In a nutshell: Cannes 2012 has started! Unfortunately we’re not at the festival but we can partly follow it, from afar. I can’t judge if the festival will be a success or not, but the opening film, Moonrise Kingdom, has my vote as, so far, one of this year’s best movies: it’s wonderfully acted, lovingly crafted, funny, quirky, charming, esthetically beautiful, and with great music. To date: Wes Anderson’s masterpiece.
Thierry Frémaux, le directeur du festival de Cannes, est face à deux polémiques cette année : la première sur un manque évident de femmes réalisatrices dans sa sélection, très portée sur le drame réaliste, la seconde sur le fait qu’il n’a pas invité franglaisreview à participer à son festival. Mon coeur saigne devant la mesquinerie de certains … Faisons preuve de magnanimité et accordons-lui néanmoins la qualité d’avoir programmé en ouverture un film étonnant, tendre et délicieux, Moonrise Kingdom, du très talentueux Wes Anderson.
Peut-être vous souvenez-vous du film d’animation épatant tiré d’une oeuvre de Roald Dahl, Fantastic Mr. Fox, de La Famille Tenenbaum, ou de l’un de mes films préférés Rushmore ? C’est ce Texan admirable qui les a tous réalisés. Si vous n’êtes pas familiers de son style, plutôt maniériste, réjouissez-vous car Moonrise Kingdom offre tout ce qui fait de lui un cinéaste rare et précieux. Vous trouverez ainsi sur une île de la Nouvelle Angleterre, en 1965, dans la fugue amoureuse de deux jeunes adolescents Sam (Jared Gilman) et Suzy (Kara Hayward) tous les thèmes de l’oeuvre d’un des plus éminents représentants du cinéma indépendant états-unien : une mélancolie gaie, le difficile passage de l’enfance à l’âge adulte, le rejet puis le triomphe de ceux qui créent, l’importance de la musique, la force des mythes (ici par exemple celui du Déluge) et de la filiation, une maniaquerie pour le détail, la profondeur du champ, les travelling latéraux, ainsi qu’une attirance pour les cadres stricts et la miniaturisation du monde à la limite du théâtre de marionnettes …
Avec virtuosité et grâce, Anderson évoque le destin de ces deux enfants extraordinaires et créateurs poursuivis par une troupe de scouts débrouillards hésitant entre loyauté et cruauté et quelques adultes dépassés, au premier rang desquels les superbes Bruce Willis (sobre et touchant en flic de province), Edward Norton (chef-scout attendrissant), Frances McDormand (mère à poigne, vélo et haut parleur) et Tilda Swinton (grandiose en représentante anonyme des services sociaux). Tous les complices fétiches du réalisateur sont présents, Alexandre Desplats à la musique quand Britten fait défaut, Roman Coppola au scénario, Yeoman à la photo, Weisblum au montage et Stockhausen (Adam) aux décors toujours exceptionnels, n’oublions pas Bill Murray et Jason Schwartzman devant la caméra. Si je prends la peine de nommer tout le monde c’est parce que Anderson les utilise tous à leur meilleur – prenez des notes, cher Tim Burton – et fait du cinéma un art d’équipe, de troupe, héritier de l’art théâtral à son sens le plus noble.
Elégante et émouvante, la fugue des enfants, pourtant fantaisiste, est d’une justesse impressionnante et transgressive. Sam et Suzy sont à la fois boudeurs, innocents, frondeurs et Anderson ne nous cache rien, pas même le maladroit éveil de leurs sens qu’il filme avec distinction et affection. Confrontant la pureté des sentiments de ces jeunes héros à la médiocrité de ceux des adultes, désormais pusillanimes, Anderson dirige son film comme on le ferait d’un orchestre et tire de chacun les plus belles notes, ici, apparemment, celles de Britten, et crée, comme dans ses films précédents, une communauté de coeur, celle de l’éphémère Moonrise Kingdom, un bien plus joli nom que “Goulet de marée au mile 3.25″, vous l’admettrez.
Ne vous faites pas prier, allez vite voir ce poétique “goulet” d’air frais avant qu’il ne repleuve !
En résumé : Une adolescente troublée et un orphelin s’évadent ensemble et volent nos coeurs dans le nouveau film de Wes Anderson. C’est poignant et délicieux.
What can I say, Wes Anderson’s outdone himself. I haven’t actually always been bowled over by Wes Anderson, although Rushmore and Fantastic Mister Fox have been two favourites to date. It often felt to me like there were some aspects of storytelling that Anderson shirked because they were too obvious, crowd-pleasing and mainstream – hipster syndrome, basically. Not this time. There’s everything that’s poignant and original in his films, but it’s that bit more well rounded, beautifully formed, full of humanity yet not holier than thou… an absolute joy.
Two social outsiders, orphan Sam (Jared Gilman) and ‘difficult child’ Suzy (Kara Hayward) cross paths on a remote New England island where Sam is at scout camp, and Suzy is starring in her school play. They become pen friends and soon hatch up a plan to run away together the following year. One can’t blame them, their lives are the kind of miserable things get when you’re a young person and no one will be your friend. Both are brilliant and original in their own ways – Sam is a master scout and a born adventurer, while Suzy is a literary fiend who’s clearly out of her element on an island devoid of much of anything.
The supporting cast is top notch to say the least. Edward Norton is superb as a Scout Master cum math teacher facing the catastrophic unravelling of the ordered summer camp he loves so much. His life revolves around scouting, and clockwork efficiency is his calling card until Sam breaks out by digging a big hole in the side of his tent. Bruce Willis was initially unrecognisable to me as the island’s police officer Captain Sharp, who is making a cuckold out of Bill Murray’s character, Walt Bishop, Suzy’s father. The Bishop family is the definition of suffocating – although there was a handy childrearing tip towards the beginning, in the form of calling your kids for dinner with a megaphone.
A special mention also has to go to the wonderful soundtrack and use of music more generally in the film. The proceedings kick off with a rousing if somewhat puzzlingly placed rendition of Benjamin Britten’s Young Person’s Guide to the Orchestra. Staying to the end of the credits really pays off with this one – and I was left in the mood for giving a standing ovation.




