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This Means War (Target)

In a nutshell: Two men fight for a woman, and dirty they fight. Since they are spies, they have guns and, even better, witty dialogues, it gives Target an edge that I didn’t foresee. Way more funny than expected, a pleasant screwball comedy.

A franglaisreview on fait dans le carrément intellectuel et on va voir les films qui font tous les festivals, quand ils ne marquent pas l’histoire du 7e art d’un sceau définitif ! Bon, ça c’était une déclaration d’intention intéressante qui s’avère un peu faussée même si Mlle Clara, Mlle CTP et M. JM font leur possible pour nous aider çà et là à nourrir nos ambitions d’alternative réaliste à Positif et aux Cahiers du Cinéma. En attendant leur retour dans nos pages (Allez Mamzelle CTP et M’sieur JM ! Soyez cools ! Revenez !!!), nous nous concentrerons sur Target, le dernier produit proposé par McG – Joseph McGinty Nichol pour ses intimes -, producteur doué et réalisateur efficace et peu subtil (pensez Charlie’s Angels: Full Throttle et Terminator Salvation ou n’y pensez pas, parfois c’est mieux).

Target est d’abord un titre crétin, qui représente le choix d’adaptation d’un titre anglais – This Means War – en un autre qu’on pourrait traduire par La Cible. Je ne vais pas m’offusquer de ce que les défenseurs de la langue française faiblissent ou disparaissent mais m’étonner qu’on choisisse un titre alternatif tout aussi incompréhensible pour un public francophone que l’original. Peut-être plus abscons encore, une de mes amies pensait qu’il s’agissait de “targette”, un verrou plat, et ne comprenait donc pas du tout le lien avec ces deux espions se disputant le coeur et les jolies jambes de la même femme (Reese Witherspoon), incapable de trancher entre eux. Si on lie ce titre à une bande annonce médiocre (ci-dessous), difficile d’aller voir ce film autrement que sur une méprise ou comme plus petit dénominateur commun d’un groupe d’amis (nous étions quatre) désireux d’aller ensemble au cinéma.

Le concours pour savoir qui a la plus grosse (arme) s'avère plus amusant que prévu

Et bien j’ignore si c’est parce que mes attentes étaient très mais alors TRES basses ou que mes goûts se situent tout simplement entre le pervers et l’innommable, mais j’ai passé un bon moment. Certes la fin est primaire, pesante, puritaine, indigne, bref hollywoodienne et McG n’est pas un réalisateur très habile, mais les dialogues sont vifs, la farce souvent attrayante, et le mélange entre film d’action souriant et comédie romantique fonctionne plutôt bien car les rires sont nombreux. Le couple amical formé par Tom Hardy et Chris Pine est étonnamment crédible, Reese Witherspoon reste fade mais pas déplaisante, et un certain charme se dégage de ce triangle amoureux qui aurait mérité un peu plus d’amoralité et un scénario un peu plus solide.

Le résultat n’atteint pas celui de Design for Living  où Lubitsch adaptait Noël Coward mais on en perçoit nettement l’influence. Ainsi, la volonté badine de divertir s’exprime par la douce immoralité des protagonistes (les deux espions détournent jusqu’au Patriot Act pour draguer leur belle), ce qui augmente le potentiel comique de chaque scène. C’est donc surpris et souriants que nous sommes ressortis de cette séance dont nous n’attendions que peu et si le plaisir fut éphémère, il fut présent et continu.

En résumé: Deux espions se battent pour la même femme. Une astuce simple mais plutôt efficace pour une soirée divertissante. 

This Means War was a lot better than the trailer, which came as a relief, as it had come over as stodgy if high-octane stuff, and the reviews of the film already doing the rounds weren’t quite swooning. What we got was a great movie night with friends over a decent action movie-romantic comedy hybrid, with plenty of entertaining moments. It does depressingly conform to the ‘nobody has any real life economic issues whatsoever here’ bracket, but it also has lots of zingy dialogues and quality observations on friendship and love triangles. And of course there’s the secret agent angle, which is duly mined for gags.

Thin veneer of civilisation seconds away from wearing off

Reese Witherspoon stars as Lauren, who is utterly improbable as a character having any problem whatsoever in getting a date – the initial premise – but much more credible once two decent catches start fighting over her. Those two suitors are FDR Foster (Chris Pine), and Tuck (Tom Hardy), best friends and secret agent colleagues. And so the daftness begins. Once both realise they have the same woman in their sights, they get their gentleman’s agreement on and set out to win her over. Things of course quickly degenerate.

It succeeds in being utterly watchable by setting a good pace, and in the energy and charisma of the central trio. Moreover, thank goodness, many of the best gags had not all been spewed in the trailer, and there was a lot more to it than might have been expected. Which just left us wondering whether we had such a great time thanks to low expectations, or whether it was truly a little gem. Either way, we’ve seen a lot worse. Even if the final parts of the film do start to sag somewhat.

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Tinker, Tailor, Soldier, Spy (La Taupe)

In a nutshell: A marvelous cerebral spy thriller inspired by Kim Philby’s life and, maybe, the best adaptation of John Le Carré. Superb acting, beautiful cinematography, complex yet fluid scenario, it’s simply masterful.

Il est toujours ardu de définir ce qu’est une oeuvre d’art, un ami mien, un rien borgèsien, considère qu’une oeuvre d’art est une production techniquement achevée qui inspire tant, qu’elle parait complète et dans le même temps donne l’envie de découvrir les oeuvres qui l’ont construites. Selon cette définition, le film de Tomas Alfredson est une grande réussite puisque je me suis précipité sur le roman de John Le Carré, suis intéressé par les films qu’Alfredson a pu réaliser auparavant et prie pour que la suite des aventures de George Smiley lui soit confiée. Autant dire que je fais partie des enthousiastes de ce film. Je dois même ajouter que j’y suis déjà allé deux fois, je suis donc irrémédiablement conquis.

Tinker, Taylor, Soldier, Spy (1974) est le 7e ouvrage de John Le Carré et celui qui le mènera à la gloire tant critique que publique. S’inspirant de la vie de Kim Philby, agent double britannique haut placé s’étant enfui à Moscou en 1965, Le Carré recrée la traque de la taupe soviétique dans son roman. Celui-ci débute par la mise à la retraite précipitée du chef du M.I.6, Control (John Hurt), et de son adjoint le terne Smiley (Gary Oldman) après une opération désastreuse en Hongrie, ayant causé une crise de dimension européenne. A sa surprise, Smiley se voit alors chargé par le ministère d’enquêter discrètement sur les 4 nouveaux chefs du M.I.6, l’un d’entre eux étant sans doute un traître. Le perspicace Smiley découvrira alors qu’il reprend la dernière tâche de Control, celle qui a mené à la catastrophe hongroise, et que son ancien chef avait surnommé les suspects Tinker, Taylor, etc. en suivant une comptine anglaise connue.

Maître-espion, une situation assise.

Bridget O’Connor et Peter Straughan adaptent admirablement John Le Carré et réussissent la tâche difficile de simplifier sans abêtir,  de résumer sans contraindre, d’inventer sans trahir. La Taupe correspond en conséquence à son modèle de papier et retranscrit superbement la tension grandissante et la paranoïa qu’éprouvent les protagonistes de ce milieu clos que sont les services secrets. James Bond est loin, l’absurde et l’attente sont bien plus les compagnons de route des héros que les scènes d’action.

Pourtant le spectaculaire est présent à chaque instant par l’intensité avec laquelle tous les acteurs habitent leur rôle et font passer, minimalistes, des univers avec deux expressions. Les émotions sont sourdes, diffuses, précieuses. Voir Smiley se réfugier derrière sa nouvelle paire de lunettes et nager, quelque soit le temps, en plein air, la mèche immobile et le visage impassible en dit plus sur son caractère et son histoire que n’importe quel flashback sentimental et didactique à la Dame de Fer – un film hideux, répétitif, laborieux, mal monté, accompagné d’une musique dégoulinante, cet objet propose une version plate et sentimentale, sans contextualisation, de la vie d’une femme qui pourtant devrait potentiellement donner un film dense et puissant, mais à la place confine à l’arnaque, et le pire c’est que cela a du succès! Pardon, je m’égare -. Alfredson sait où poser sa caméra démontre une maîtrise de chaque instant et de chaque plan. Ce soin minutieux, maniaque, parfois à la limite de la stérilité, correspond à l’univers de Le Carré, soutient et densifie l’intrigue.

Comme B. Cumberbatch nous le disait : jouer avec G. Oldman c'est carrément "taupe"

Secrets de famille plus que secret d’Etat, La Taupe n’est pas le récit de la guerre froide mais l’exploration de la vie de ses soldats. Film sur la loyauté, l’amitié, la notion de l’engagement, le spectateur comprend vite que le milieu tribal de Smiley, empli d’implicites et de sous-entendus est le reflet du camp opposé et que l’ambiguïté règne maîtresse entre chacun de ses membres. Servi par la fine fleur des acteurs britanniques, il est impossible de ne pas admirer l’une des plus belles distributions du cinéma contemporain. Disponibles, intelligents, ils interprètent avec nuance et sophistication la complexité de personnages clairs-obscurs. Parmi eux, Benedict Cumberbatch, qui joue par ailleurs un merveilleux Holmes dans la série de la BBC Sherlock, et Gary Oldman impressionnent particulièrement. Modestes, ternes, presque transparents au début du film, ils se révèlent menaçants, brillants, puissants, voire explosifs sans que jamais leurs actions ne viennent déparer ce flegme bureaucratique qui les habillent et qu’ils incarnent.

Restitution fidèle de l’univers de Le Carré, hommage distancié à une Angleterre des années 1970, proche du cendrier de tweed et de béton orange, Alfredson nous offre l’un des plus beaux films de cette  année et peut-être l’un des plus beaux films d’espionnage tout court, en tout cas, l’un des plus délicieusement réalistes (à ce que je peux en juger). Je ne sais même pas ce que vous faîtes encore à me lire vous devriez déjà être au cinéma …

En résumé: Si les films d’espion vous plaisent, ne ratez pas ce film sobre, peuplé de comédiens talentueux, adaptation admirablement réussi du roman de John Le Carré.  

Tinker Tailor Soldier Spy is an elegant adaptation of the 1974 spy novel by John Le Carré. It’s set in the British secret service, where it turns out the very highest echelons have been infiltrated by a long-term Soviet spy who’s been inflicting considerable damage. Gary Oldman stars as retired agent Smiley, who is recommissioned to unearth the identity of the mole among the four suspects at the top of the service. These very different, if all somehow unappealing individuals, are deemed worthy of code names in this cloak and dagger investigation: the Tinker, the Tailor, the Soldier and the Spy.

Every day's a party at the British secret service

The tone is decidedly bleak and the tension is ratcheted up with masterful minimalism. Not a word or a gesture is out of place, and the actors are magnificent. But bleakness really infused the whole thing: isolated lives, encroaching on ultra-paranoia – and that bugging underlying existential question for some of the spies: at the end of the day, does it really change much which side you are on? Not an easy one to answer for some of them, while others are drawn towards fanatical loyalty to their ‘side’. Self-control and self-mastery are the watchwords throughout.

None of it exactly swept me up into a cinematic seventh heaven, but I can’t fault it for sheer classiness in its genre. And it’s inspired by a true story, to boot! Crazy spies…

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Warrior

En résumé : Mr. J.A. a rejoint M. D. pour une séance de cinéma testostéroné, où (presque) tous les coups sont permis, en suivant les règles du film d’action hollywoodien et celles des Arts Martiaux Mixtes, ici plus martiaux et mixtes qu’artistiques. Ont-ils eu raison ?

I guess the name “Fighter” was already taken. On reflection, much of the plot was already taken too. Like David Russell’s 2010 action/drama starring Mark Wahlberg and Christian Bale, “Warrior” is about an underdog fighter, competing brothers, conflicted relationships, substance abuse, and broken families. Instead of being boxers however, the two brothers played by Joel Edgerton (Brendan) and Tom Hardy (Tommy) practice MMA (mixed martial arts), a combination of striking/kicking and grappling/wrestling that has emerged and evolved with the growing popularity of blood sport tournaments such as UFC.

I went into this film knowing that it was about a high school physics teacher who was also an MMA fighter. Having followed the UFC for a few years, I’d expected this to be a story based on Rich Franklin, a current UFC fighter and former middleweight champion who also happens to be a former high school math teacher. But . . . no.

One ring to rule them all

The Plot: The story begins with younger brother Tommy returning to Pittsburgh after going AWOL from the U.S. Marines. He looks up his recovering alcoholic father (and implied abuser), played by Nick Nolte, from whom Tommy had fled with his mother several years earlier. Tommy wants his father to train him to win the prize purse for an upcoming MMA single-elimination tournament, “Sparta”, so that he can donate the money to the widow of a squad mate killed in action.

Meanwhile, older brother Brendan is married with children. He’s a teacher and his wife waits tables, but they’re behind on their mortgage so he enters a local prizefight and wins some extra cash. On Monday morning though, he discovers that video of the fight has gone viral and he’s suspended by the school board superintendent. With no job and facing the loss of his home, he opts to enter Sparta too.

So you can guess what happens next: each brother defeats his opponent until the two must face each other for the final bout and it’s winner takes all. It’s a battle of wills and each brother has got good reasons to want to win.

One ring to bring them all and in the darkness bind them

The Good: Both Tom Hardy and Nick Nolte give convincing performances. It’s probably not difficult for Nick Nolte to pretend to be an alcoholic, and Tom Hardy looked like he’d been on the Juice. I was very impressed with the way Brendan’s first fight was portrayed. It was pulse-pounding anticipation as the teacher squared off against “Mad Dog”. And the fighting itself actually looked like realistic MMA.

The Bad: Although Joel Edgerton also gave a good performance, he’s much more convincing as the teacher than the fighter. He just wasn’t a convincingly big enough man to have beaten some of his opponents. And in contrast to the earlier half of the film, his fights in the Sparta tournament began to feel like Rocky, i.e., he gets beaten to a pulp for a while, but then miraculously by sheer force of will manages to overcome an opponent. Rocky did it once per movie. Brendan does it about seven times.

The Ugly: The climax of the film completely broke the spell for me. I’m no expert, but I suspect the words, “I’m so sorry,” and “I love you so much,” have never been utter by one MMA fighter to another while the one is in the process of ripping the other’s arm off.

Bottom Line: Warrior is a decent way to spend two and a half hours. But hold on to the excitement at the beginning, because unfortunately, it doesn’t last.

In a nutshell: Two brothers separated by life fight their way through to get reunited on a ring. Will brotherly love prevail ? More hits than misses, it’s actually better than what it looks like.

Comme me l’a fait remarquer Miss J., rétive, on pourrait initialement penser que Warrior à comme cible principale un public masculin. De prime abord on le conçoit, deux frères Brendan (Edgerton) et Tommy (Hardy) se retrouvent à combattre l’un contre l’autre dans un tournoi brutal où seul le vainqueur emporte la prime. L’affiche le laisse supposer et la bande-annonce le montre, ces hommes vont suer, pleurer, saigner et se dépasser avant de s’affronter. De Van Damme à Stallone, de Lee à Li (Jet), on connait ce genre de structure affinée à coups de tatanes et on sait quel combat achèvera le film, on peut même sans trop de crainte présumer de son issue.

Mais si Warrior suit avec fidélité les routes balisées du film d’action à la Rocky, son réalisateur Gavin O’Connor comprend que l’attrait du genre tient bien sûr au spectaculaire de combats mais surtout au lien que le spectateur tissera avec les personnages principaux. Il construit ainsi intelligemment toute une première partie de son film autour des liens familiaux en piètre état de ces lutteurs et quand vient le moment des montées sur le ring, on s’identifie ou du moins on se soucie du destin des héros. C’est en conséquence bien plus le parcours émotionnel des deux frères et dans une moindre mesure de leur père (Nick Nolte toujours persuasif en alcoolique repenti) que nous suivons, le physique en devient presque anodin. Ce qui est démontré amplement par le film puisque le “mauvais” frère, le colérique marine Tommy se débarrasse de ses adversaires en un coup de poing, tandis que le “bon” frère, le père de famille et enseignant Brendan subit mille douleurs avant de miraculeusement trouver les ressources nécessaires à sa victoire … à chaque fois.

Une petite mise au poing

On peut évidemment regretter un certain académisme, quelques lourdeurs attendues et s’étonner d’une ou deux absurdités scénaristiques, en particulier la présence dans le tournoi et les victoires successives du professeur de physique qu’est Brendan, qui presque du jour au lendemain arrive à vaincre des adversaires plus jeunes et plus, beaucoup plus, forts que lui. Mais peu importe, seule compte la suite d’action qui permettra à cette famille déchirée d’affronter ses démons.  Servi par une distribution puissante, dynamique, finalement assez inspirée, le film convainc.

On remarque incidemment un portrait en creux de l’Amérique assez peu reluisant malgré le patriotisme de chacun : les soldats sont abandonnés, bombardés par leur propre aviation, les familles de ceux tombés au combat sont ignorées et laissées dans l’embarras, les protections sociales sont insuffisantes, ruineuses pour les classes moyennes, et les enseignants en sont réduits à multiplier les emplois pour éviter l’expropriation. Les héros sont fatigués et ne se battent plus, comme dans les années 1980 pour la gloire, un idéal ou même avec confiance, ils ne se battent que par absolue nécessité. La désillusion grandit face aux mots, fussent-ils ceux de Melville dans Moby Dick, un autre grand combat tragique, que le père écoute en boucle, les corps s’imposent, les gestes marquent plus que les serments.

Ni Tommy, ni Brendan ne se définissent comme adversaires, ils se battent parce qu’ils n’ont pas d’autres choix, parce qu’ils sont acculés. Quand le rêve d’un avenir meilleur passe par un tournoi de lutte où seul le vainqueur est rémunéré, on espère le retour des narrateurs aussi puissants que Melville, London, Hemingway, voire Mailer mais on regrette la dureté qui s’abat sur un peuple désabusé.

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