In a nutshell: A very funny movie. Do I need to say more?
Finir une thèse est une joie sans pareille. Tandis que Miss J., Dr. J.!, arrosait son succès dans un des lointains territoires sauvages anglophones que sont les universités britanniques (pourquoi pensez-vous qu’il y a une si fervente tradition anti-intellectuelle au pays de Cameron et Clegg?), il me fallait trouver une comédie pour essayer d’ajouter à mon soulagement et ma joie, la félicité qui devait certainement l’habiter alors. Le choix de comédies sur les écrans parisiens n’étant pas très riches en ce moment c’est avec de bien trop grands espoirs, et accompagné d’une amie courageuse, que je me décidais à affronter Very Bad Cops, dont le titre seul, surfant sur le succès de Very Bad Trip, est une publicité pour la lecture, la natation ou la philatélie, mais pas pour le rire au cinéma.
Rentrant incrédule je ressortis hilare, ce film est une petite merveille.
Réunis pour la quatrième fois après trois films honnêtes mais moyens (Anchorman, Talladega Nights et Step Brothers), le réalisateur Adam McKay et le comédien Will Ferrell ont réussi à trouver l’équilibre entre leur volonté commune parodique, la folie douce de Ferrell et les tentations de satire sociale de McKay, qui, ne l’oublions pas a commencé sa carrière au côté de Michael Moore. Very Bad Cops s’attaque au film d’action policier, du genre L’Arme Fatale, avec la philosophie d’un Mel Brooks: l’humour mitrailleuse – si les trois premiers gags ne vous font pas rire, les suivants finiront par le faire. Le rythme est soutenu et les plaisanteries des plus fines aux plus graveleuses se bousculent. Il m’est difficile de choisir un épisode ou une réplique marquante car immédiatement une dizaine d’autres se présentent à ma mémoire. Les acteurs s’amusent de manière évidente, Ferrell étincelle, Samuel L. Jackson et Dwayne Johnson font un couple d’anthologie, Michael Keaton est (comme souvent) parfait, Coogan et Mendès sont d’une rare justesse, et il est agréable de découvrir Mark Wahlberg dans un rôle volontairement comique.
Sans volonté pédagogique particulière, le scénario de The Other Guys dénonce pourtant avec violence le système économique actuel et les abus qu’entraînent la spéculation et la déréglementations des marchés financiers. L’air de ne pas y toucher, la comédie fait tout d’abord ressortir l’absurdité des buddy movies policiers, la bêtise de ses héros, ses tentations machistes, homophobes, sa violence gratuite faussement réaliste, pour s’attacher à décortiquer les hypocrisies d’un système qui tolère, voire accepte, la délinquance ou les crimes en col blanc. Le “méchant” n’est pas un sanguinaire, un affreux, un psychopathe cannibale, mais un affable homme d’affaire (Coogan suave), aimablement escroc, sympathique spéculateur, dont les décisions mettent à la rue des milliers de personnes. Tandis que le Capitaine de la Police de New York (Keaton) est réduit à avoir deux emplois pour payer les études de son fils, les salaires des grands patrons, plus gestionnaires et parieurs que véritables entrepreneurs, augmentent. Je conseille d’ailleurs à chacun de rester jusqu’à la fin du générique final car le ludique exposé qui y est fait peut ouvrir des perspectives nouvelles (et ajouter quelques rires supplémentaires).
Ainsi le film préfère aux héros habituels, “the other guys“, les autres, les citoyens, les gens normaux qui construisent la société et participent à leur communauté. Et rappeler cela, en se moquant des puissants, n’est pas si commun même si quelques auteurs, Molière et La Fontaine en tête, l’avaient déjà remarqué. Oubliez cet aspect-ci, si la satire sociale et politique vous fait fuir, car le film en lui-même est d’abord et avant tout fait pour vous faire rire. Dans mon cas il y parvint formidablement.


