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Margin Call

In a nutshell: An intelligent boardroom thriller that’s commandably sober and slick. Served by an impressive cast and very strong performances, Margin Call echoes Wall Street and Inside Job and illuminates moral corruption without demonizing people falling under its spell. Because they are all of us.

Je dois devenir de plus en plus professionnel car je vais faire quelque chose de peu éthique, je vais descendre un film que je n’ai pas vu. Comme ça. Sur la mine. Je sais, c’est injuste, peut-être même dégueulasse. Mais bon Krach avec Gilles Lellouche et Charles Berling pour traiter d’une crise financière et boursière … même en étant indulgent quand on voit la bande annonce, on se dit que le film n’est pas à la hauteur de son sujet. Margin Call, en revanche, là, on parle.

Savoir prendre de la hauteur

J.C. Chandor, pour son premier film, fait très fort ; il réunit une distribution de très haute volée autour de Zachary Quinto (Peter Sullivan), Kevin Spacey (Sam Rogers) et Jeremy Irons (John Tuld), leur offre un scénario intelligent, adulte et nuancé, à la David Mamet, et les filme comme si Michael Mann voulait faire un huis-clos. Sans effets de manche particuliers – il n’y aura ni explosions de colère jupiterienne, ni filles dénudées, ni coups de feu – Chandor brosse le tableau rigoureux du marigot de la finance mondiale. S’inspirant de la chute de Lehman Brothers, le réalisateur retrace froidement les débuts de la crise des subprimes et les décisions immorales prises par son PDG, Richard Fuld (Tuld dans le film) et son conseil de direction.

Refusant toute diabolisation, Chandor décortique les rapports de pouvoirs, les ambitions, la cruauté, l’avidité et la tension qui fait le quotidien des requins de la finance. Et ça marche terriblement bien. Comment le sais-je? Aisément car Miss J., habituellement silencieuse, respectueuse de l’oeuvre projetée, n’a pu retenir quelques jurons bien sentis contre les protagonistes au fil du film. Et ça, c’est une preuve irréfutable de la puissance de l’oeuvre.

Protagonistes de plus en plus cintrés, “enjuronés” par Miss J.

Margin Call s’ouvre sur un écrémage au sein d’une banque d’investissement. Le couperet tombe, brutal, 80% d’un service est à la rue. Eric Dale (Stanley Tucci), remercié après 19 ans de bons et loyaux services, réussit à donner à Peter, l’un de ses jeunes collègues (Zachary Quinto), le modèle sur lequel il travaillait. Celui-ci découvre vite que suite à une série de mauvais investissements et d’un cadre financier trop flexible, sa banque risque de se retrouver en très mauvaise posture. Il alerte ses responsables (Paul Bettany, Kevin Spacey), qui appellent les leurs (Demi Moore, Simon Baker), pour finalement déposer ce dossier ruineux et brûlant entre les mains de leur PDG (Jeremy Irons). Des décisions morales et financières doivent rapidement être prises dans les prochaines 24 heures et les questions d’intérêt personnel et d’intérêt général se posent alors avec acuité.

Même si dans sa deuxième moitié, le film est un peu didactique, sa théâtralité classique (unité de lieu, d’action et de temps) séduit. On voit vivre une petite dizaine de personnages complexes dont les choix nous sont rendus compréhensibles au fil de l’histoire. Sans manichéisme Chandor rend la crise compréhensible, et son attirance pour le milieu renforce encore son propos. Une violence ouatée sourd des conversations courtoises mais tendues qui scandent les heures de ce huis clos. On suit avec intérêt les motivations de chacun et l’on note avec amusement que jamais le spectateur n’obtient d’explications définitives tandis que le raisonnement expliquant la catastrophe en attente se simplifie jusqu’à devenir enfantine au plus haut niveau.

La roche tarpéienne n’est pas très loin du Chrysler Building …

Le film est tragique car chaque protagoniste devra à son tour faire un choix éthique et Chandor démontre sans trop de cynisme la difficulté, voire l’impossibilité de faire le bon choix. L’appel de marge est aussi moral. La volonté de justifier, de plus en plus finement tandis que l’on remonte dans la hiérarchie, son avidité ou son égoïsme entraine le spectateur à spéculer si, vraiment, il saurait être meilleur. La scène finale, lourde mais puissante allégorie, exprime bien le cercle vicieux dans lequel s’enferme ces traders et banquiers. Wall Street a un successeur, Inside Job un pendant fictionnel ; sans être parfait Margin Call impressionne.

En résumé : La crise financière, vous en avez entendu parler? Qu’importe, ce film vaut absolument le coup.

I’d initially been a little skeptical about Margin Call, which dramatises the onset of the 2008 financial crisis as it plays out in an ‘ethically challenged’ high financial centre (cough cough – Lehman Brothers – cough cough). The trailer had me concerned that that J.C. Chandor’s directorial debut might so much court a boardroom ‘thriller’ atmosphere, that it would fail to do justice to the crisis’s complexity, stooping too often for easy entertainment kicks.

While there were a few problems with the production, sensationalism wasn’t one of them.  So many rich observations and reflections were teeming within this elegantly unified drama – in time, space and location – that there was almost too much to digest in one sitting. The dialogues were often a bit bloated, though rarely wooden, with so much being conveyed in what made for some politically and intellectually engaging cinema.

Fetch. Fetch the pencil. Good boy!

We’re gradually taken up the ranks of the firm as the crisis sets in, the proceedings kicking off with a ‘mass firing’ of 80% of a trading floor. Close to the bottom rung of the firm’s hierarchical pyramid are rocket scientist PhD Peter Sullivan (Zachary Quinto), who’s been poached away from aeronautics by a six figure pay cheque, and his ‘living-the-dream’ bling-worshiping 23-year-old colleague Seth Bregman (Penn Badgley). Sullivan’s the first to go pale as a ghost, after the fired head of risk management Eric Dale (Stanley Tucci) slips him a USB key full of ‘we’re sailing on the Titanic’ data through the closing doors of the elevator.

“And for my next trick, I shall make billions of dollars disappear.”

Soon, the whole of the board are flying in by helicopter. There are some excellent performances, not least from Paul Bettany as Will Emerson, a not-quite-killer middle management hack, and Kevin Spacey as Sam Rogers, a mawkish high-ish level executive. Sam’s survived nearly thirty-five years in the firm by selectively closing his ears to what’s going on around him, at his own admission. He’s far more affected by his pet dog’s illness than the fate of underlings who get laid off. The ultra-ultra wealthy boss of the whole outfit, John Tuld (Jeremy Irons) is impassive, chilling and faintly rakish, as well as utterly blasé as to his technical ignorance of the complex financial derivatives the firm’s been wielding to catastrophic results. That’s for the poached rocket scientists to worry about.

Fine dining for one at the top.

While the story is now all too familiar, it was still refreshing viewing. It’s a high quality, gripping countdown of the survival strategies and rationale of a firm faced with the realisation that it needs to shift all of its bad debts onto unsuspecting buyers, before firing everyone responsible for those sales, within one trading day. This was the polar opposite of the ‘cinnamon bun’ romantic comedy experience, as it vividly brought to life the ruthless double dealing of powerful firms as the world’s markets poised to implode. It’s workplace sharkery exposed to the maximum. It’s bloated at times, but its glossy aesthetic and slickly commercial feel is used to skillful, and at times, disconcerting effect. It’s rather rare, and satisfying, for such a critical film to closely appropriate a mainstream aesthetic.

PS. As a mildly indignant addendum to this review, I have to mention the the group of American guys heading out of the cinema just behind us, one of whom could be heard commenting: “well, you know, never trust anyone with a British accent”. Really? That’s what you took away from this film?! Pffff….

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Captain America: First Avenger

Franglaisreview is back after the Summer break, hopefully to last. To start the new season Mlle L. talks about the latest Marvel production,  the scare power of nazis, and the sex appeal of American custom agents.

Sans surprise, Captain America est un film sympathique et estival, aussi profond qu’une BD empruntée à la bibliothèque locale pour lire à la plage, avec au moins le mérite d’être un franc divertissement.

Après quelques lourdingues catastrophes type Thor, face auxquelles nous n’avions eu dernièrement pour maigre alternative que la pénible et didactique nouvelle vague philosophante et dépressive (X-Men, par exemple, qui incarne le stéréotype du super-héros filmé en grisâtre qui marche tête baissée sous la pluie en se demandant “pourquoi la vie la mort la condition humaine tout ça”), on est en fait assez heureux de retrouver un film de super héros classique et sans prétentions. Captain America rappelle les deux premiers volets de Spider-Man: c’est bien fait, bien cousu, pas malin, mais vraiment pas mauvais.

Vraiment pas mauvais, le gringalet ... dixit Mlle L.

L’histoire est distrayante : gringalet courageux, le jeune Steve Rogers (charmant Chris Evans), par l’entremise des soins délicats d’un “bon Allemand”, scientifique estampillé par le Pentagone (Stanley Tucci, toujours délicieux), deviendra le gentil et héroïque Captain America, dont les muscles sont à l’image du courage: très grands. Le tout sous l’oeil bougon et, naturellement, éminemment réjouissant de Tommy Lee Jones, qui incarne avec grand bonheur un Colonel à l’accent rural et aux idiomes fleuris. Et c’est comme ça qu’alliant sens du sacrifice et super pouvoirs bioniques, notre brave garçon gagnera la guerre à lui tout seul, apportant ainsi un répit bienvenu aux troupes épuisées par l’effort, et volera le coeur du lieutenant Carter (gentille et presque incolore Hayley Atwell).

Le réalisateur Joe Johnston se rachète donc honorablement, même si sans brio excessif, de l’atroce-abominable Wolfman, dont la vision était insoutenable d’ennui mou – même coincée pendant huit heures dans un avion, c’était in-regardable. Captain America, au contraire, a le grand mérite de distraire et de faire sourire, plusieurs fois.

Soyons à présent un peu cruels, en soulignant que ce succès relatif tient sans doute bien davantage au jeu des acteurs, en général tous fort honnêtes, qu’à la vision du réalisateur lui-même. Tommy Lee Jones sait très bien se débrouiller tout seul, nous en avions eu la preuve avec Dans la brume électrique; je pressens que les acteurs de Captain America auraient pu être dirigés par un pneu de tracteur, la différence n’aurait sans doute pas été notoire.

Poursuivi par un pneu de tracteur

Reconnaissons cependant au film le très grand mérite de ne pas rendre l’utilisation (constante) du numérique trop insupportable – on sent bien sûr très profondément le recours systématique à l’écran vert, mais pas au point où celui-ci devient gênant, omniprésent, dérivatif. Bel effort, donc, qu’il est primordial de souligner.

Quelques petits ridicules passagers vous feront sourire, sans cependant vous énerver: Captain America tâchant de se glisser discrètement derrière les lignes ennemies à pas de loups, mais dans un costume fluo, bon… De même que nous noterons avec amusement que, comme toujours et suivant la tradition, le soldat Allemand (ou le méchant en général), bien qu’équipé d’armes offensives longue-portée (mitraillette, pisto-lazer, peu importe), ne s’en sert JAMAIS! La règle, que le méchant suit en bon sport, l’oblige à ne dégainer son arme que lorsqu’il se tient à moins de trente centimètres du héros, afin que celui-ci puisse lui retourner un pain et le mettre KO, ce qui est plus difficile à accomplir sous un tir nourri de mitraillette à trente mètres. Sympa, les méchants.

Tout cela, vous l’aurez compris, est sans gravité et fait même partie des règles du jeu.

Mais en parlant des méchants, c’est là que le bât blesse (un peu durement): les Nazis de Captain America sont censés être pires encore que des Nazis “classiques”. Ce sont des atroces Nazis bioniques aux super pouvoirs infernaux. Tellement fous et dangereux et sans limites qu’ils font peur aux Nazis eux-mêmes. A là tête de ces Schutzstaffel thermo-nucléraires maléfiques, le Red Skull (maquillage rehaussé de numérique pas toujours très heureux, ce red skull a parfois un peu la texture du gant Mapa). Le Red Skull, c’est Hugo Weaving, tout nul.

Parfois le méchant voit rouge

Le brave garçon serait manifestement heureux d’égaler la performance de Christoph Waltz chez Tarantino. C’est un souhait louable. Mais dérisoire par son irréalisme flagrant. Weaving, c’est l’élève besogneux. Plein de bonne volonté, mais dépourvu de résultats. Les Nazis des De Funès les plus ridicules faisaient plus peur que ça. Thierry Lhermitte dans Papy fait de la résistance est, en comparaison, terrifiant de cruauté et d’incontrôlabilité suggérée.

Cette situation résume toute mon incompréhension et ma lassitude face au cinéma de ces dernières années. Qu’il s’agisse des plus minables coproductions franco-italo-allemandes des années 60 et 70 (Quel Maledetto treno blindato – Inglorious Bastards, l’original), ou bien sûr des classiques tels que Paris brûle-t-il, La traversée de Paris, The Great Escape, mais aussi plus récemment d’Amen de Costa Gavras ou de Laissez-passer de Tavernier, le Nazi d’écran était dangereux, tangiblement terrifiant. Une fois le héros pris dans ses griffes, tout pouvait arriver. La toute-puissance accordée par le Reich à ses sbires quant à la gestion par la force des autochtones récalcitrants était, à mon sens, palpable dans ces films. Comme Jean Moulin, le héros pouvait être torturé indéfiniment; exécuté immédiatement, dans la rue, au milieu des passants; déporté, parfois presque par hasard (comme pour le personnage de Delon): le Reich n’allait pas se poser de questions pour un passager de plus ou de moins dans ses trains à bestiaux; il se fallait d’un miracle pour que le héros s’en sorte. Les méchants étaient tout-puissants, le héros démuni. Même dans La Grande Vadrouille, les Nazis représentaient un vrai danger: il faut que Bourvil et son Anglais se cachent au dessus des ascenseurs ou dans les égouts, et même dans ce film grand public, on sait que l’échec signifie pour eux la mort (au mieux).

Dans Captain America, ce Red Skull est sur-puissant mais sans pouvoir. Immortel, increvable… mais inexistant. Et c’est ainsi que ce film, sympathique, divertissant, réussit le tour de force de nous présenter le Nazi sans danger, mieux, le super-horrifique-maxi-Nazi-de l’enfer-qui fait peur-avec des super pouvoirs-en plus d’être un Nazi… incapable de quoi que ce soit d’autre qu’une petite crise de colère bien dérisoire. Weaving, comme les scénaristes et le réalisateur de Captain America, auraient bien fait d’aller au cinéma plus souvent quand ils étaient petits, ils y auraient vu des films de guerre où les SS faisaient au moins un petit peu peur. De mon côté, j’affirme que ce Red Skull, Nazi dopé aux amphétamines, ne parvient pas, en matière de danger latent et de folie incontrôlée, à la cheville des agents de l’Immigration Américaine de l’aéroport de Philadelphie…

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