you can triangulate your position by counting the lag between the boom on the super-spy cellular phone that you pulled out of your sock, and the boom outside. So, why doesn’t the super-cool spy-phone come with GPS?
  5. When you’re speeding a stolen taxi up the the front gates of the U.S. Embassy and the soldiers guarding it are now pelting you with a .50 cal anti-material machine gun, just duck your head behind the steering wheel. You’ll be fine. Really.

Nonetheless, Taken 2 was entertaining and worth the price of admission. Now I’m left wondering about the plot of Taken 3. What’s left for the bad guys to take? His dog? His TV remote? The last chocolate chip cookie?

Et de fait … Luc Besson, producteur, a annoncé que la série serait un diptyque. (Note de M. D.)

Leave a Comment

Filed under Action, Thriller

La Vie sans Principe (Dyut Meng Gam)

In a nutshell: Is greed good? Johnnie To’s answer to Oliver Stone’s Wall Street or today’s economic crisis might surprise you. It’s been a while since I saw this one, but it was such an excellent movie that it’d be a shame not to briefly talk about it. 

Toujours prolifique, toujours habile, mieux élégant, Johnnie To revient avec peut-être son meilleur film depuis son diptyque, Election 1 et 2,que vous trouverez facilement en DVD si, inattentif, vous l’aviez manqué il y a quelques années. Moins ouvertement violent qu’à son habitude, To range les flingues pour préférer les calculettes, plus silencieuses et dangereuses. Virtuose, il mêle trois histoires alors que Hong-Kong est frappée par la crise financière “grecque”. Celle d’un couple composé d’un policier stoïque (Richie Ren), plus confortable face aux triades qu’à sa femme (Myolie Wu), qui voudrait acheter un appartement avant que les prix ne grimpent trop. Celle de gangsters, en particulier Panthère (Ching-Wan Lau), qui découvrent que la haute finance est plus rentable que le traditionnel racket. Enfin, celle d’une employée de banque sous pression (Denise Ho), obligée de se compromettre si elle souhaite garder son poste ; sa directrice veut du résultat.

Une fois encore, le cinéma hong-kongais frappe un grand coup

“Je voulais montrer la banque de l’intérieur, explique le réalisateur hong-kongais à propos de La Vie sans Principe, en filmant une de ses employés. Car le plus grand problème de la crise économique mondiale, ce sont les banques. Elles ont perdu leurs identités. Quand j’étais enfant c’était des endroits sûrs qui protégeaient votre argent…. Désormais les banques sont dangereuses (…) Nous vivons dans un monde turbulent. Pour survivre, les gens n’ont pas d’autres choix que de jouer. Peu importe combien de temps vous parvenez à suivre les règles, tôt ou tard, une partie d’entre vous seront perdus”.

Dans ce style fluide et prenant qui est sa marque de fabrique, aidé d’acteurs que M. To affectionne (M. Lau par exemple en est à son 8ème film avec lui), le réalisateur joue en maître avec nos attentes. Dynamisme, brillance technique, humour noir, pertinence de l’étude sociale, il n’y a (presque – c’est un peu démonstratif -) rien à jeter. Alors fans de polars et milieux mafieux, observateurs de bulles financières et immobilières, ou dénonciateurs du secteur bancaire, mais surtout cinéphiles, précipitez-vous !

1 Comment

Filed under Policier, Thriller, Uncategorized

Le Capital

In a nutshell: Mme BP comes back for seconds. She’s seen a preview of Costa Gavras latest movie, Le Capital, that we should be able to see mid-November. Adapted from Stéphane Osmont’s book, the movie follows the fall of a youngish CEO (think Jean-Marie Messier) of a major European investment bank, cynically clinging to power, as an American hedge fund company tries to buy them out. It should have been biting, raw and cruel, but is unfortunately only mostly disappointing.

Une avant première du dernier film de Costa Gavras, en présence du réalisateur, c’est plutôt excitant surtout quand je me rappelle ses premiers films, que je porte au pinacle d’un cinéma puissant et politiquement engagé. Mais c’était une autre époque, la façon dont il racontait les histoires en prise avec la réalité était nouvelle. Il défendait des causes qui m’étaient chères  et même si les caractères étaient un peu trop manichéens, cela marchait bien. Autant dire que je me réjouissais de la chance que nous allions avoir de découvrir ce film, que, selon le réalisateur lui même, bien peu de gens avaient vu en dehors de quelques festivals.

Un festival Elmaleh … malheureusement peu convaincant

Le scénario est tiré d’un livre homonyme, Le Capital, écrit sous pseudonyme par un énarque caustique, Stéphane Osmont. Clin d’oeil à Marx, tout à l’intérieur de l’ouvrage tourne autour du pouvoir de l’argent. Le conseiller (Gad Elmaleh) du président (Daniel Mesguisch) de la grande banque d’investissement Phénix, est nommée C.E.O. à la place de son patron quand un AVC prive ce dernier de certaines capacités. Il est choisi malgré les réticences du conseil d’administration, parce qu’il est l’assistant du président qui pense pouvoir en faire une marionnette.  Mais ce nouveau dirigeant se révèle bientôt beaucoup moins potiche que souhaité et, bien sûr, est alors en butte à l’hostilité générale cachée de tous les membres du conseil. Il n’obtient d’aide que de l’actionnaire américain qui a une minorité de blocage (Gabriel Byrne), aide qui n’est qu’une stratégie de conquête de la banque.

Le motif du film s’effiloche rapidement et la déception croit à mesure que l’histoire se déroule. Le film collectionne tellement d’invraisemblances de caractères et de défauts de structures qu’on en vient très vite à regretter Margin Call, remarquable film sur un sujet similaire. La distribution est inconstante et le rôle principal mal tenu. Gad Elmaleh n’est pas vraiment crédible en contre emploi qui pourtant pouvait paraître à sa mesure. Autoritaire, même impérieux, il se fait pourtant manœuvrer comme le dernier des niais. Ajoutons à cette bizarrerie une énigme, Costa Gavras introduit une mannequin et prostituée (ravissante), qui séduit l’homme d’affaire et le rackette sans qu’un rapport quelconque avec l’intrigue n’apparaisse. Quelques scènes violentes de sexes y compris un viol ne nous rendent pas la situation plus claire.

Avoir le front d’être critique, c’est tout l’art de Mme BP

La démonstration sur le pouvoir de l’argent et l’attraction que celui-ci représente est extrêmement caricaturale. Tous les personnages sont au mieux manichéens et le plus souvent grotesques tant leurs traits sont grossiers. Les personnages féminins font de la figuration à l’exception notable de la jeune analyste (Céline Sallette superbe) qui, gentillle dea ex machina, finira par comprendre et expliquer la machination à son patron, ce qui lui permettra de s’en sortir. Cette dernière scène, triomphe de Gad Elmaleh, est d’ailleurs puérile et détruit sans retour les impressions  positives qu’on pouvait avoir sauvées de ce naufrage.

La salle était pleine d’amoureux de Costa Gavras, mais malgré leur admiration et le verre de champagne à la sortie, les commentaires n’étaient pas très élogieux. Du “film de trop” au “si seulement il avait eu un scénario”, on entendait surtout des commentaires navrés. Les premiers films de Costa Gavras nous incitaient à la résistance et à l’action pour un monde meilleur. Celui-ci nous fait comprendre qu’il n’y a rien à faire, que nous sommes aux mains de gens qui jouent entre eux à un jeu auquel nous ne pouvons participer quels que soient nos efforts. Jeu mortel pour nous et, finalement, pour eux aussi, celui-ci nous laisse dans l’attente désespérée  que “tout pète”, mot final énoncé par ce cynique C.E.O. dans la dernière image de ce film décevant. Triste.

1 Comment

Filed under Drama, Thriller

Killer Joe

In a nutshell: Not for the faint of heart – it contains one of the most violent scenes I’ve seen in a while -, Killer Joe is a dark, very dark farce and a beautiful thriller. The cast is stellar, the scenario clever and Friedkin hasn’t lost his touch. Awesome !

Et le prix du meilleur film de la rentrée, voire de l’année, est attribué à Killer Joe. William Friedkin revient en grande forme en adaptant pour la seconde fois (après Bug) une pièce de théâtre de Tracy Letts. Selon le réalisateur : “C’est une version un peu tordue de l’histoire de Cendrillon. Juno Temple joue une jeune fille dont le frère et le père monnayent les charmes auprès d’un tueur à gages chargé d’assassiner leur mère. Cendrillon veut se libérer de cette famille, et la seule solution qui s’offre à elle pour y parvenir, c’est de tomber amoureuse de son prince, un flic qui est aussi tueur à gages”. Le résultat est grandiose, drôle et perturbant, assez loin de vos souvenirs Disney.

Servi par une distribution exceptionnelle au premier rang de laquelle Matthew McConaughey (dont c’est l’année, tant il émerveille de film en film), Killer Joe dresse avec férocité le portrait d’une famille prolétaire (“white trash”) d’un sud des Etats-Unis en perte de repère. Emile Hirsch (le fils indigne), Thomas Haden Church (le père “limité”), Gina Gershon (la belle-mère adultérine) et Juno Temple (la pure et étrange jeune fille) seront sortis du chaos moral dans lequel ils se trouvent par la présence dominante et la violence ordonnée du tueur et policier (McConaughey) qu’ils ont eu l’inconscience d’engager.

Une fable moderne et texane : le rat et le corbeau.

Peinture sociale tragique et sauvage – on sent dans les thèmes et l’écriture les influences de William Faulkner et Tenessee Williams – Friedkin en profite pour éclater, parfois avec outrance, toujours avec intelligence, tous les codes habituels de la morale américaine et ceux de la série B typique. Il me faut d’ailleurs vous prévenir que ce film n’est pas pour tout public – certains y seront très allergiques -, le réalisateur nous imposant par exemple, un peu avant la scène finale, l’une des scènes les plus choquantes aperçues au cinéma depuis longtemps.

Féroce, malsain, çà ou là libidineux, Friedkin insuffle pourtant de manière constante un humour noir qui peut réjouir, ou – comme ce fut, je crois, le cas pour Miss J. – horrifier plus encore. Son habileté derrière la caméra, sa capacité à créer de la belle image et la servir dans un rythme resserré, vif, adéquat sans volonté à être particulièrement démonstratif impressionnent, mieux enthousiasment. La noirceur et l’ignorance humaine ont un chantre, un exégète, rendons lui hommage et courons voir ce film.

En résumé : Un film superbe que j’ai trouvé insupportable. 

As the poster promises, Killer Joe is totally twisted. There’s no denying that it’s a well put-together piece of cinema, but it is not for the faint of heart. By the end, I was pretty sure I belong to the latter category, or at least was left craving an honorary membership. Mathew McConaughey plays Joe, an almost impeccably heroic, moral citizen in a world besmirched by feckless trailer trash. Apparently dissatisfied with his modest salary in the police force, he sidelines in contract killing.

His clients, for our viewing pleasure, are the Smith family. Thomas Hayden Church plays henpecked family father Ansel, whose ex wife is an abusive alcoholic in possession of a sizable life insurance policy. Their son, Chris, has been dabbling ineptly in drug trafficking and fallen into a ridiculous amount of debt with some local gangsters. When he brings up the idea of bumping off his mother in order to rustle up the cash to save himself from paraplegia or worse from irate men with baseball bats, no one objects. Not Ansel, nor his lewd live-in girlfriend Sharla (Gena Gershon), nor even the terrifyingly sweet and innocent younger sister Dottie (Juno Temple). Not least given that it sounds as though there’ll be a generous hunk of cash left to share out between all four of them.

A fine, upstanding family

As soon as Killer Joe arrives on the scene, it’s evident there’s a large amount of mincemeat about to be made out of the lot of them.  Joe is measured, precise and clinically true to his word – each promise he makes as to the punishments he has lined up for breach of contract is more chilling than the next, and conveyed with a credibility of steel. The Smith family meanwhile are as all-over-the-place and flaky as humanly possible, not least as far as the  instigator of the contract, Chris, is concerned. When events start to unravel, just as the stars indicate they must from the start, Joe oozes glacial resignation and serene, psychopathic assurance.

This is a tale of immense violence, both physical and verbal. The script is superb, but chilling. The actors are mesmerizing and the plot taut from beginning to end, with  claustrophobic unity of action and gracefully morbid fatality.  The family is laid bare, stripped of all dignity by Joe, save the ambiguity of the fate of ‘fairy tale princess’ Dottie, who hovers on the edge of a dream world of her own making in a form of escape from her sordid surroundings.

I’ve been playing with my dollies all day, lalala

It is not exactly a flattering social portrait. This is a pantomime trailer trash family, yet the quality of the performances somehow manages to squeeze it into credibility. Joe is anything but forgettable. As is the film. There are constant flashes of superb black humour throughout. It is intelligent, thoughtful stuff. Yet it is horrible. Truly boundary-violating, pungent stuff that I would never, ever sit through again under any circumstances. I had to start shutting down my senses at key stages in the film in order to numb myself from the intensity, which regularly ratcheted up to hurricane force, but with such elegance and poise that it took your breath away.

Which left me by the end with an ‘it’s complicated’ feeling. On one hand,  I can’t believe we can actually craft and partake in this stuff for entertainment as a species… But this is far from trashy sensationalism. I soaked in the enthusing all around me for this film cocooned in a numb little bubble of my own making to stave off as best I could the images that remain stuck in my head, far too long for comfort after the credits  rolled.

1 Comment

Filed under Drama, Policier, Thriller

Le Guetteur

In a nutshell: Michele Placido gets great actors and starts shooting a rather cool and slick B movie. Tragedy strikes as the story unfolds … the scenarists were probably mad and it’s too late to do anything. Sad.

Exercice intéressant que de voir Le Guetteur, un film policier qui, sur le papier, a tout pour plaire et, pourtant ne transforme pas son potentiel.

Que s’est-il passé ?

On ne peut blâmer Michele Placido, réalisateur habile, qui a su  réunir Auteuil, Kassovitz et Gourmet, un trio d’acteurs au sommet de leur art puisque, ici, aucun ne cabotine et tous défendent avec le talent qu’on leur connaît des rôles forts, dans une série B classique où le plaisir devrait grandir à chaque minute à les voir se confronter.  La photographie n’est pas en cause, saturée et grise, elle augmente l’impression de sécheresse et de dureté de cette traque d’un braqueur et tireur d’élite (Kassovitz) par Mattéi, un commissaire à l’ancienne (Auteuil), bourru, autoritaire et tenace, qui ferait passer Javert pour un inconstant. Le montage (champ-contrechamp, montage parallèle, flash-back) ne surprend guère mais ne choque pas non plus.

‘Tain t’étais pas censé être Auteuil, toi?

D’où vient alors ce fumet persistant de navet ? Foin de suspense, du scénario.  Affolant de penser que personne n’a songé à le relire. L’exagération tragique est poussé à un point si absurde, que l’âpreté du face à face disparaît pour un ridicule grand-guignolesque  qui en laissera plus d’un sceptique ou franchement amusé. Comme dans une pièce de Wajdi Mouawad on ignore la mesure et on cultive la coïncidence dramatique. Et la récolte est belle. Trop belle.

Ainsi le spectateur découvre qu’une lutte entre un criminel brillant et un divisionnaire coriace et pointilleux ne suffit plus, il faut rajouter la guerre d’Afghanistan, une tumeur au cerveau, un pervers polymorphe, des gitans, des crimes sexuels, une vengeance familiale, car – surprise – le fils du commissaire a été tué par le tireur d’élite, et si une femme d’un des bandits attend son mari, elle se doit d’être enceinte. Il manque juste une tentative d’assassinat sur le président de la République et un complot avec des extra-terrestres mais je pense que ce sera dans le numéro 2, si – Les Muses nous préservent – le film a du succès.

Le Guetteur aurait pu plaire, mieux marquer les esprits, mais tel un soufflé prétentieux, il s’effondre vite et laisse incrédule le spectateur devant tant de gâchis. La prochaine fois, cher Michele, offrez-vous un scénariste moins influencé par les soap-opéras (“Comment Brandon, tu es aussi ma mère ???”), et faîtes relire le script, vous, ou en tout cas nous ne le regretterons pas.

Leave a Comment

Filed under Policier, Thriller

Rentrée, nouveauté et casserole

Franglaisreview en est à sa quatrième saison comme on dit dans le monde des séries télévisées et s’honore d’avoir eu au moment où j’écris ces lignes plus de 50’000 visiteurs dont certains sont même cinéphiles et non pas à la recherche de photos dénudées, de clips pornographiques ou du programme économique de Mitt Romney, car on trouve de tout sur ce site, sauf peut-être un programme économique de quelque candidat que ce soit.

Quoique …

Nous nous réjouissons de reprendre nos critiques, espérant, comme chaque année, que la pause estivale passée nous réussirons à tenir le rythme et que nous pourrons publier régulièrement chroniques et critiques des nouveautés cinématographiques de 2012 et 2013.

Et maintenant, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, un petit cadeau de Mlle L.

Pour vous remercier de votre amitié et votre fidélité, ou alors pour tester vos limites – je ne suis pas bien sûr – notre complice et co-critique Mlle L. a décidé de vous proposer un objet cinématographique qui, nous l’espérons, vous réjouira, mais qui, quelle que soit votre réaction, interdira désormais à ses participants toute carrière publique.

A vite, sur Franglaisreview !

Miss J. far too shocked to be able to write anything will just say “keep reading Franglaisreview!” …

“Some of us have jobs, you know!” …

“Now, I’m lost!!!”

‘Tis now on the record.

Leave a Comment

Filed under Cinema, Comedy, Documentary, Drama, Erotic, Horror, Sci-fi, Thriller, Western