In a nutshell: Adrien Brody shines as a melancholic teacher facing another lost generation. Tony Kaye explores the world of education in a rather powerful yet simplistic fashion. We witness his hesitations between sensationalism and depth. The former prevails but the latter offers precious moments of grace.
Pour les prophètes de malheur, le naufrage moral d’une société se distingue le plus souvent par la manière dont se comportent les plus jeunes générations. Inquiet, le réalisateur et documentariste Tony Kaye se concentre sur le malaise enseignant dans un lycée encore coquet de la banlieue de New York, où les règles de civilité disparaissent, où les adolescents, en désespérance ou en colère, manquent de repères, où les parents sont absents et les professeurs épuisés et, à force, démissionnaires. Remplaçant professionnel, Henri Barthes (Adrien Brody, très bien) s’y retrouve un mois durant et se heurte à l’indifférence et à la hargne de cette jeunesse en déréliction.
Structuré en une suite de courtes scènes exposant ce croupissement de tristesse noire et le dévouement d’un corps professoral dépassé, le film ressemble à un catalogue, un état des lieux pessimiste et provocant sur l’abandon d’une volonté commune d’éducation et d’instruction. La dénonciation de Kaye est celle d’une société toujours plus orwellienne où le manque de discernement et d’intérêt des parents laissent la communauté locale et nationale en déshérence puisque les enfants ne sont plus guidés, mais, à le suivre, victimisés – quand ils devraient être punis – et sinon ignorés. Que ce soit en faisant face à l’énervement d’un jeune homme dans l’une de ses classes (voir extrait ci-dessous), que ce soit en s’occupant d’une prostituée mineure à la dérive (Sami Gayle), que ce soit en tentant d’orienter une élève mal dans sa peau tombée amoureuse de lui (Betty Kaye), ou de punir un adolescent assassin de chats, Barthes se heurtent à la violence et l’indifférence de notre monde contemporain, ainsi qu’à ses propres limites.
Par le choix de l’empilement, de la collation aussi complète que possible de tous les signes (par Barthes … sic.) augurant le naufrage, Tony Kaye gagne en systématisme mais perd en profondeur. Il cède paradoxalement au monde qu’il condamne proposant un long clip et une multitude d’émotions, plutôt que d’offrir une piste d’envol à l’imagination ou à la réflexion de ses spectateurs. L’explication de chacune de ses saynètes au travers des monologues face caméra d’Adrien Brody sont au mieux redondants et l’on peut regretter le manque de subtilité, parfois de discernement dans les exemples sélectionnés par le réalisateur. La décision de choisir sa fille (par ailleurs convaincante) dans le rôle de l’élève incomprise par ses parents et attirée par son prof est également discutable, ou du moins peut amener à ressentir parfois un léger malaise.
Mais en dépit de ses faiblesses, le film convainc, par la qualité de sa distribution. Les acteurs adultes, en particulier Brody bien sûr mais également James Caan et Marcia Gay Harden, étincellent dans leurs rôles et permettent d’échapper de justesse au pompeux ou à l’édifiant. La qualité de la cinématographie et de la mise en scène offrent aussi quelques moments de grâce et de nombreux instants de grande beauté. Enfin, l’implication de tous, le refus de la guimauve ou de faire de la violence scolaire un spectacle, et la mise en avant de l’implication et du soin que mettent les enseignants à transmettre et guider séduisent et font finalement de ce film sombre, âpre et triste un moment de cinéma précieux et juste.
En résumé : Un film qui montre que pour enseigner, il faut du courage. Je m’en doutais déjà, mais bon…
Tony Kaye’s Detachment provides a vivid, if at times overwrought, insight into the world of teaching. How do you cope as a teacher when your classroom resembles more of a war zone than a place of learning? What if your students spit in your face, or threaten to have their mafioso friends gang rape you? Is there even a point in trying to deliver a class when it’s got this difficult? And how do you protect vulnerable students in the class from the bullies? And what to do if when you hold a parents’ evening, nobody shows up: where are the parents?
These are depressing, if important questions, to which substitute English teacher Tom Kaye (Adrien Brody)’s approach seems to be a good dose of existentialism. The film begins with a quote from Camus: “Jamais je n’ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde” – “Never before have I felt so detached from myself and so present in the world”. In his state of profound detachment, Kaye chooses to move from school to school, spending a few months at most in any given school in some of New York’s toughest boroughs. The film begins as he arrives for his latest assignment; he meets the worn-down principal, and encounters teachers who range from nervous breakdown to teeth gritting stoicism, to ‘happy’ pill-popping.
The film may deal with teaching problem kids, but it’s no feel-good Dangerous Minds. There’s little focus on classroom management: we see Kaye telling the kids in his class that his only rule is that if they don’t want to be there, they shouldn’t come, and we see a kid threatening him with violence, but the rest is left rather blank. The focus is on how Kaye confronts his own extreme detachment, and gradually begins to make some disjointed connections with others, which eventually leads to him agreeing to reassess his stance, in extremis. Ultimately though it all feels like a bleak exploration of a thoroughly broken system, filled with callousness and disconnect, with splashes of humanity.


