In a nutshell: Mlle Clara, our own and favorite post 1968 French “intello”, was the perfect reviewer for Julie Delpy’s latest opus, a follow up to the rather whimsical and charming 2 Days in Paris. Imprevious to bawdiness and amused by the numerous clichés on French and American, Mlle Clara rather liked this flick. Will you too ?
Julie Delpy impressionne par sa productivité ces trois dernières années : 2009, La Comtesse, 2011, Le Skylab, 2012, Two days in New York ! Celle qui avait débuté adolescente comme actrice de films d’auteurs (Godard, Tavernier, Carax…) mettant en valeur sa fameuse beauté médiévale (ou botticellienne si l’on veut), puis qu’on avait vu chez Kieslowski (Trois couleurs), avait donné d’elle au départ une image sophistiquée et arty. Quelques années plus tard, deux films (Before Sunrise et Before sunset) dont elle était interprète principale, mais aussi scénariste – comme si s’exprimait déjà la nécessité d’être maîtresse du jeu, de ne pas attendre le bon vouloir des réalisateurs – ne contredisaient pas cette persona de jeune femme en fleur délicate, un brin intello parisienne.
C’est donc avec le premier long-métrage que Julie Delpy a écrit et réalisé que l’actrice nous a surpris. Dans Two days in Paris, nous avons en effet découvert sa tribu, une famille de post-soixanthuitards totalement déjantés, rabelaisiens, souvent hystériques et apparemment incontrôlables. Julie Delpy, dans un film comme semi-autobiographique, s’y dépeint faisant partie intégrante de cette famille encombrante mais joyeuse, pleine de vie et d’énergie.
Le ressort du premier volet de ce qui deviendra avec Two days in New York un diptyque, est le choc des cultures entre les Français et les Américains – ou plutôt un Américain venu à Paris en compagnie de sa fiancée, incarnée par la réalisatrice elle-même. Le pauvre yankee découvre effaré les mœurs de la famille Delpy qui parle de sexe crûment à tout bout de champ et engloutit des nourritures étranges pour un Américain. Il prenait également conscience des errances sentimentales de sa blonde dulcinée qui passait son temps à croiser à tous les coins de rue parisiens ses ex innombrables, comme si la belle lui avait dissimulé une vie passée scandaleuse de don juane.
Le film était frais, libre dans sa forme et son propos. Les parents de Julie Delpy, acteurs de théâtre, y jouaient leurs propres rôles et leur outrance était hilarante. Certains critiques ont parlé de ton woody-allénien, et en effet, dans sa façon de se filmer dans tous ses états, même les moins reluisants, comme le centre d’une comédie humaine urbaine ne se prenant jamais trop au sérieux, Julie Delpy pouvait faire penser au New-yorkais névrosé. On se demandait avec une certaine impatience ce que le second opus donnerait, d’autant que l’actrice et réalisatrice a choisi précisément New York, et non Los Angeles où elle vit, pour camper son sequel.

- Vous prendrez bien un doigt de quelque chose?
- Euh, du whisky plutôt! (2 jours à NY, la cité de la peur)
Cette fois-ci, comme le titre le laisse présager, c’est la famille de Julie Delpy, alias Marion, qui débarque à New York pour rendre visite à leur fille et leur petit-fils. Marion est séparée du père de son fils et vit avec un animateur de radio, lui aussi séparé avec un enfant à charge. Ce nouveau boy-friend, Mingus, c’est l’acteur Chris Rock, très connu aux Etats-Unis, qui l’incarne. Mingus est issu d’une famille d’Afro-américains de la bourgeoisie de Park Slope et n’a pas grand-chose à voir avec le « black cool » des clichés. Il est sobre, mesuré, presque cérébral, hyper responsable. Son héros, d’ailleurs, c’est Barack Obama, avec lequel il entretient des conversations imaginaires dans son bureau. Ce n’est donc pas tant la volonté de déjouer les clichés qui semble avoir présidé à la création de ce personnage, que la prise en compte d’un modèle renouvelé du black américain, dont le parangon n’est autre que le président des Etats-Unis. Et en effet, nous sommes de nouveau dans une comédie qui joue sans cesse du choc des cultures et des stéréotypes nationaux dont Julie Delpy a l’air de se délecter.
Le père débarque (sans sa femme désormais décédée) en compagnie de la sœur toujours aussi nymphomane et borderline, qui n’a pas trouvé mieux que de venir avec son petit ami, un des ex de Marion. Or, dès leur arrivée à l’aéroport, la couleur est donnée : ils se font saisir les dizaines de saucissons et fromages qui puent dissimulées dans leurs manteaux. D’ailleurs, le père sent la saucisse et a une hygiène douteuse, comme le sont tous les Français, n’est-ce pas ? Il ne pense qu’à la bonne chère et tient des propos paillards, voire carrément ultra salaces. Avec l’affaire DSK, on se dit que l’image des Français comme pervers polymorphes impénitents ne s’est pas arrangée et le père Delpy correspond bien aux préjugés des Américains. Cependant le personnage est tendrement croquée par sa fille qui semble éprouver toutes les indulgences pour un père finalement davantage grand enfant irresponsable et naïf qu’autre chose. Le film déroule ainsi une série de situations mettant en exergue le caractère non policé, haut en couleur et parfois arrogant de cette famille française bigger than life, qui passe son temps à faire des bêtises, pour le plus grand désarroi de Mingus, très vite au bord de la crise de nerfs, et qui finit par se demander si sa compagne ne lui a pas caché jusque-là sa vraie nature de Française complètement dingue.
Le film se termine en happy end, comme il se devait, bouclant la boucle avec le petit théâtre de marionnettes que Marion-Delpy mettait en scène pour son enfant en préambule: les membres de la famille y sont les marionnettes que meut l’actrice-réalisatrice, commentant avec la distance du conte de fées les péripéties qu’ils ont vécues. Ce choix de mise en scène n’a pas manqué de nous faire penser au même procédé employé jadis par Jean Renoir dans La Chienne. Peut-être que l’on y pense aussi parce qu’on trouve chez la Française Julie Delpy, exilée aux Etats-Unis comme le fut en son temps le grand cinéaste auteur de La Règle du jeu, le même sens de la truculence et de la folie, une certaine générosité dans sa façon de filmer les acteurs en liberté.
Mais après un tel éloge (Renoir, ce n’est pas rien !), force nous est de reconnaître une légère déception face à ce Two days in New York. Peut-être que la surprise qui nous avait saisis dans le premier opus du diptyque s’est émoussée. Peut-être que la vision du Skylab qui avait largement portraituré la famille Delpy dans tous ses états (avec quelques longueurs) engendre un sentiment de redite. La réalisatrice doit prendre garde à ne pas user jusqu’à la corde cette source d’inspiration. Quoi qu’il en soit, nous recommandons cette comédie pour sa tendresse et son humour joliment mêlés ; et pour son actrice-réalisatrice dont l’énergie et l’auto-ironie sont réjouissantes et des plus sympathiques !


