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Django unchained

Django_Unchained_PosterIn a nutshell: If you appreciate marathons, here is a review which should make you happy, as if it were longer, it’d be considered a novel. For Tarantino’s latest flick we sent a grumpy fan, the lovely Mlle L. She came back mostly grumpy and less of a fan. A discordant voice in what Mlle L. would consider a sickening chorus of praise. Unchain Django? Sure, but mostly unchain Tarantino, from himself.

Lecteurs, lectrices.

Dans les moments de doute, de tristesse, de désespoir parfois, le capitaine du navire en péril se doit de regarder la tempête droit dans les yeux, et sait faire face à la vague destructrice avec un moral qu’il conserve d’acier (trempé, aha). C’est pourquoi, en ce jour funeste, je n’ai pas peur de déclarer franchement, en regardant à mon tour la houle furieuse dans le blanc de son oeil glauque:

Quentin Tarantino et moi, c’est le divorce.

Et Django Unchained, c’est du travail de gros médiocre.

Django-Unchained-Still-6

Tarantino prépare la contre-attaque

Oui, je m’explique, et même en détails. Parce que moi, là, le Tarantino, je vais l’aligner méthodiquement et sans pitié. Ça prendra le temps qu’il faudra, mais il va me le payer, son ratage de film – au centime près. Pour les impatients, je vous donne le programme en trois points, comme ça vous pourrez passer votre chemin, ou descendre directement à un paragraphe qui vous parle. Vous êtes libres.

1) inquiétudes préalables quant à la rencontre de Tarantino et du western

2) ah la vache que tout ça est mauvais

3) je diagnostique à Quentin une dépression suicidaire et je lui prescris du Magné B6.

On commence? allez.

1. Un western, Quentin? Vous êtes sûr de vous?

D’ores et déjà, j’admets que j’allais voir Django avec méfiance, malgré l’immense et admiratif amour que je portais à QT.

En effet, le choix du western m’apparaissait comme extrêmement dangereux pour mon réalisateur chéri: on le sait, Quentin “s’inspire” (c’est à dire qu’il copie) de larges pans du cinéma des autres. A mon sens, il avait toujours réussi à dépasser de façon fulgurante toutes ses sources d’inspiration. Faut dire… Il s’agissait des films de blaxploitation, des films de kung fu, des polars à trois balles des années 70… Le challenge n’était pas si lourd. Pour son film de guerre, Quentin a eu le bol ahurissant (le génie?) de choisir Christoph Waltz pour jouer Hans Landa, et est, grâce à lui, parvenu à élever son Inglourious Basterds au même niveau que The Dirty Dozen – en tout cas comme spectatrice j’ai ressenti un plaisir et une montée d’adrénaline équivalents.

Mais le western, c’est autre chose… D’abord c’est un genre que je connais à fond – au point que ça confinerait d’ailleurs davantage à la névrose qu’à l’érudition. Du western blaxploitation au western chinois, du très bon au parfaitement nul, je les ai tous vus! Alors autant dire qu’il allait avoir du mal à me surprendre, le Quentin, et que je le verrais drôlement venir quand il essaierait de me resservir la soupe piquée aux autres… En parlant des autres: malheureusement pour QT, il y a eu avant lui un nombre considérable de génies du western (Leone, Ford, Huston, Hawkes, Sturges, Pekinpah, même Eastwood, Costner et Ed Harris ont chacun à leur tour réalisé des westerns absolument subjuguants). Alors que des génies du film de kung fu… on en connait nettement moins. Fatalement, Quentin partait déjà avec un handicap.

Un handicap fumant.

Un handicap fumant.

De plus, le western est un genre fondamentalement inadapté à Tarantino: car si amouraché soit-il de la façon de filmer de Sergio Leone et des musiques d’Ennio Morricone, Quentin Tarantino livre toujours un cinéma que l’on ne peut que qualifier de verbeux (oui, je sais, un peu comme cette critique). Le silence est une chose inconnue à Tarantino – sur tous ses films, on compte au maximum 17 secondes de silence entre deux personnages, et ce dans Pulp Fiction, et l’incongruité supposée de ce silence est d’ailleurs soulignée quelques instants plus tard par Uma Thurman. Et ce n’est même pas du vrai silence, il y a Ricky Nelson qui braille une chanson en arrière plan sonore. Or le western, c’est presque par définition un genre qui repose sur le silence. Last Train from Gunhill, Apaloosa, L’Homme aux colts d’or, High Plains Drifter, Tombstone ou même Mon nom est personne, Le Bon la brute et le Cinglé comme Westworld ou Nevada Smith, Rolling Thunder ou Règlement de comptes à OK Corral, le western, quel que soit son pays d’origine ou son année de réalisation, s’articule toujours sur les espaces vides, la solitude, le silence. Quentin, lui, fonctionne à la tchatche. Mauvais présage.

Enfin, par pure mauvaise foi, j’ai décidé à l’âge de 12 ans que je détestais Leonardo di Caprio, et à l’âge de 25 que Jamie Foxx était un acteur sans intérêt, donc ça me donnait deux raisons de plus de redouter que Django unchained ne soit un film décevant.

Moi, mauvais? Mlle L., êtes-vous marteau?

Moi, mauvais? Mlle L., êtes-vous marteau?

Restaient quelques éléments auxquels je pensais pouvoir me rattacher: la franchise Django m’inspirait une immense sympathie, les histoires de vengeance, que QT maîtrise parfaitement, sont tout aussi nécessaires au western que le silence dont nous parlions tout à l’heure (donc il y avait moyen que l’une compensât l’autre), Quentin serait en outre certainement dans son élément pour la bande son, qui promettait d’être merveilleuse, et j’allais retrouver Christoph Waltz et Samuel L. Jackson, ce qui est un plaisir que l’on ne boude pas.

Je me suis plantée sur toute la ligne.

2. Mais… mais? Ce film est une grosse bouse!

D’abord, à ma grande honte, je dois reconnaître en Jamie Foxx un très grand acteur. Il incarne son personnage avec une justesse absolue, ce qui est d’ailleurs particulièrement flagrant en début de film, lorsqu’il n’est encore qu’un esclave silencieux et franchement dérouté par ce qui lui arrive; contrairement à beaucoup d’acteurs français, Jamie Foxx, même muet, même hors focus caméra, parvient à nous faire ressentir ses émotions, parfaitement en phase avec la réalité de son personnage. Chapeau.

Et quoi qu’il m’en coûte, je dois avouer que Leonardo di Caprio est quant à lui vraiment bien, mais je nuancerais mon éloge en suggérant (perfidement?) que son personnage est quand même très, mais alors très, facile à jouer, et que la justesse de son jeu ne relève donc pas du même genre de talent que celui dont fait preuve Jamie Foxx.

Un acteur un peu vert? Non, un acteur mûr!

Un acteur un peu vert? Non, un acteur mûr!

Samuel L. Jackson, lui, se fait très plaisir, dans un rôle qui ne sert à rien du tout mais qui lui a permis de se mettre une moumoute blanche et de se promener avec une canne, ce qui l’amuse tellement qu’on s’en accommode. Mais on est terriblement loin de la performance de Michael Parks dans son double rôle de Kill Bill 1 & 2, où l’acteur se rendait méconnaissable sans autre artifice que son pur talent. Dans le cas de Samuel L. Jackson, on est simplement content de retrouver un vieux copain et de voir qu’il est en bonne santé.

Et Christoph Waltz, alors? Ahlala. Waltz est toujours un immense acteur. En dépit de la nullité des dialogues que lui a écrits Tarantino. C’est accablant de vacuité. Le pauvre Waltz s’en dépatouille au mieux, mais passé un certain stade même un acteur aussi brillant que lui ne peut plus lutter. Ces dialogues sont tellement pleins de vide, tellement redondants… Le personnage lui-même n’est qu’une triste resucée de Hans Landa chasseur de juifs, si bien qu’à chacune des apparitions de Waltz on a l’impression de regarder de possibles (mauvaises) scènes coupées d’Inglourious Basterds.

Un désastre.

A part Django, vengeur obsessionnel et mono-maniaque (le type de personnages que Tarantino n’a aucun mal à écrire), les personnages sont d’ailleurs dans leur ensemble entre peu et pas du tout crédibles, sans motivations, sans corps et sans cohérence, puisqu’enchaînant les réactions contradictoires. Quant au scénario, il est à l’avenant: bourré d’incohérences insultantes pour l’intelligence du spectateur moyen et de rebondissements poussifs et ridicules, tirant à la ligne dans des proportions qui vous rappelleront, au choix:

- vos copies de philo, quand vous n’aviez vraiment RIEN à dire sur le sujet imposé et essayiez malgré tout de produire une copie double;

- les romans de gare pourris que vous lisiez chez votre Mémé pendant l’été (genre “SAS contre OSS117 – opération Bermudes mortelles”, vous voyez le truc)

- les épisodes les plus poussifs des séries TV les plus ringardes des années 80 (imaginez un truc du style Magnum contre Dynasty).

Donc, vous l’aurez compris, sur ce terrain là non plus, la qualité n’est pas vraiment au rendez vous. J’ai même carrément eu la nette impression qu’en osant me présenter un boulot pareillement bâclé, Tarantino se payait ouvertement ma tronche et me prenait sans ambages pour une quiche.

Pour tout dire, j’ai fini par fouiller dans mon sac pour regarder l’heure sur mon portable, histoire de savoir combien de temps il me restait à tirer, parce qu’au troisième rebondissement tout pourri mené à deux à l’heure grâce à un montage lamentable (sur lequel je vais revenir), j’en avais vraiment ma claque. Venant de moi, regarder l’heure pendant le film, c’est vraiment l’insulte suprême. Je n’ai fait ça qu’une seule fois auparavant dans ma vie de cinéphile; et là Quentin, ça va faire très mal, mais tu l’as bien cherché: c’était pendant la projection de Ruby Sparks.

Mais oui Quentin, c’est bien ça: je viens de te faire tomber un parpaing sur le pied, et en plus j’ai fait exprès.

Aïe, ça picote ...

Aïe, ça picote …

Le montage, donc, est une hérésie totale, enfoncé encore d’un cran par la pauvreté des cadrages et de la photo; on se demande à quoi a bien pu servir Robert Richardson, le chef opérateur, qui nous avait habitués à mieux… Sans doute s’est il contenté d’approuver aveuglément tout ce que pouvait dire Tarantino sans jamais oser mettre son grain de sel de peur de contrarier le patron? En effet, au delà de l’absence de rythme et de la monotonie des plans (même au cours de la fusillade finale, le rythme est inadapté, par faute de variation dans les cadrages, ce qui tend à accroître la sensation de répétition, donc de lenteur poussive, de l’ensemble), on s’attristera tout particulièrement sur l’usage du zoom avant rapide, dont la systématisation est, réellement, pitoyable. Car le travail de Quentin est à ce point médiocre qu’il finit en effet par ne plus tant fâcher que par faire peine.

Un seul de ces zooms aurait constitué un sympathique clin d’oeil aux films de Bruce Lee; mais cinq fois dans le même film, avec qui plus est un bruitage ridiculement lourd venant à chaque fois souligner un effet déjà pachydermique, ce n’est plus de la maladresse, c’est carrément de la dépression suicidaire. Allez savoir, Tarantino est peut-être très malade.

Malade, mais le "d" est silencieux.

Malade, mais le “d” est silencieux.

Quant à la bande son… Considérant sans doute qu’il avait épuisé son stock de thèmes western sur ses précédents films, ou alors simplement pour faire le mariole, Tarantino a multiplié sur Django unchained des choix musicaux qui me paraissent fort peu avisés. Après avoir utilisé en ouverture le générique de la franchise initiée par Franco Nero (seule piste sonore que j’aie appréciée durant le film), Quentin nous balance une version assez malheureuse, car en dièse, de Sierra Torride, pourtant originellement très belle musique composée par Morricone pour le film de Don Siegel, mais qui en l’occurrence tombe comme un cheveu sur la soupe.

Tous les choix musicaux qui suivent seront de plus en plus malheureux, en passant par une chanson originale parfaitement insupportable aux paroles à l’eau de rose (musique écrite par Morricone mais “chantée” par Elisa, qui est désormais une ennemie personnelle). Il y a aussi les trop nombreuses incursions sonores de RZA, rappeurs fatigants dont Tarantino s’est fait des amis envahissants, au point de s’attifer tout pareil qu’eux, ce qui prouve qu’il n’a pas conscience du ridicule vestimentaire.

La déchéance se poursuit jusqu’en fin de film, où Tarantino parvient à aligner, sur trois scènes consécutives, trois pistes sonores à la queue-leu-leu, dans un style qui rappellera les meilleurs moments du diaporama généré automatiquement sur iPhoto (ou sur Powerpoint). Ahurissant. Je me pinçais pour le croire. Je rappelle que nous sommes en train de parler de Quentin Tarantino, le cinéaste musical par excellence. Incompréhensible.

Sur la musique de "Une petite maison dans la prairie"

Sur la musique de “Une petite maison dans la prairie”

La dernière couche? Elle ne sera pas tant pour la lourdeur infernale du message militant pro-noir-américain (quoique, franchement, Quentin, ça finit par être fatigant à force d’être didactique, il y a un moment où il faut choisir entre l’écriture d’un scénario et l’écriture d’un tract) que pour l’extraordinaire contre-productivité dudit message.

Il n’y a aucun doute, c’est totalement involontaire (mais du coup d’autant plus ennuyeux); force est de constater qu’en conclusion de son film, Tarantino, qui aurait vraiment dû se relire, balance une phrase qui atteint un niveau de racisme proprement ahurissant.

Brièvement, sachez que le personnage de Leonardo di Caprio passe une grande partie de son temps de présence à l’écran à dégoiser sur l’infériorité des noirs et le fait que “Django fait exception à sa race” car “un nègre avec de l’intelligence et une personnalité, c’est rarissime“, évaluant “à hauteur d’un sur dix mille l’occurrence d’un tel phénomène“. Bon, c’est un vilain, quoi, il dit des trucs de vilains.

Redressement fiscal pour tous, je dis des trucs de vilaiiiiiin!!!

Redressement fiscal pour tous, je dis des trucs de vilaiiiiiin!!!

Eh bien, croyez le ou non, mais à la fin du film, Jamie Foxx confirme ses théories nauséabondes, et je vous garantis que ce n’est pas de façon sarcastique. A la fin donc, tout le monde s’entre-tue, y a du sang plein les murs, tout ça tout ça, bref, Django, qui s’apprête à abattre le dernier survivant dans la plantation de di Caprio, tonne sur son ultime adversaire qui se contorsionne au sol: “En une vie passée sur la plantation tu as dû voir défiler, quoi, 9000 esclaves? 9999? Et aucun d’eux n’a jamais fait de difficultés! Mais ton patron avait raison, moi je ne suis pas comme les autres noirs! Des nègres comme moi il n’y en a vraiment qu’un sur dix mille – et tu as eu le malheur de finir par me rencontrer!

Euh… attendez, j’ai bien compris, là, ce qu’on me dit c’est: “C’est vrai que les noirs sont tous de grands enfants bêlants et soumis, mais moi je fais exception à la règle, alors du coup je suis capable de prendre la décision de te casser la gueule“? Ah ben, voyez, moi qui ne suis pourtant pas une obsédée du racisme sous-jacent, je trouve cette phrase très, très gênante… Et elle me pousse en tout cas à affirmer que Tarantino n’a vraiment visiblement pas pris la peine de relire son script, que d’ailleurs ses assistants de production ont tous dû unanimement qualifier de “super génial et trop maxi courageux”. Bravo les mecs, pour laisser passer ça, surtout vu le climat de paranoïa à ce sujet aux Etats-Unis, fallait vraiment être très forts.

3. Allez, Monsieur Tarantino, il faut être raisonnable, prenez vos médicaments.

Alors, quelle explication à cet affreux ratage, à part celle de la dépression grave?

En voici une: Tarantino a malheureusement atteint ce stade où plus une seule personne dans son entourage n’ose lui dire: “tu sais quoi, ce truc-là c’est quand même pas top délire, tu veux pas essayer de le refaire en mieux?” Rôle qu’avaient d’abord rempli les frères Weinstein, ses producteurs qui savaient de quoi ils causaient, et surtout, jusqu’en 2009, Sally Menke, la monteuse géniale qui rattrapait tous les égarements tarantiniens. Or les Weinstein ont désormais trop de sous pour suivre quoi que ce soit d’autre que les mouvements de la Bourse. Et Sally Menke, elle, est tombée malade, et a fini par disparaître fin 2010; elle laisse derrière elle, en plus d’un vide immense, un remplaçant qui n’est qu’un fantoche Fred Raskin, lamentable lèche-bottes qui en outre maîtrise mal ses outils et se contente de coller bout à bout les rushes de Tarantino, en lui disant qu’il est grave trop génial, maîîîîîîîître, ce qui est une façon comme une autre d’assurer la pérennité de son boulot.

Bref, Tarantino est dans le cas de figure typique du gars devenu “archi-bankable” à Hollywood, et qui n’est pas assez génial (ni assez masochiste) pour aller chercher de son propre chef et avec insistance la critique aiguillonnante, que son entourage élargi n’envisage désormais même plus de lui sussurer.

Et pourtant…

Serait-ce de ma part un regain de compassion pour mon héros réalisateur, désormais brutalement passé de Dieu vivant à simple être humain amoché? Je dirais en tout cas que les deux apparitions de Tarantino dans son propre film (raté, tellement raté…) sont peut-être révélatrices d’une certaine conscience de la situation de la part de QT.

Tout d’abord, durant une scène (tellement mal montée! une massive erreur de timing en plein milieu, rendant l’action totalement incohérente) se situant dans le premier tiers du film, un planteur et ses hommes de main organisent une expédition punitive à la nuit tombée contre ce “nègre arrogant” qu’est Django. Tous à cheval, il revêtent, en précurseurs du KuKluxKlan, des cagoules blanches pour décupler leur effet. S’en suit un dialogue trop long mais assez cocasse où les hommes de main constatent que ces cagoules sont fort mal pratiques, qu’on ne voit rien à travers et que les trous sont mal fichus. Un des hommes masqués, en qui l’on reconnaîtra, à la voix et à la gestuelle, Tarantino, finit par conclure (in extenso):

“Je crois que nous sommes tous d’accord pour dire que les cagoules étaient plutôt une bonne idée au départ mais, sans vouloir accuser personne en particulier, pour ce qui est de la réalisation pratique, nous nous sommes lamentablement ramassés. Alors moi je dis, pour cette fois, tant pis, on fera sans, mais la prochaine fois on mettra toute la gomme!”

Tout est dit, non?

Tout est dit.

Tout est dit.

Et pour enfoncer le clou, la seconde apparition de Tarantino achève de m’attrister par ce qu’elle a de révélateur; en effet, en toute fin de film, au cours d’un des rebondissements les plus affligeants d’un scénario dont on n’attendait plus rien depuis longtemps, Tarantino vient camper un petit rôle, presque sans dialogues, ce qui en soi est déjà significatif: Quentin reconnaîtrait-il qu’il n’a plus rien à dire?

Il apparaît en tout cas fatigué, gras et triste. Et surtout, il se fait descendre par Jamie Foxx au moment le plus inopportun, c’est à dire alors qu’il charrie des sacs de dynamite. Si bien que Tarantino se filme explosant sur place, réduit en poussière par un de ses personnages assoiffés de vengeance, sur lidos duquel il comptait se faire de l’argent facile. Faut-il y voir la fin explosive qu’il appelle de ses voeux?

En tout cas, s’il comptait sur ce film pour finir en feu d’artifice, Tarantino a lamentablement loupé son coup; car si Django unchained doit marquer la mort de mon cinéaste de prédilection, ce sera d’une mort beaucoup plus dans le genre “ah c’est ballot, il changeait une ampoule et il a glissé du tabouret” que dans le genre “suite à une lutte furieuse au dessus de l’Atlantique, son avion est tombé en flammes, criblé par les balles du terrible Baron Rouge“.

Tarantino ou ce qu'il en reste, après le malheureux incident du tabouret de Mlle L.

Tarantino ou ce qu’il en reste, après le malheureux incident du tabouret de Mlle L.

Allez, Quentin, reprends-toi.

Vous n’avez pas le droit de finir comme ça, chéri. C’est trop triste, trop bête… Trop sale.

Lâchez un peu tous les traîne-patins et autres lèche-bottes qui vous entourent, reprenez le vrai boulot avec juste quelques copains, un budget divisé par dix-mille, et faites un vrai film, un vrai truc bien qui sentira la poudre et la sueur, et pas le plateau-repas usagé.

Rappelez-vous ce que vous pouviez faire, il y a tout juste vingt ans, avec douze acteurs, un hangar et deux caméras.

Ca s’appelait Reservoir Dogs et c’était époustouflant.

Alors, pour paraphraser le langage qui vous est cher, laissez-moi, tendre ami cinéaste, vous répéter mes encouragements.

MERDE, QUENTIN, C’EST GRAVE, BOUGE TOI LE CUL, T’ES EN TRAIN DE DEVENIR UNE SALOPERIE DE GROSSE LARVE OBÈSE!

A la prochaine, cher Quentin, et d’ici là travaillez bien.

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Shalako

In a nutshell: Pairing Sean Connery and Brigitte Bardot might seem like a good idea, a match made in heaven, at least before they met in Shalako (dir. Edward Dmytryk, 1968), the latest western Mlle L. decided to watch for us. In it, an aristocratic hunting expedition from Europe wanders into Apache land, and it’s up to an Army scout names Shalako (Connery) to warn them off, and when that fails, to get them to safety before they all die. To know more, go on and wander at your own risks in the 3 Buck DVD corner.

Shalako

En résumé : Une distribution ébouriffante et internationale pour ce western presque post-Bond (Les Diamants sont éternels en 1971 et Jamais, plus jamais en 1983 viendront compléter le cycle Connery). Sir Sean ne s’en tire pas trop mal, l’expédition qu’il est censé protéger moins bien, et le film est apparemment encore un cran en dessous. Pour ceux qui n’en manque pas, de cran, et qui n’ont pas peur des Connery et Bardot qu’exposera Mlle L., le chemin le plus court vers Shalako est de suivre cette piste.

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Take a Hard Ride

In a nutshell: Blaxploitation and western, in which the music makes more sense than the scenario, with Lee Van Cleef, Fred Williamson and Mlle L.’s prose … this is it, I am taking this Hard Ride into the 3 bucks DVD corner. Hope you’ll join me we might even have a glimpse at a platypus (or not …).

En résumé : Aviez-vous oublié Mlle L., jeunes fripons ? C’est moche, parce qu’elle, elle pense à vous et vous propose un western entre mojito et nunchaku sans l’un ni l’autre, mais vous comprenez l’idée. Alors, en selle, pour une Chevauchée terrible !

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Rentrée, nouveauté et casserole

Franglaisreview en est à sa quatrième saison comme on dit dans le monde des séries télévisées et s’honore d’avoir eu au moment où j’écris ces lignes plus de 50’000 visiteurs dont certains sont même cinéphiles et non pas à la recherche de photos dénudées, de clips pornographiques ou du programme économique de Mitt Romney, car on trouve de tout sur ce site, sauf peut-être un programme économique de quelque candidat que ce soit.

Quoique …

Nous nous réjouissons de reprendre nos critiques, espérant, comme chaque année, que la pause estivale passée nous réussirons à tenir le rythme et que nous pourrons publier régulièrement chroniques et critiques des nouveautés cinématographiques de 2012 et 2013.

Et maintenant, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, un petit cadeau de Mlle L.

Pour vous remercier de votre amitié et votre fidélité, ou alors pour tester vos limites – je ne suis pas bien sûr – notre complice et co-critique Mlle L. a décidé de vous proposer un objet cinématographique qui, nous l’espérons, vous réjouira, mais qui, quelle que soit votre réaction, interdira désormais à ses participants toute carrière publique.

A vite, sur Franglaisreview !

Miss J. far too shocked to be able to write anything will just say “keep reading Franglaisreview!” …

“Some of us have jobs, you know!” …

“Now, I’m lost!!!”

‘Tis now on the record.

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Blackthorn

In a nutshell: A strange thing happened to Mlle L. She went to the movies and saw a film that was shown everywhere else about 9 months ago. Regardless, Blackthorn entertains. Were you wondering what happened to Robert LeRoy, a.k.a. Butch Cassidy, after 1908? To find out, you’d better follow Sam Shepard in Mateo Gil’s dusky western, set in beautiful but harsh Bolivia. 

Blackthorn ne se verra gratifier que d’une critique assez concise – je sais, je dis toujours ça au démarrage … Mais en l’occurrence il n’y a pas réellement matière à digresser infiniment sur ce western de Mateo Gil (scénariste pour le cinéma hollywoodien et sinon assistant-réalisateur d’Amenabar tournant ici son premier long métrage).

L’histoire est celle d’un Butch Cassidy vieillissant, vraiment très bien interprété par Sam Shepard, qui, après avoir survécu discrètement pendant des années en Bolivie à la suite de la mort du Sundance Kid, décide sur ses vieux jours de prendre enfin le chemin du retour vers les USA. Il rencontrera au passage l’Espagnol Eduardo (très convenable Eduardo Noriega) avec qui, un peu contre son gré, il sera amené à revivre ses années de jeunesse traquée et hors la loi.

Ce film est, dans son ensemble, très convenable, accumulant de belles à époustouflantes images, des scènes intéressantes, des acteurs talentueux, et un scénario qui, s’il ne casse pas toujours des briques, reste très honnête. Le montage, sans être empreint de génie, reste juste, et insuffle un rythme de western lent qui n’est pas désagréable.

Sale eau propice pour Cassidy

Blackthorn cependant, alors qu’il traite avec sensibilité de nombreux sujets propices (la vieillesse, la loyauté, les valeurs morales, la nostalgie, les regrets, l’affection, l’attachement, la survie, etc.) ne semble jamais réellement parvenir à décoller vers le grandiose, se confinant au (parfois très) acceptable. Il n’y a pas dans Blackthorn le souffle de Wyatt Earp (Kevin Costner filmé par Lawrence Kasdan), encore moins de Open Range (Kevin Costner cette fois réalisateur, une merveille de film), ni la mélancolie élégante du fantastique Appaloosa (Ed Harris devant et derrière la caméra, Vigo Mortensen admirable, Renée Zellweger enfin brillante et Jeremy Irons toujours grandiose).

Peut être aurait il été plus judicieux de confier toutes les manettes du film à Sam Shepard ? Ce n’est pas sûr, car Mateo Gil n’est manifestement pas le mauvais cheval (ahaha! pardon, les calembours  de Monsieur D. semblent m’être montés au cerveau). Mateo Gil, donc, a un talent certain, qui transparaît tout au long du film. Alors ?…

Mateo Gil sait quoi faire (à cheval), mais pour Sam Shepard.

 

Alors, l’explication, elle est à trouver du côté des producteurs, qui ont eu l’idée absolument catastrophique, destructrice, suicidaire, d’une part d’introduire de (beaucoup trop) nombreux flashbacks ; or, la jeunesse de Butch Cassidy et Sundance Kid, figurez vous que ça a déjà été filmé, par George Roy Hill, avec Paul Newman et Robert Redford (1969), et du coup, ça va être assez difficile de faire mieux, les aminches. Si bien que chacun de ces flashbacks devient un boulet supplémentaire, entrainant le pauvre Blackthorn vers des comparaisons dont il ne peut sortir qu’atrocement perdant.

En outre (car quand les producteurs sabotent un film, ils peaufinent le boulot), alors que Sam Shepard campe, encore une fois, un excellent Cassidy en fin de parcours, les acteurs incarnant les mythiques personnages de Butch et Sundance dans leur jeunesse ont été manifestement choisis pour leur totale absence de talent et de personnalité: je n’ai jamais vu deux acteurs au jeu aussi plat et inintéressant que Nikolaj Coster-Waldau (une gueule à jouer dans des reconstitutions historiques sur France 24) et Padraic Delaney (lui, ce serait plutôt les téléfilms policiers de France3 Limousin) !

Malgré tout, cela reste un western qui claque!

Clou du spectacle (les producteurs n’avaient pas tout à fait fini de refermer le cercueil) : le personnage féminin de Etta, incarné avec tant de grâce par la sublime, rieuse et fragile Katharine Ross en 1969, s’est vu confier ici aux soins peu délicats de Dominique McElligott, dont la fatuité abrutie et l’absolue nullité professionnelle égalent, et c’est peu dire, la lamentable-insupportable-odieusement irritante contre-performance de Megan Fox dans Jonah Hex (rappelez vous, j’avais alors envisagé d’aller l’assassiner dans son sommeil …).

Pour conclure, je dirai que si les producteurs pouvaient se contenter d’aligner les chèques, sans chercher à placer de force la gourde décérébrée avec laquelle ils ont une liaison et qui ne serait même pas capable de tenir un rôle dans Oui Oui rencontre les Sept Nains, s’ils pouvaient également s’abstenir d’imposer leurs idées “créatives” d’une lourdeur accablante, s’ils pouvaient juste arrêter de ruiner les films et tout simplement laisser les acteurs et les réalisateurs travailler tranquilles, le cinema s’en porterait tellement, tellement mieux … Gâcheurs épuisants, va !

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Soleil Rouge (Red Sun)

In a nutshell: The greatest writing machine franglaisreview has ever known is obviously the delightful Mlle L. After having gone astray into contemporary French movies (brrr), she came back to her senses and decided to review what the legendary director John Huston considered, when it came out in 1971, the best western of all times. He might have been a tad too enthusiastic … anyhow, what fun!

En résumé : Avec une telle distribution, difficile de ne pas jeter un oeil à ce western pas tout à fait spaghetti, même plutôt sushi et cassoulet puisque produit majoritairement par la France pour le marché français et japonais (je sais, c’est étrange). Mais rater la confrontation entre les samouraïs melvillien et kurosawaïen Delon et Mifune, et le plus taciturne des 7 mercenaires n’était pas dans les plans de Mlle L. Et comme en plus Ursula Andress se prend des claques (et se déshabille), je ne vois pas ce que vous faites encore ici, foncez par .

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Top 10 – 2011

In a nutshell: For a third consecutive year, this blog lives! How cool is that?  As it’s tradition now we shall look back on 2011 and celebrate the movies we enjoyed the most. Since it wouldn’t be fair to forget our dear friends and contributors who helped us so much in maintaining this blog and providing new reviews when schedules are tight and movie theatres are packed so we can’t get in, they shall start with their Top (hum) 5 – most of them cheated -, the  film(s) they wished they’d found the time to see, and the one(s) they really rather wish they hadn’t.

Let the party begin – and happy New Year to you, dear reader!

Avant toute chose : Belle et Heureuse Année à Vous, Lectrice Aimée, et mes meilleurs voeux aussi pour toi sympathique lecteur, que 2012 vous apportent bien du bonheur.

Tout comme l’année dernière nous avons rassemblés nos forces, c’est à dire celles amicales et bénévoles de nos critiques invitées et leur avons demandé de nous fournir leur top 5 de leurs films préférés de cette année 2011. Chacun de nos bienveillants contributeurs nous a envoyé ses choix selon ses goûts et ses dégoûts. Certains sont commentés, d’autres nettement moins, ainsi s’expriment les différentes voix de franglaisreview. Les nôtres concluront l’exercice.

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A tout seigneur, tout honneur, Mlle L. présente sur tous les fronts et sur trois continents nous donne, en plus des ses découvertes à 3€, son top 3, parce que 5, cette année c’est un peu trop.

Top Five des films vus au cinéma et qui sont sortis en cours d’année 2011 et que j’ai vraiment aimé et que c’est mission impossible d’en trouver cinq parce que sans blague cette année j’étais beaucoup aux Etats Unis et comment voulez vous que je fasse, alors du coup j’en ai que trois mais c’est vraiment en faisant tout mon possible, je vais quand même pas mettre Captain America dans mon classement, tu parles d’une daube ! :

1. Drive de Nicolas Winding Refn

2. The Killing Jar de Mark Young

3. The King’s speech de Tom Hooper

Mon top 6 de regrets terribles que j’ai pas pu les voir et que ça me rend très malheureuse et qu’en plus y en a beaucoup d’autres que j’ai ratés mais il faut bien faire un tri déjà que je respecte pas les consignes, mais que si ces films étaient passés dans le pays de blaireaux où j’étais cloitrée ben mon top five aurait eu plus de gueule, sauf que là j’ai pas pu les voir alors évidemment :

Le cochon de Gaza de Sylvain Estibal ; Hara Kiri de Takashi Miike ; The Artist de Michel Hazanavicius ; Harry Brown de Daniel Barber ; La Fée de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy ; Habemus Papam de Nanni Moretti.

Ma plus grosse déception que je suis pas contente et que ça aurait dû être génial et qu’en fait c’était tout mou et mal foutu et décevant et c’est pas du boulot: True Grit des frères Coen.

Bien sûr, il y a aussi les films dont on m’a rebattu les oreilles sans répit alors que c’était crâmé dès le départ puisqu’il s’agissait d’énormes daubes (en tête de liste, Black Swan de Darren Aronovsky, parce que RIEN A SECOUER des aventures en tutus de deux casse-couilles qui devraient se contenter de faire égéries Chanel et pas venir m’emm…rder à faire actrices, bon).

Et puis, enfin, un top five des films bizarres en DVD chroniques cette année :

1. Django, prepare a coffin de Stelvio Massi.

2. Danger Diabolik de Mario Bava.

3. Messiah of Evil de Willard Huyck.

4. La Banda del Trucido de Ferdinando Baldi.

5. The Abominable Doctor Phibes de Robert Fuest.

Our fan of entertainment with a bang, martial arts and cool witty one liners, Mr. J.A. followed the instructions to the letter. I love when a plan comes together.

1. Super 8 by J.J. Abrams

2. Suckerpunch by Zack Snyder

3. Crazy Stupid Love by John Requa and Glenn Ficarra

4. X-Men First Class by Matthew Vaughn

5. Midnight in Paris by Woody Allen

The worst movie of 2011 : The Three Musketeers by Paul W.S. Anderson (was there any doubt, after this biting review?)

The movie he most wanted to see but couldn’t: Red State by Kevin Smith

M. J.M., en plus d’avoir presque les mêmes initiales qu’un grand studio hollywoodien a des goûts aussi ambitieux et éclectiques … et des valeurs ! Voici ses choix :

Année étrange, difficile de donner un top 5, car les films marchent par ensembles

En 1, nettement au-dessus du lot : La piel que habito de Pedro Almodovar,

En 2, une errance : Essential Killing de Jerzy Skolimowski,

En 3, trois films, chacun imparfait, mais parfois d’une émotion très intense :

Le discours d’un roi de Tom Hopper ; Habemus papam de Nanni Moretti ; A dangerous method de David Cronenberg

En 4, trois films de genre, vitesse, accélération, vitesse :
X-Men First Class de Matthew Vaughn ; Scream 4 de Wes Craven ; Mission Impossible: Ghost Protocol de Brad Bird

Et pour (ne pas) conclure, ou pour faire une transition, un film de transition (reflet très esthète du film d’Almodovar) : L’Apollonide de Bertrand Bonello.

Je n’ai pas oublié les catégories regret ou déception de l’année, mais mon tempérament ne me fait absolument rien regretter du tout et je ne suis jamais déçu par le cinéma ; en effet, je suis un mec positif, en analyse, serein, qui vit et jouit et lit et écrit et pense et rêve et voit au présent ; de telles catégories sont des réflexes de loser, certainement socialistes, soit dit en passant ; en outre, ce n’est pas une catégorie plus ou moins anonyme et en tous points conformiste qui me donnera le moindre ordre

Je n’ai pas vu Intouchables de Eric Toledano et Olivier Nakache, mais je crois que ce sera facile de rattraper cet oubli.

Déception : je ne sais pas, disons Hugo Cabret de Martin Scorsese, mais je n’en attendais rien

Surprise (voilà un terme positif et vivant, un peu fou, qui nous place dans le bonheur de l’instant présent) : L’ordre et la morale de Matthieu Kassovitz, que j’aime vraiment bien. En plus je n’ai détesté aucun des films français que j’ai vus cette année – voilà, au moins, les véritables valeurs peuvent se transmettre.


And then comes our international woman of mystery, the discreet but ever present Mlle CTP who sees more movies a day than there are hours. Her favorite 5 (well 6) are the following :

1. L’Apollonide de Bertand Bonello

2. Drive de Nicolas Winding Refn

3. La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli

4. La Piel que habito de Pedro Almodovar

5 (et 6). Tomboy de Céline Sciamma et Meek’s Cutoff de Kelly Reichardt

Estimant que les documentaires méritent une place à part, elle ajoute en sélection parallèle : The Ballad of Genesis and Lady Jaye  de Marie Losier et La nuit elles dansent de Isabelle Lavigne et Stéphane Thibault.

Elle a raté Dernière Séance de Laurent Achard, Essential Killing de Jerzy Skolimowski (mention spéciale pour la ressortie de Deep End cette année !!) et Hors Satan de Bruno Dumont.

Sa plus grande déception ?  … eeeeuh, The Tree of Life de Terrence Mallick (ils avaient fumé des gros bouts de moquettes à Cannes ou ils avaient tous des regrets new-age ?) et Poulet aux prunes de Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi.

Mlle Clara clôt avec sa prolixité souriante habituelle les classements de nos reviewers amis. Voici les films qui ont retenu son attention :

1. Le Gamin au vélo des frères Dardenne

Je pensais être fatiguée de leurs films, de leur univers qui me paraissait un brin répétitif, et puis, paf ! un gros coup de poing dans la figure ! Quelle force, quelle intensité, quelle maestria dans la mise en scène, dans la direction d’acteur. On en sort avec l’impression que seul le cinéma peut produire cet effet-là. Chapeau bas !

2. La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli

Grand moment de cinéma à la Semaine de la critique, avec l’intensité de la première projection cannoise. Un sujet délicat, traité avec la force de l’urgence, la témérité d’une réalisatrice qui ose des choses risquées en s’en sortant brillamment – miracle de la grâce. Un film sur une maladie mortelle, dont on sort bouleversé et plein d’envie de vivre.

3. La Piel que habito de Pedro Almodovar

Quel étrange cerveau que celui de Pedro Almodovar… Comme avec les Dardenne, on croit qu’on est saturé de ce cinéaste à l’univers si cohérent, et puis, non ! On reste surpris par l’intelligence de sa mise en scène (la scénographie de la maison, l’esthétique de la chambre de la recluse), la folie de ces histoires d’identités sexuées chamboulées… Surpris enfin par son audace dans le mélange des tonalités, le grotesque et le sublime mêlés – très hugolien Almodovar, tiens ! Oui, cette façon qu’a Almodovar de mélanger la tonalité mélodramatique qui fait monter les larmes aux yeux, et le grand guignol qui fait éclater de rire : unique ! La référence aux Yeux sans visage en arrière-plan, si glaçante, si prégnante, est aussi une belle chose…

4. Une séparation de Asghar Farhadi

Révélation pour moi d’un cinéaste dont je suis allée après coup découvrir les films précédents, tous beaux, même si je préfère encore Une séparation. Bon, beaucoup a été déjà dit sur ce film haletant, à la direction d’acteur géniale, qui nous fait pénétrer dans cette société iranienne tellement intrigante vue d’ici…

5. Melancholia de Lars von Trier

Si j’avais envie d’aimer The Tree of life (raté !), je n’avais pas du tout envie d’aller honorer ce personnage idiot de Lars von Trier après ces débiles frasques cannoises. Mais bon, la curiosité fut trop grande. Et voilà, dès le prologue, j’ai été prise ! Ici, l’ambition métaphysique, les liens établis entre l’infini grand de l’univers et l’infiniment petit de nos affaires humaines dérisoires vus de Sirius, tout cela fonctionne et émeut, jusqu’à l’acmé final qui m’a cloué dans mon siège, knocked out. Les images et les questions soulevées par le film ont continué au-delà du visionnage de me hanter…

M. D et Miss J ont demandé un top five, mais c’est un peu juste, alors voilà pour le reste des révélations 2011 de votre serviteur.

The Artist de Michel Hazanavicius et L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller.

Et puis encore : Shame de Steve McQueen, Drive de Nicolas Winding Refn, Tomboy de Céline Sciamma, Impardonnables de André Téchiné, La grotte des rêves perdus de Werner Herzog, My little princess de Eva Ionesco, Habemus papam de Nanni Moretti et L’Apollonide de Bertrand Bonello.

Là en revanche ce ne sera pas le pied

Mes trois plus grandes déceptions furent

1.The Tree of life de Terrence Mallick, parce que j’en attendais beaucoup et que j’avais envie d’aimer ce film ambitieux ; or impossible pour moi supporter le côté pompier des images, la dimension prêchi prêcha du message (« God, you took my son, he’s dead, it’s fine, take him, he’s yours ! » : Beurk !).

2. Carnage de Roman Polanski: autre déception d’un réalisateur dont j’attends forcément beaucoup. Pas seulement parce que Carnage est un petit film, mais aussi parce que sa misanthropie et sa misogynie m’ont semblé vaines. Et plus encore, son côté règlement de compte avec la gauche-américaine-politiquement correct-droitdelhommiste m’a paru mesquine.

3. Tintin de Steven Spielberg: encore un cinéaste dont on peut attendre beaucoup (enfin, à l’exception des fins). Impossible pour moi de supporter cette agitation de jeux vidéos, cette débauche d’effets, de caméra mouvante pour le mouvement, ce rythme frénétique sans le moindre répit. Résultat : la gerbe. Désolée !

Enfin voici le temps des regrets, dans ma bonne ville de Nice n’ont pas encore été programmé : L’Etrange affaire Angelica de Manoel de Oliveira, Dernière séance de Laurent Achard, le dernier film de Bela Tarr, le cycle Welcome in Vienne d’Axel Corti, Donoma, Honk … J’ai aussi raté : Incendies de Denis Villeneuve et Hors satan de Bruno Dumont.

A tout ceci s’ajoute un message personnel, une épiphanie :

Cette année 2011 m’aura donné la joie de découvrir (tardivement, puisque j’aurai pu, dû, les débusquer avant) deux acteurs qui ont plus que titiller la midinette qui est moi. Rien de bien original, puisque la toile bruisse des noms de ces deux phénomènes, de ces deux créatures au sex appeal maximal mais aussi acteurs émérites dont on a envie de suivre la trajectoire future. J’ai nommé, évidemment, Michael Fassbender (mon prem’s) et Ryan Gosling. Merci d’exister les gars, et si vous lisez ce blog génial, vous pouvez écrire aux rédac chefs pour récupérer my phone number.

And now here’s…

Miss J’s top 10 for 2011:

…. I shall try to be reasonably concise.

1. Habemus Papam (Nanni Moretti) – sparklingly absurdist, compelling viewing as the Pope has a meltdown.

2. Pina (Wim Wenders) – a fine tribute to one of the twentieth century’s great choreographers.

3. Tyranosaur (Paddy Considine) – a powerful and moving drama that transcends clichés of victims and persecutors.

4. Le Havre (Aki Kaurismäki) – a touching, uplifting film about generosity and solidarity.

5. La Fée (Dominique Abel) – original and offbeat in a great way, who wouldn’t want three wishes from the fairy of Le Havre?

6. The King’s Speech (Tom Hooper) – an impeccably polished exploration of performance anxiety.

7. Moneyball (Bennett Miller) – another of those sports movies that digs down to lots of interesting universals.

8. Intouchables (Eric Toledano) – two ‘untouchables’ help each other back to life in the French comedy of the year.

9. Le Cochon de Gaza (Sylvain Estibal) – bittersweet comedy with dark satirical undertones and a storming performance by a pig.

10. The Sound of Noise (Johannes Stjärne Nilsson and Ola Simonsson) – audacious musical mayhem.

Miss J’s top three popcorn movies of the year:

 1. Rio (Carlos Saldanha) -  Feel-good music, bright sunshine, great animation, strong storyline – the perfect mood-lifter!

2. Friends With Benefits (Will Gluck) – sit back, unplug brain, smile and crunch popcorn.

3. Mission Impossible 4: The Ghost Protocol (Brad Bird) – far, far funnier than expected and as high energy as it comes.

Miss J’s top three ‘kill me now’ movies of the year:

1. The Cave of Forgotten Dreams (Werner Herzog) – very much wanted to care, but it was SO DULL.

2. The Lady (Luc Besson) – ugh, the soundtrack. Just thinking about it makes me want to retreat to a darkened room and whimper.

3. Hereafter (Clint Eastwood) – excruciatingly bad. As invigorating and engaging as drying paint.

Finally, three films I regret missing so far: The Artist, La Guerre est déclarée, We Need to Talk about Kevin.

Et si vous avez eu le courage d’atteindre le bout de cette page, voici le classement de mes films préférés vus en 2011, et si j’en crois ces résultats, ce fut une année durant laquelle j’ai eu besoin de rire.

1. Pina de Wim Wenders – parce que le travail d’une chorégraphe extraordinaire filmé par un réalisateur de talent crée des étincelles jusque dans l’âme

2. Habemus Papam de Nanni Moretti. Michel Piccoli est grand, beau, touchant, Moretti est caustique et tendre et la comédie vaticane subtile, j’en reveux.

3. Une séparation de Asghar Farhadi. Les acteurs sont à tomber tant ils ont la grâce, le réalisateur impressionne, l’histoire de ce divorce n’est jamais manichéenne et est universelle.

4. Tyrannosaure de Paddy Considine. Parce que Dinard recèle des pépites de cinéma britannique avec des morceaux de bravoure dedans, parce que ce drame social est puissant, percutant, émouvant et les acteurs dignes des plus beaux éloges

5. The Sound of Noise de Ola Simonsson et Johannes Stjarne Nilsson. Haletant, drôle, original et musical, que dire de plus !

6. The Trotsky de Jacob Tierney – parce que ce film hégélien a été fait pour moi, que l’histoire se répète toujours deux fois, que la seconde est une farce et quelle farce ! Et j’ai parfois la nostalgie de Montréal.

7. La Fée de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy. Poétique et clownesque au sens le plus noble.

8. Le Discours d’un roi de Tom Hooper – parce que ce film tout classique et conservateur qu’il est a du souffle, que Colin Firth y est magnifique, et que ce conte de fée royal m’a séduit.

9. L’Irlandais de John Michael McDonagh. Des acteurs superbes, des répliques qui font mouche, une caméra nerveuse enthousiasmante, LA comédie policière de l’année !

10. Intouchables de Eric Toledano & Olivier Nakache. Ce classement est clairement un hommage aux comédies (vues en 2011), et Intouchables réussit si bien dans l’art ô combien difficile que de faire rire, que l’on est tenté d’aller le revoir pour savourer pleinement les plaisanteries alors masquées par l’hilarité des salles. En plus, un film qui offre un podium à un handicapé moteur, un oeuf Fabergé et Omar Sy méritent qu’on le remarque.

Les trois films qui m’ont déçu ne seront pas en tant que tel les pires films de 2011, enfin pas forcément. Trop facile de dégommer un film de Christophe Honoré, Hollywoo ou Les Immortels. Toute personne qui avait un espoir en entrant dans la salle se mettait d’avance le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Et pas évident avec un coude dans l’orbite de se concentrer sur l’écran.

Ainsi, là où mes espoirs furent déçus, piétinés, coupés en morceaux, noyés puis pendus :

1. Incendies de Denis Villeneuve. Une histoire absurde, ca veut faire renouveau de la tragédie grecque et ça n’est que fantasmes adolescents lourdauds et exotiques (parce que si le Liban, ou même le Moyen Orient c’est ça …) je reste encore incrédule que tant de gens que j’apprécie aient aimé ce film.

Behold the lamb de John McIlduff. Raté, tout simplement raté.

3. The Tree of Life de Terrence Mallick, qui n’est pas un mauvais film, mais tant de beautés pour tant d’ennui, je n’ai rien contre les dinosaures ni les métaphores filées, mais tout cela m’est apparu assez vain.

Enfin trois films manqués, “flûte”, mais nos chroniqueurs en disent tant de bien que s’éveille une certaine curiosité, alors espérons qu’un jour, si les Mayas nous en laissent le temps …

  1. La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli
  2. Essential Killing de Jerzy Skolimowski
  3. La piel que habito de Pedro Almodovar.

Bonne année à toutes et tous ! Happy New Year et vivent les milles visages du cinéma.

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Django – Prepare a coffin

In a nutshell: I said to Mlle L. to please prepare a review. I logically received Django – prepare a coffin. You all know the man with no name, this is the movie with many titles and a rather good spaghetti western according to this. Get ready … set … Django!

En résumé : Notre germanophile Mlle L. nous présente aujourd’hui Django (Preparati la bara!), un classique oublié du western-spaghetti, avec l’acteur teuton Horst Frank en méchant glacé et celui qui fut une superstar chez nos amis Allemands, le mutique Terence Hill, ivre de vengeance. Ca va défourailler et jamais notre coin n’aura mieux porté son nom car voici un dvd pour trois balles et quelques rafales de plus.

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Westworld

In a nutshell: And what if the Terminator was bald and more of a cow-boy than a biker with sunglasses … it’d be great, says Mlle L., and maybe even more interesting than James Cameron’s classic. Fans of the late Michael Crichton and Yul Brynner please proceed to the 3 buck dvd corner.

En résumé : Yul Brynner veut vous faire la peau, enfin celle des héros, et le premier des six films (+un téléfilm) réalisés par Michael Crichton (oui, celui de Jurassic Park et Urgences) enthousiasme Mlle L. Modeste et percutant, Westworld étonne.

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Little Rita nel West

In a nutshell: Little Rita is in the West, Mlle L. back into her 3 Buck DVD corner, it all makes sense. She dug us a musical  spaghetti western, enjoy!

En résumé : Et, dis-moi Mlle L., est-ce que ça existe un western spaghetti musical avec Terence Hill? Mais oui, jeune lectrice de blog (lecteur? cette coupe te rend aussi androgyne que la mignonne Rita Pavone), viens le découvrir par ici, je te ferai même découvrir le monde merveilleux de la 5, oui, celle de Berlusconi. Alors, qui dit merci?

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