In a nutshell:Mlle L.’s new style is wearing a woolly hat and smoking a pipe, she then insists on presenting movies in which her tastes for clothing find a match … After her defense of Guy Ritchie’s horrible wreck of an adaptation – think of a dull Mission Impossible in the 19th century – she proposes Christopher Lee instead of Robert Downey Jr. to fill in the shoes of the great Sherlock Holmes. May Conan Doyle rest in peace (pieces?).
En résumé : Un film en noir et blanc hésitant entre la série B et la série carrément Z ? Aucun doute, Mlle L. réinvestit son 3 Buck DVD Corner et après avoir (bizarrement) porté aux nues le très médiocre (et c’est rien de le dire) Captain Europa contre l’infâme Moriarty (ou un truc du genre) du pompier Ritchie, elle propose une adaptation plus classique de Sherlock Holmes. Ou pas. C’est à vous de voir par ici.
In a nutshell:Mlle L. is now in New Zealand and she found the close to perfect movie theatre. In it, she had the immense joy of watching an entertaining popcorn movie, which has not so much to do with Sherlock Holmes, but a lot with a fun time. To enjoy with a slice of your favorite quiche.
Depuis la Nouvelle Zélande, où poussent conjointement le rigolo kiwi poilu, les arbres bizarres et les insupportables films, pleins d’effets numériques qui me collent la migraine, du fatiguant Peter Jackson, voici la critique de Sherlock Holmes, a game of shadows – laudative je vous le dis d’avance, car les conditions de visionnage ayant été absolument délicieuses, les qualités intrinsèques du film me sont apparues décuplées.
Et pourtant je suis en règle générale hostile d’avance aux suites – pièges à nigauds et réchauffage fadasse d’un succès passé; je suis également, et par nature, irrémédiablement hostile à Jude Law, qui m’agace, m’agace, m’agace, sans raisons car il est plutôt bon, cet acteur, c’est du délit de faciès, je l’admets mais ça ne change rien, Jude Law, il m’agace, voilà.
Bien. Et puis il y eut ma découverte récente et accablante que Robert Downey Junior, à qui, du fait de la qualité de son jeu d’acteur, je prêtais a priori un intellect supérieur et une culture exquise, la découverte, donc, que Robert Downey Junior s’avère en fait être un gros simplet, comme malheureusement tant d’excellents acteurs. Et puis sans blague, je ne suis pas non plus fan de Guy Ritchie, faut pas me prendre pour une quiche plus que de raison.
Après la lecture de ces lignes sévères, Jude est agacé et Robert a commandé une collation.
Alors autant vous dire que les Nouvelles aventures de Sherlock Holmes, je n’y allais pas en me disant que ce serait le film de l’année 2012.
Et en fait… La chose est séduisante par bien des aspects, tant il devient rare de tomber de nos jours sur des grandes productions vraiment réussies.
Certes, le cinéma lui-même était absolument délicieux, rococo rétro et hallucinamment confortable, avec un café luxueux et une sélection de nourritures que je n’hésiterai pas à qualifier de célestes. Des fauteuils énormes, un écran neuf, pas de pubs (relisez: PAS DE PUBS), le prix des billets très abordable et le son à un volume raisonnable, c’est à dire pas hurlant de toutes ses baffles pour couvrir le raffut ahurissant de post-ados accros à leurs iphones à la con en fond de salle. Un délice total. Ce cinéma s’appelle l’Empire Island Bay, et si un jour vous passez par Wellington, Nouvelle Zélande, allez-y, et prenez une tarte salée à leur café.
Un cinéma qui ne vous prend pas pour une quiche et vous offre de délicieuses tartes salées (ainsi qu'à Robert).
Donc l’expérience fut grandement améliorée. Reste que cette resucée Sherlockienne est en elle-même porteuse d’indéniables qualités, telles qu’un scénario qui, s’il ressemble à celui du premier volet dans les libertés prises vis-à-vis des personnages originaux, se révèle distrayant, surprenant de crédibilité (surtout comparé aux errements de Jonah Hex, rappelez vous, Malkovitch manufacturant de la destruction massive et me donnant envie de faire de même…) et efficace dans son habile dosage “surprises totalement inattendues / confortable routine prévisible”. Un équilibre difficile à achever, et pourtant atteint ici, je ne vous dirai rien de plus pour ne pas vendre la mèche, mais les personnages s’en prennent plein le nez, et certains se font même rayer de la carte sans ménagement. Hehehe.
Les images sont fort plaisantes, l’usage du numérique devient de plus en plus raisonnable, et mieux incorporé au reste du film que dans le volet précédent: ici les décors “tournés sur fond vert” se font habilement oublier, les plus extravagants, au lieu de vous jeter leur insupportable milliard de pixels à la face, ne rappelant au pire que les “matte paintings” des grandes décennies du cinema. Effort que j’apprécie au delà de toute expression. Ici, la débauche financière paie, et même se justifie, tant il est visible à l’écran que presque chaque dollar a été investi dans le concret au lieu de partir dans le vortex magique de Hollywood, où pour 30 millions de dollars vous obtenez en général une daube qui peinerait à justifier un budget total de 6000 euros.
Sherlock n'enquête pourtant pas ici sur une affaire de vol.
En un mot comme en 25 000 – ma résolution de nouvel an était d’être moins verbeuse, c’est un cinglant échec – Sherlock Holmes s’avère être un très agréable film, de belle et bonne facture, au dosage juste, pas dépourvu d’intelligence, certes commercial, mais parvenant à vous le faire agréablement oublier.
Alors rien que pour savourer un film sans placement de produit (“Wow, Captain America, you must be thirsty after winning the war! Would you care for a glass of Diet Pepsi?”), un film où le héros ne grimpe pas constamment le long de buildings de synthèse à 6 milliards de pixels / pouce, un film où vous aurez la joie immense d’entendre la musique de Two Mules for Sister Sara (Sierra Torride, Clint Eastwood et Shirley McLaine; réalisation Don Siegel) lors d’une séquence clin d’oeil éminemment jouissive, bref un film qui a su faire bon usage de son budget démesuré et qui parvient à vous offrir une grande production, au lieu d’une grosse daube, allez voir les aventures grandiloquentes de cet étrange Sherlock Holmes. Les défauts en sont minimes, et les qualités particulièrement nombreuses et précieuses, à notre époque; à condition de faire abstraction de ce que nos lectures de Sir Arthur Conan Doyle nous ont appris de Sherlock Holmes, le vrai – une licence cinématographique sur laquelle je ne trouve personnellement rien à redire, Peter Cushing à son époque incarnant déjà, dans un autre genre, un Sherlock qui n’avait que peu de rapport avec l’original.
In a nutshell :His name is Holmes, Sherlock Holmes, and under the direction of Guy Ritchie he is a cool detective, whose world was designed by Batman and Dan Brown. Wonky !
Mes souvenirs d’enfances sont emplis de livres. Une grande part de mes lectures était réservée à l’aventure et aux policiers, et si aujourd’hui je lis moins de roman de cape et d’épées, j’apprécie toujours beaucoup une bonne intrigue résolue par un détective talentueux. Autant vous dire que Conan Doyle avait en moi un lecteur attentif et que j’attendais avec une curiosité bienveillante l’interprétation du mythe holmsien par le britannique Guy Ritchie, ces derniers temps plus connu comme dernier mari en date de Madonna, mais auparavant remarqué pour ses deux premiers films au rythme jouissif et électrique, Lock, Stock & two smoking Barrels et Snatch. Ce prosélyte du cool, réussirait-il à proposer une adaptation suffisamment convaincante pour attirer à la fois les lecteurs et les fans du plus célèbre habitant de Baker Street, et les amateurs de cinéma d’action et de pop-corn. Le défi était de taille, sans doute trop imposant pour le dynamique réalisateur, plus habile à filmer des coups que les froids raisonnements d’une intelligence supérieure. Ainsi Holmes se transforme et joint les rangs des héros sachant jouer de leurs poings et de leur verve pour humilier leurs adversaires. John McClane (Bruce Willis), Batman (Adam West), Spiderman (Tobey Maguire) ont trouvé un égal, Hercule Poirot, Arsène Lupin ou Maigret ont perdu un frère.
Certes les romans et nouvelles décrivent un Holmes athlétique, adepte de boxe anglaise, mais le très charmeur Robert Downey Jr. offre une interprétation plus proche d’Iron Man que de l’enquêteur Paul Avery (Zodiac) et le détective britannique ne présente pas son intellect comme la première de ses qualités. Le complice de Holmes, le loyal Dr. Watson (Jude Law), est loin de ressembler au rondelet compagnon auquel nous ont habitués les séries télévisées. L’homme est superbe, la moustache avantageuse et le melon arrogant. Clairement son service militaire en Afghanistan n’est pas loin et il a plus gardé ses réflexes de guerriers qu’acquis l’aura du médecin. La relation qui le lie à Holmes est presque fusionnelle et les sous-entendus homoérotiques abondent entre ces deux frères d’armes. Cette tension pédérastique est partiellement effacée par les prestations admirables de Rachel McAdams (Irène Adler, muse de Holmes) et Kelly Reilly (Mary, fiancée de Watson) qui font vivre leurs personnages malgré le quart de page de script auquel elles ont eu droit.
Je vous parlerais bien du plan diabolique de l’amateur de magie noire qu’est l’effroyable Lord Blackwood, revenu des morts, mais je ne l’ai pas vraiment suivi, tant les galipettes et les combats de Holmes monopolisaient mon attention. Il y avait un complot. Comme le tournage du numéro 2 commencera en juin prochain, ne vous faites pas de soucis, tout s’achèvera pour le mieux, enfin sauf pour Lord Blackwood, qui devra laisser sa place à l’infâme Professeur Moriarty et pour le spectateur qui souhaitait un peu d’intelligence dans un film d’action.
Je sais bien que certains personnages ont échappé à leur créateur et à leur contexte originel pour acquérir une autonomie les élevant au rang de mythe. Sherlock Holmes dès sa création est le parangon de ce genre. Pierre Bayard le démontre très plaisamment et brillamment dans son bel essai critique L’affaire du chien des Baskerville dont la parution en 2008 n’a pu vous échapper. Mais là, malgré le grand talent de la distribution, les attraits d’un Londres sublime, sombre, dominateur et victorien, Holmes déçoit car il est absent de l’écran et son musculeux et charmant homonyme doit résoudre un bien mince mystère. Guy Ritchie nous démontre donc qu’il reste un cinéaste du cool, mais qu’il ignore tout de l’intelligence. Espérons qu’un autre rendra à Holmes son style, son habileté et sa lucidité.
Vous aussi lecteur, aucune énigme ne vous résiste et votre pouvoir de déduction vous aura mené à la seule conclusion possible : si c’est vraiment Sherlock Holmes que vous souhaitez trouver, il est bien périlleux d’aller voir ce film et votre intrépidité devrait connaître ici ses limites, sinon appréciez les cascades et reprenez votre cerveau à la sortie.
Note from Miss J.: I didn’t get to see this film, as I wasn’t in London as long as Monsieur D, and it’s not out in France for a few weeks yet. So here’s my translation of what Monsieur D. wrote, for the Anglo contingent of the blog:
En résumé: c’est la même chose que dit Monsieur D, mais traduit en anglais par mes soins. J’ai quand même l’impression que c’est un peu décevant, comme film.
My childhood memories are packed full of books. Much of my reading was devoted to adventure and crime novels, and although nowadays I read less cloak and dagger stories than before, I still really enjoy a talented detective solving a good mystery. It goes without saying that Conan Doyle could count on me as a loyal and attentive reader. I was happily and curiously awaiting this interpretation of the Holmesian myth by the British director Guy Ritchie, lately better known as Madonna’s most recent husband to date, but also previously famous for his first exciting, electric-paced two films, Lock, Stock & Two Smoking Barrels and Snatch. Could this high priest of cool pull off a sufficiently convincing adaptation for both the readers of Baker Street’s most famous resident and action movie and popcorn diehards? Quite a challenge, and one probably too great for a dynamic director usually more used to filming punch-ups than the steely reasoning of a great mind. Holmes is recruited to the ranks of heroes who use their fists and their verve to humiliate their adversaries. A new equal is added to the ranks of John McClane (Bruce Willlis), Batman (Adam West) and Spiderman (Tobey Maguire), but not to the brethren of Hercule Poirot, Arsène Lupin and Maigret.
Holmes was admittedly depicted in the original novels and short stories as athletic and a keen boxer, but in his role the intensely charming Robert Downey Junior plays more like Iron Man than the investigator Paul Avery (Zodiac), and intellect is not exactly touted as the British detective’s number one talent. Holmes’ accomplice, the loyal Dr. Watson (Jude Law) is nothing like the plump sidekick from the television series that we’re used to, and is instead splendid in his killer moustache and jutting bowler hat. Clearly just back from military service in Afghanistan, he’s held on to his warrior instinct but failed to assume the air of a doctor. His bond to Holmes is virtually symbiotic and homoerotic undercurrents abound between the two brothers-in-arms. This homosexual tension is partially abated through the admirable performances of Rachel McAdams (Irène Adler, Holmes’ muse) and Kelly Reilly (Watson’s fiancée), who manage to bring their roles to life in spite of being allotted only a quarter of a page of the script.
I would like to be able to tell you about the diabolical plan by the terrifying Lord Blackwood, black magic enthusiast returned from the dead, but I didn’t really follow because of how distracting Holmes’ somersaulting around and fight scenes were. It was a conspiracy. Not to worry though, filming for the sequel begins next June so it’s all going to work out for the best, except perhaps for Lord Blackwood, who’s going to be replaced by the infamous Professor Moriarty, and for anyone watching who would prefer an action film to showcase a modicum of intelligence.
I do realise that some characters can break free from their original creators and contexts and acquire an autonomy that elevates them to the status of a myth. Sherlock Holmes has been a paragon of this process ever since his creation. Pierre Bayard agreeably and brilliantly demonstrated this in his fine critical essay Sherlock Holmes and the Hound of the Baskerville, whose 2008 publication probably hasn’t escaped you. But here, despite its talented cast and a sublime, sober, dominating and Victorian London, Holmes is a letdown because he isn’t to even be found the screen, just a muscular, charming namesake who goes about resolving a truly lightweight mystery. Guy Ritchie proves to us that he remains a cineaste of cool but that he has no idea about conveying intelligence. Let’s hope someone else will give Holmes back his style, skill and lucidity.
And so, reader, as no mystery escapes you, your powers of deduction will have led you to the only possible conclusion: if it’s really Sherlock Holmes you want, it’s a risky idea to go and see this film and you would do well to hem in your sense of adventure. Otherwise, go and enjoy the stunts, but check in your brain at the door.