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True Grit

En résumé : Un beau western, simple et puissant, mélancolique et âpre qui tente de prouver l’inanité destructrice de toute vengeance. Les frères Coen ne révolutionne en rien le genre mais en proposent une interprétation plaisante.

The young Mattie (Hailee Steinfeld) lost her dad, killed by a coward and scoundrel, the sociopath Tom Chaney (Josh Brolin). She wants justice and revenge. Since the sheriff can’t go after Chaney, who hides in Indian territories, some sorts of contemporary limboes,  as a brave Calvinist teenager she swears to bring him back to Fort Smith, dead or alive. She hires a marshall, the murky Cogburn (a superb Jeff Bridges), who seems to know both sides of the law.  They are joined on the trail by Texas Ranger LaBoeuf (Matt Damon), who has been hunting Chaney for a while after he murdered a Texan senator and his dog.

The pen might be stronger than the sword, but what about the colt?

Joel and Ethan Coen seem to have a new tick, the illustration of a holy text. Taking the first half of Proverbs 28:1, “The wicked flee though no one pursues”, they demonstrate in the following 110 minutes, how true these words are and how destructive it becomes to pursue in hate and anger someone already doomed. “Shouldn’t we bury them, we promised” asks Mattie when she and the two bounty hunters leave an absurd battlefield. “Ground’s too hard. Them men wanted a decent burial, they should have got themselves killed in Summer.” answers her black knight, Rooster Cogburn. Sacrifices will have to be made, as Mattie states quite eloquently: “You must pay for everything in this world, one way and another. There is nothing free except the grace of God”.

Using extremely well the rules of the new western (think Unforgiven), the Coens bridge the gap between the fans of Leone and of Wayne and Ford. They also show how much literature is now central in their artistic development. Very mature in their adaptation, we can see in beautifuf shots of Texas and New Mexico, how a child becomes an adult, how an old man finds his soul again, how eventually empty revenge and violence can be. But the Coen brothers wouldn’t be who they are without a deep sense of irony and a keen eye for stupidity. The pretentious Texas Ranger, extremely well played by a pipe smoking and mustachioed Matt Damon, follows the path of righteous and well meaning idiots whose existence amused and irritated the brothers since their start as moviemakers.

Do you enjoy fashion? In Texas, among the Rangers, beige is the new black.

The result is a very decent movie with marvelous images and a stellar cast, but the mixing of Coenian sarcasm with classical tragedy doesn’t work as fully as they hoped. The underlying irony destroys most of the pathos of the story, while the humour prevents strong emotions to settle in. It is hence a pleasant ride with Rooster “one eye” Cogburn and stubborn Mattie Ross but not an indispensable one. Then again, what is nowadays?

In a nutshell: Miss J. went out in the countryside, in the West, for a few days, not unlike Hailee Steinfeld in the new Coen brothers’ western but for less vengeful reasons. Mlle L. is kindly holding the critique fort, waiting for her return. She is slightly unimpressed by True Grit.

Le tout dernier film des frères Coen est un western (aaah!), avec Jeff Bridges (ouéééé!), Matt Damon (cool), Josh Brolin (double ouééé!) et c’est même un remake d’un vieux et très bon John Wayne (même titre, 1969). Super youpi, me dis-je il y a quelques longues semaines en bravant la neige et en prenant mon bus pour Pittsburgh et le seul cinéma décent de ma région déshéritée.

Résumé rapide de l’histoire : une jeune fille de 14 ans qui “a du cran” (Hailee Steinfeld) engage le très détestable marshall Cogburn (Bridges), qui lui aussi “a du cran”, pour traquer le meurtrier de son père; elle va l’escorter de gré ou de force dans cette rude aventure qui n’est vraiment pas de son âge.

Bon, ben… C’est pas que ça ne valait pas les 6 dollars 50 ou les trois heures de trajet aller-retour, mais me voilà sortant du cinéma un peu déçue, un peu raplapla, sans trop savoir pour quelle exacte raison je ne suis pas extatique et haletante comme je l’avais été après No Country for Old Men, dont j’étais sortie avec une seule envie, celle de retourner voir le film aussi vite que possible. Là, je ne suis pas transportée par ce que je viens de voir, pour être honnête. J’ai eu la nuit pour y réfléchir, et je crois avoir enfin compris pourquoi.

Pas transportée ? Jeff Bridges en est tout effondré.

Les images sont belles, ce qui est normal pour un film des frères Coen. Un tout petit regret pour l’utilisation imparfaite du numérique dans la reconstitution des arrière-plans de la petite ville de l’Ouest à la descente du train, mais enfin c’est du pinaillage.

Les dialogues sont parfaits.

Matt Damon est tout à fait excellent dans le rôle du Texas Ranger Laboeuf, et en plus il est fort sexy avec sa moustache, ses cheveux longs et sa belle veste, ce qui est naturellement bien agréable. Je me réserve un paragraphe spécial pour le brillantissime Josh Brolin un peu plus loin. Les “rôles de complément” sont tous meilleurs les uns que les autres.

MAIS…

Mais ... ?

Déjà, le film s’ouvre sur une narration en voix-off qui m’a immédiatement rappelé, et ce n’était pas pour me plaire, l’ouverture de Titanic (aïe). Mais j’étais peut-être de mauvais poil sans le savoir, faisons donc abstraction. Hailee Steinfeld, petite fille moche, butée et avec un gros complexe Antigone type “la justice-je réclame la justice-tout ça-tout ça-la justice” est bien; Jeff Bridges est cracra à souhait, bon. Deux tiers du film se déroulent sous vos yeux et franchement, c’est bien mais pas transcendant. Plusieurs moments très bons, cinglés ou terribles, mais grosso modo on regarde un film au lieu d’être terrorisé, furieux ou désespéré avec les personnages… Là, je me suis juste sentie assise dans une salle de cinéma, devant un bon western, ouais, sympa.

Sauf que c’est un film des frères Cohen avec Jeff Bridges! Que se passe-t-il donc?! Tout d’abord, la faute en incombe un peu à Jeff Bridges (si si) : il s’amuse beaucoup, mais à force de s’amuser il cesse à plusieurs reprises d’être le personnage, pour devenir juste un acteur en train de jouer – de bien jouer, mais malgré tout en train de jouer. Ce qui naturellement vous déconnecte du film et vous replace dans la salle de cinéma, à regarder un truc sur l’écran, au lieu d’être en pleine traque désespérée avec les autres personnages.

J’avais trouvé que Crazy Heart était une (bonne) version micro-ondes de The Wrestler. Dans l’oeuvre des frères Coen, True Grit est une version micro-ondes de No Country for Old Men, alors que je m’attendais à mieux que du Bocuse dans mon assiette.

Et nous en arrivons au lynchage de ce qui se révèle être le principal coupable de cette sensation générale de “je suis pas dans l’ambiance, là, il faudrait pas grand chose pour que je finisse par être agacée, même”.

Steinfeld se prépare à la douche froide.

Hailee Steinfeld. Il m’a fallu la nuit pour finir par comprendre. Cette petite est très bien, très bien vraiment. Elle tient le rôle d’une enfant de 14 ans pleine de hargne, hargne camouflée sous l’éducation stricte et calviniste mais pourtant bien là, une petite fille qui ne recule devant aucun cauchemar pour obtenir la pendaison d’un homme, se sortant d’affaires qui devraient lui être totalement étrangères, de la capture d’un meurtrier au commerce des chevaux, mieux que beaucoup d’adultes, devenant plus décidée et plus féroce que son défunt père parce qu’elle n’a manifestement personne d’autre pour régler les comptes (de toutes natures) – la petite fille évoque, encore une fois très “calvinistement”, une mère totalement paumée et débordée par la situation en général et par les deux lardons supplémentaires dont elle s’occupe. Ce rôle devrait vous passer les boyaux à la moulinette. J’ai pensé à Angelina Jolie dans L’Echange de Eastwood : rien à secouer des malheurs en série de cette gonzesse, qui d’après les bandes annonces allait passer les deux heures et demie du film à chialer très fort. J’étais ressortie de L’Echange épuisée-traumatisée, Angelina Jolie (et Eastwood) ayant réussi à me mettre dans un état où tout ce à quoi j’avais assisté pendant le film m’était arrivé à moi personnellement.

Ce n’est pas le cas avec Hailee Steinfeld et les Coen.

Hailee Steinfeld dit admirablement bien son texte.

Et c’est tout.

Personnage central, elle est à l’écran quasi constamment, et c’est elle qui fait que vous n’entrez jamais vraiment dans le film : en disant admirablement bien son texte, elle vous rappelle en fait en permanence que vous êtes dans une salle de cinéma à regarder des gens en train de faire semblant.

Attention, quelqu'un pourrait bien ne jamais s'en relever ...

Le dernier tiers du film sauve heureusement la mise; dès l’instant où Josh Brolin apparaît (il s’agit ici strictement d’un repère temporel, le rôle de Brolin étant en fait assez minime, mais quand même, je suis navrée, pour moi ça en fait le sauveur absolu du film tout entier), tout se met en place. Vous êtes en plein dedans. Vous avez peur. Vous ne savez pas comment ça va finir, qui va mourir et qui va s’en sortir et comment. C’est enfin bien.

Vous passez même l’éponge sur une énoooorme invraissemblance scénaristique – pour ne pas vendre la mèche et vous ruiner la séquence, je poserai juste la question suivante : “Comment s’est-il dégagé, le Jeff Bridges, et comment a-t-il réussi à escalader la montagne?” Mais bon, à la limite on s’en fiche, tout content qu’on est d’être ENFIN dans le film et plus assis dans la salle à attendre l’heure du goûter. La course finale à cheval puis à pied est très forte, Bridges vous donnant enfin à voir ce que son personnage est réellement, cinglé, fou furieux, buté, quand il faut y aller il faut y aller quoi qu’il en coûte.

Le générique de fin vous apprend que le producteur exécutif de ce film s’appelle Steven Spielberg. C’est pas gentil de dire ça, mais ça ne me surprend pas. Si vous n’avez rien de spécial à faire, si vous avez une carte UGC illimitée, allez donc à True Grit, la fin rachète le début, c’est un bon film. Mais gardez en mémoire que ce que vous allez voir n’est rien de plus qu’un bon film, sans quoi vos attentes vous feront sortir de la salle déçu – et un peu fâché.

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A serious man

In a nutshell : Larry Gopnick has it tough, and it won’t become easier, but what do you expect from the Coen brothers ? Depressingly and bitterly  funny.

Les frères Coen sont de retour et fidèles à leurs habitudes anciennes, comme leur obsession pour les objets ronds, par exemple un très bel écouteur ivoire, ou nouvelles comme les fins extrêmement, voire trop abruptes, à l’instar de No country for old men. Le film qu’ils proposent est donc une fable cruelle et ironique, dont l’originalité est qu’elle paraît plus autobiographique et moins axée sur la bêtise de leurs contemporains que leurs œuvres précédentes. Le film s’articule autour de deux idées fortes, la première est une citation de Rachi placée en prolégomène à l’action, « reçois avec simplicité tout ce qui t’arrive », la seconde est illustrée par un prologue polonais, durant lequel il est démontré qu’on finit toujours par payer cher une bonne action (no good deed goes unpunished).

On suit alors les malheurs de Larry Gopnick (touchant Michael Stuhlbarg) frappés par une succession incroyable de petites et grandes crises qui viendraient à bout des plus optimistes. Cet amoncellement brillamment mis en scène mène le spectateur à hésiter entre l’hilarité franche et la mélancolie et l’angoisse la plus profonde devant l’injustice évidente qui frappe ce gentil professeur, qui ne souhaite rien de plus que d’être un homme « sérieux », un homme digne, un homme bien. Ecartelé entre les désagréments les plus irritants (l’amant de votre femme veut être votre ami) et les tentations antonines les plus perverses, Larry tentera de trouver de l’aide mais comme la dernière image le démontre ni le ciel, ni ses truchements, trois rabbins spectaculairement inutiles, ne pourront l’aider à combler son profond effroi existentiel.

Le film, par son arythmie, l’impeccable qualité de sa distribution, et l’habituelle maîtrise de la réalisation et du montage emporte l’adhésion malgré un scénario qui pourra paraître parfois décousu, ou du moins plus attentiste et amère que les productions antérieures des deux frères. En effet A serious man, tout comme le Livre de Job ou le principe de décohérence mis en évidence par le chat de Schrödinger, peut laisser perplexe, pourquoi tant de tortures ? Mais c’est cette superposition d’états qui donne au film tout son intérêt, sa drôlerie et son sérieux. Les frères Coen offre pour une fois une sorte de méditation philosophique sur l’époque et le passé. Choisir en ces temps de crise et de remise en cause du modèle capitaliste états-uniens, une famille juive de la classe moyenne, au printemps 1967, donne à réfléchir sur l’idée de paradis perdu (Les Etats-Unis des années 1950 et 1960) et sur les valeurs à défendre et protéger. Parfois, on ne peut mieux qu’écouter le groupe psychédélique Jefferson Airplane : Somebody to Love. Alors à vos écouteurs, ivoires ou non, et à vos écrans les plus proches.

En résumé : Un brillant film à l’humour cruel et noir des frères Coen qui démontre que ni la sagesse des rabbins, ni la gentillesse à l’égard de votre femme ne réussira à vous sauver, ou même à vous aider.

Franglaisreview made an eager dash for the first night of the new Coen brothers movie, A Serious Man. As far as their most recent productions go, No Country For Old Men had left me almost completely cold, if thoroughly disturbed by the po-faced dude with the air compressor/lethal termination gadget, but Burn After Reading struck me as so funny I started to wonder if I was going to be alright or if I’d laugh myself to the point of collapse. What I most liked about Burn After Reading was its deadpan yet manic absurdism, a vital ingredient that’s alive and well in A Serious Man, even if here it’s in a more muted, melancholic and overtly philosophical register. The film throws you for a loop from the word go though, to the point I was almost wondering whether it was the right film (although I knew rationally it was, there’d been hundreds of us queuing down the soggy pavement of the rue du Faubourg Saint Antoine to get in to see it).

All of the actors in this delicately brutal tale are superb. Set in 1960s Midwest suburbia, Michael Stuhlbarg plays Larry Gopnik, a morally upstanding and slightly meek tenure-track mathematics professor, who has a glassy-eyed, less-than-loyal wife Judith (Sari Lennick), two self-absorbed and largely indifferent children, Danny and Sarah (Aaron Wolff, Jessica McManus), and a deadweight, apparently schizo-affective brother Arthur (especially brilliantly played by Richard Kind). Fred Melamed meanwhile plays the superbly honey-dripping slimeball Sy Ableman, major lynchpin to his downfall. With a relentlessness that makes your stomach sink, and the deadening monotony a dripping tap, Larry’s life starts to unravel thanks to the machinations of those around him, channelled through the Coen brother’s razor-sharp eye for delivering imaginatively diverse kicks in the stomach to their hapless protagonist.

As Monsieur D has already pointed out, Larry’s situation really is one of a modern-day Job, but without any deliverance from God at the end, just the most comically unhelpful theological interjections ever from a series of miscellaneously useless rabbis. Think carefully about going to watch A Serious Man if you’re already feeling fragile, cynical or overwrought about life in general. But do go if surgically precise absurdist black humour is your kind of thing – on that level, it’s an absolute humdinger. It’s also a film to savour after the event as it’s so packed full of masterfully constructed, deliciously awful vignettes, observations and outrageous indignities that you can dine out on them for hours afterwards, even as you shake your head in shellshock at how warped it all gets. I don’t have the time, but I’d be tempted to go back again just for an action replay of some of the most memorable scenes, even if the film does end so abruptly you feel rather as though you’ve been kicked out onto the street.

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