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Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

In a nutshell: Our Mlle Clara sings the praise of the new version of Lisbeth Salander and explores with benevolence Fincher’s adaptation of the first volume of Stieg Larsson’s global hit Millenium. If you have never heard of it, you were officially living under a rock at the bottom of the ocean. But no worries, Mlle Clara will sort it out for you.

Je me souviens de ce moment où une amie, il y a quelques années, avant que tout le monde ne parle de la saga suédoise, m’avait glissé dans les mains le pavé d’Actes Sud en me certifiant qu’elle n’avait pu fermer l’œil de la nuit, tellement ce page turner était efficace. J’avais pu par la suite en vérifier les effets sur moi : rapidement, j’avais été absorbée par ce thriller très noir, à l’intrigue haletante, mêlant des thématiques fortes, politique, financière, historique, sociétale. Les scènes de poursuite ou de bagarres hyper visuelles avaient quelque chose d’évidemment cinématographique et tout se passait comme si un réalisateur n’avait qu’à se baisser pour prendre le roman sans en passer par la case écriture du scénario.

"Tu m'adaptes, p'tite tête!"

La plus grande réussite du roman, c’était certainement la création de ce personnage féminin qui est promis à devenir mythique (à la manière d’un Robin des bois ou d’un Faust ?) : la ténébreuse Lisbeth Salander. On tournait les pages de Millenium rien que pour savoir comment Lisbeth allait se sortir de toutes les situations les plus rocambolesques et terrifiantes qu’elle devait traverser. Personnage de jeune femme forte, à l’intelligence redoutable, hypermnésique, hackeuse de génie, à la fois poids plume et aux force physiques de mutante, asociale et cas social, bisexuelle, punk et capable de toutes les mutations physiques, Lisbeth Salander est l’héroïne parfaite des années 2000, incarnation d’un nouveau féminin tel que les féministes en ont rêvé.

Et c’est semble-t-il la même fascination qui a poussé David Fincher à adapter une nouvelle fois (puisqu’une version suédoise était déjà sortie il y a quelques années) Millenium.

Si on comprend à quel point l’univers de la trilogie de Stieg Larsson entrait en résonnance avec celui de l’auteur de Seven, Fight Club et Zodiac, on voit aussi que Fincher a trouvé dans le best-seller suédois une source pour renouveler son inspiration du côté du féminin, tant ses précédents films donnaient surtout la part belle aux personnages masculins.

Blomkvist : un verre et contre tous

Son film débute par un générique intrigant, plastiquement très travaillé, qui fait penser vaguement à ceux des James Bond pour le côté très graphique et la bande son, mais dans une version bien moins légère et beaucoup plus lugubre et crépusculaire. Des formes mouvantes s’agitent devant nos yeux dans un rythme très rapide, toutes enveloppées d’une sorte de gangue de pétrole, de vase noire – la boue du monde. C’est en effet de la lie de la société suédoise et européenne que Fincher (via Larsson) va nous parler : vieux nazis, grande bourgeoisie dégénérée, incestueuse et psychopathe, délinquants financiers internationaux, travailleurs sociaux pervers sexuels… Le tableau est accablant, voire sordide. Fincher comme à son habitude sait s’entourer de grands directeurs de la photo (Jeff Cronenweth, comme dans Fight Club) pour rendre palpable visuellement cette atmosphère déliquescente dans laquelle le héros, Mikael Blomkvist évolue.

Le grand reporter vedette de la revue « Millenium » est incarné comme on le sait par notre nouveau James Bond, j’ai nommé Daniel Craig (d’où peut-être d’ailleurs l’analogie que le spectateur fait dans le générique avec 007 ?). L’auteur de ces lignes n’a pas beaucoup de goût pour la nouvelle incarnation de l’espion britannique de sa Majesté, un peu trop sosie de Poutine, un peu trop silhouette simiesque. Mais Daniel Craig arrive à faire oublier assez vite sa lippe boudeuse dans le film de Fincher, et à donner de la chair à son personnage de reporter justicier de choc. Le couple qu’il forme avec Rooney Mara est très convaincant. Et tout aussi réussie est la rencontre charnelle au milieu du film entre la silhouette gracile et féline de Lisbeth et celle musculeuse et burinée de Mikael, surpris par l’initiative de la jeune femme à laquelle il ne s’attendait pas.

Les loisirs de Lisbeth Salander : lire les critiques de franglaisreview, surtout celles de Mlle Clara

Mais qui est cette Rooney Mara ?, se demande-t-on en voyant le film. On découvre que c’est elle qui faisait face à Jessie Eisenberg (alias Mark Zuckerberg) dans la première scène virevoltante de The Social network, ping-pong verbal virtuose entre le geek maladroit et la belle jeune femme qui le plaquera à l’issue de leur joute oratoire. C‘était donc elle ! La jeune fille au look d’étudiante sage de campus, métamorphosée ici en créature arachnéenne, tatouage de dragon sur le corps, piercing multiple sur le visage, regard fixe de traumatisée résiliente. On l’admire lorsqu’elle file à toute vitesse sur sa grosse moto pour courser le psychopathe qui vient d’essayer de tuer Mikael en lui faisant subir les pires tortures. Quelle allure folle lorsqu’elle pose pieds à terre et sort son gros calibre pour mettre le tortionnaire hors d’état de nuire. On est aussi baba devant le génie de l’informatique à qui rien ne semble impossible. On est fascinée par l’hypermnésique qui mémorise toutes les pages d’un dossier d’un seul coup d’œil. Rooney Mara rend crédible son personnage, à la fois frêle et bigger than life , par un jeu subtile, mais aussi une présence à l’écran impressionnante, magnétique, animale.

On ira donc voir les prochains opus de Millenium rien que pour suivre l’évolution de cette nouvelle actrice à l’étoffe de star.

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The Social Network

En résumé: Un film qui montre que le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, avait de l’audace à volonté quand il créait la source de 92% de la procrastination journalière mondiale .

David Fincher’s The Social Network dramatises the birth of the Internet Goliath Facebook, taking a thorough rummage through its creator Mark Zuckerberg’s dirty laundry. It begins with Harvard computer skillster Zuckerberg (Jesse Eisenberg) getting dumped for epic levels of arrogance by the Boston College girl he’s dating, Erica (Rooney Mara). This is depicted as a big narcissistic blow that propels him into spiteful retaliation. Having stomped home to disparage her ancestry on his blog, he creates ‘Facemash’ to take his mind of things, hacking into Harvard college databases to extract the photographs of its female students. So many Harvard users log in to rate the women that the local network collapses, and Zuckerberg gains overnight notoriety.

He’s in lots of trouble with the university authorities, but also catches the attention of the moneyed sports-god Winklevoss twins, who think Zuckerberg can be used as a technical hack for their lucrative social networking idea. For Zuckerberg, their advances start looking like a promising route into the gilded fraternity circuits that are usually permanently gated to ‘nobodies’ like him. Unfortunately for the twins, Zuckerberg takes the idea and runs with it himself, fobbing them off until they’re too late to prevent him from launching the beginnings of the Facebook we now know and procrastinate on. Zuckerberg gets financial backing for the server costs for the website by his good friend and, now, business partner Eduardo (Andrew Garfield). A small team comes together, taking over Harvard’s online world, having an excellent time with pizzas and programming, and rapidly expanding into other Ivy League networks such as Stanford and Cornell.

Did you say a billion dollars?

‘The Facebook’ as it’s then known attracts the attention of the maverick Napster founder Sean Parker (Justin Timberlake) who bonds flashily with Zuckerberg, women and expensive booze flowing in his wake. He smoothly suggests that a much better name for the site would be just ‘Facebook’ (kerching). He chides Zuckerberg for his paltry ambitions: “you know what’s really cool? A billion dollars”… Eduardo’s understandably jealous, and is wiped completely off the map over the summer when Zuckerberg and his team decamp to Silicon Valley for the vacation, as he stays back to do an internship in New York. Turning up several weeks too late, he finds himself almost completely out of the picture, angrily cutting off the project’s finances. When Sean Parker saves the day by brokering a massive deal with some big financial backers, Eduardo is left out of the cold, conned into signing himself into an insultingly slight share of the future business.

Court cases fly everywhere. The twins sue, Eduardo sues, Harvard growls. Much of the film is narrated through the testimonials given during the bitter court cases, and the whole thing seeped in acrimony and skulduggery. The Social Network is still far less grippingly fire and brimstone than other Fincher productions such as Fight Club, almost TV-showish at times. The actors put in very strong performances however. Timberlake is well cast as a savvy and vaguely greasy entrepreneur, Garfield as Eduardo is superb quavering in wounded indignation. Jesse Eisenberg is excellent: at least in his role of Zuckerberg as an arrogant, socially inept, vaguely brilliant opportunity surfer. Zadie Smith has argued, convincingly to my mind, that Zuckerberg was miscast in the film: he’s played as a decadent Roman archetype, seduced by power and pleasure, recklessly unconcerned for consequence. In true life, it seems more plausible that Zuckerberg’s more your ancient Greek archetype: inscrutable, lofty, cooly otherworldly– but not sleazy and revoltingly corrupted to the hilt. Fincher’s seemingly determined to put Zuckerberg’s insecurity with women at the heart of his drama. This explanatory thesis for what makes the programmer tick makes for a very taut storyline, which is all to its strength as a film, but is perhaps unfair to Zuckerberg himself, who knows. It’s worth a watch for a couple of hours speculating on the shadowy figure behind the ubiquitous ‘blue F’ website.

In a nutshell : Sorkin and Fincher explore how power leads to loneliness through efficient filmmaking and electric dialogues, but do they care about Facebook or the impact of Internet on our lives … not quite.

Sauf si vous vous êtes absentés les quinze dernières années vous avez dû noter qu’Internet a pris une place prépondérante dans notre vie quotidienne et si vous lisez cette critique la probabilité est importante que vous ayez eu vent de la parution de ces quelques mots par Facebook. Outil intéressant Facebook, même si on peut y être rétif, retrouver quelques signes de la vie quotidienne de ses contacts, surtout les lointains, et partager images, anecdotes ou nouvelles sur son forum personnel a un attrait. Il est logique que Mark Zuckerberg, le fondateur de ce mélange entre boîte courriel, trombinoscope et groupe de discussion, ait eu du succès. Il est remarquable que son succès se compte en milliards de dollars. Il est évident que d’aussi énormes dividendes lui amènent quelques avanies, mais aussi, comme souvent, que derrière ce genre de grandes réussites se cache un (ou plusieurs) grand crime.

David Fincher a perçu dans cette success story, un aspect suffisamment emblématique pour s’en saisir et construire l’intéressant portrait d’un jeune homme torturé et égocentrique. Cinéaste de l’obsession et du contrôle, il joue sur l’idée qu’un amour malheureux est le moteur secret qui poussa le peu populaire Zuckerberg à développer un outil qui le ferait être aimé, ou à défaut, le ferait être craint. Une philosophie qui rappelle les leçons de Machiavel, penseur apprécié du scénariste de The Social Network.

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Andrew Sorkin dont la fascination pour le pouvoir et les répliques cinglantes ont fait la réputation (le créateur de West Wing, c’est lui) s’est attaché à décortiquer les rapports vipérins entre Zuckerberg et ses camarades lors de l’établissement de Facebook. Il réussit un tour de force scénaristique car il présente trois versions simultanées de la même histoire, celle de Zuckerberg, celle de son ancien meilleur ami et celle de ses premiers partenaires/concurrents, qui estimèrent que l’idée de Facebook leur avait été volée. L’architecture de son histoire est si forte qu’elle impose une forme de leçon sur l’hubris et la corruption du pouvoir, ainsi que son corollaire qu’est la solitude.

Cette puissance amène the Social Network a être meilleur que le boursouflé Benjamin Button mais Fincher ne réussit pas à transformer pleinement l’essai. En effet, le réalisateur ne démontre pas un intérêt énorme à ce que Facebook (ou Internet) signifie et quel serait son impact, ni scénaristiquement, ni ce qui est plus ennuyeux, visuellement. La mise en image est efficace mais n’est ni aussi magistrale ni aussi inspirante que dans ses œuvres précédentes (Fight Club, Zodiac …). On perçoit un intérêt pour Michael Mann mais les plans de boîtes de nuit font plus penser à une série américaine de bonne facture qu’à une vision artistique affirmée. Surtout rien ne définit vraiment ni Zuckerberg, ni son produit.

Contacts ou amis? Clones ou clowns?

Le personnage du fondateur de Facebook n’est en rien rendu fascinant et lui, comme les hommes qui l’entourent manquent de profondeur (je ne parlerai pas des personnages féminins, d’ailleurs Fincher ne le fait pas non plus). Celui qui s’en sort le mieux reste J. Timberlake, parce que son personnage, le créateur de Napster, est nourri de ce qu’il est, de l’idée que l’on peut avoir de lui en tant que chanteur et vedette. Mais que penser d’Eduardo (Garfield), meilleur ami de Zuckerberg, gentil garçon trahi, des jumeaux Winklevoss, athlètes et enfants gâtés caricaturaux, ou même de Zuckerberg (Jesse Eisenberg), à la limite de l’autisme ? On ne se rend pas compte de ce qui peut faire leur singularité, ou les rendre mémorables.

Fincher est loin du documentaire,  mais n’arrive pas à créer une légende. « Zuck » n’est simplement pas assez intéressant. Et peut-être est-ce le signe de notre époque, celui de la banalité désabusée ou cruelle. Une époque où est glorifié un instrument de procrastination et de paresseux divertissement et où son créateur, un artisan et homme d’affaire habile est élu « génie ». Peut-être aussi le monde froid et solitaire décrit par Fincher n’est pas celui lié aux hauteurs du pouvoir mais plutôt celui de nos sociétés où l’on confond « contacts » et « amis », prendre soin et s’intéresser à eux avec un léger mais persistant voyeurisme.

Et si, plutôt que de continuer à surfer sur la toile, nous allions au cinéma ou prendre un verre ?

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